Russie: Le réalisateur Oleg Sentsov condamné à 20 ans de prison
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RussieLe réalisateur Oleg Sentsov condamné à 20 ans de prison

L'Ukrainien Oleg Sentsov, opposant à l'annexion de la Crimée par la Russie, a été condamné pour «terrorisme».

Oleg Sentsov était jugé avec un de ses camarades pour «terrorisme», «organisation d'un groupe terroriste» et «trafic d'armes».

Oleg Sentsov était jugé avec un de ses camarades pour «terrorisme», «organisation d'un groupe terroriste» et «trafic d'armes».

Archives/photo d'illustration, Keystone

Alors que le parquet russe avait requis mercredi 19 août 23 ans de prison contre le réalisateur ukrainien, un tribunal russe a condamné ce mardi 25 août Oleg Sentsov, opposant à l'annexion de la Crimée par la Russie, à vingt ans de prison pour «terrorisme».

Cette peine est assortie d'une mesure de détention «à régime sévère».

Un second accusé, le militant écologiste Alexandre Koltchenko, a été condamné à dix ans de prison. Les deux hommes comparaissaient devant un tribunal de Rostov-sur-le-Don, dans le sud-ouest de la Russie, pour «terrorisme», «organisation d'un groupe terroriste» et «trafic d'armes» dans une affaire qu'ils jugent politique.

A l'énoncé du verdict, les accusés ont d'abord souri avant de se tenir par les épaules et d'entamer l'hymne national ukrainien. L'avocat du réalisateur a annoncé que son client allait faire appel et a dénoncé une condamnation allant «au-delà de l'injustice et du non-droit» selon l'agence de presse russe Tass.

«Tiens le coup Oleg! Le temps viendra pour ceux qui ont organisé ce procès contre toi d'être sur le banc des accusés», a réagi sur Twitter le président ukrainien Petro Porochenko. L'ambassadeur américain en Ukraine Geoffrey Pyatt a dénoncé une condamnation «honteuse», alors que l'Union européenne a jugé que le procès «viole le droit international et les bases élémentaires de la justice».

Actes de torture dénoncés

La semaine dernière, le procureur avait requis 23 ans de prison contre Oleg Sentsov et 12 contre Alexandre Koltchenko. Leurs avocats avaient pour leur part plaidé l'acquittement, affirmant que le réalisateur n'avait «jamais créé la moindre organisation terroriste».

Le réalisateur âgé de 39 ans avait préféré évoquer les actes de torture dont il affirme avoir été victime en prison. «Quand on vous met un sac sur la tête, qu'on vous frappe, vous pouvez en une demi-heure oublier ce en quoi vous croyez et avouer tout ce qu'on vous demande. Mais que valent vos convictions si vous n'êtes pas prêt à souffrir pour elles ?», avait-il lancé dans sa déclaration finale, conclue par des applaudissements dans le public.

Arrêté en mai 2014 à son domicile de Crimée, M. Sentsov est depuis détenu dans la prison de haute sécurité moscovite de Lefortovo, administrée par les services secrets russes.

Il était accusé d'avoir coordonné les activités d'un groupe de militants affiliés au mouvement paramilitaire ultranationaliste ukrainien Pravy Sektor (Secteur Droit), qui avaient pour mission de frapper les organisations prorusses et les infrastructures de la péninsule. Mais s'il a reconnu pendant son procès avoir été présent à Kiev pendant les événements du Maïdan, Oleg Sentsov a toujours nié en bloc les faits qui lui sont reprochés.

Mobilisation internationale

L'Union européenne, les Etats-Unis et les autorités à Kiev avaient appelé à sa libération, le réalisateur recevant aussi le soutien de ses collègues. L'European Film Academy, qui regroupe quelque 3000 professionnels du cinéma, fait circuler une pétition de soutien pour exiger sa libération signée notamment par Ken Loach, Wim Wenders et Aki Kaurismäki.

Ce week-end, le Festival du film de Sarajevo a également appelé à la libération du jeune réalisateur. De leur côté, plusieurs cinéastes russes, d'Alexandre Sokourov au conservateur Nikita Mikhalkov, ont demandé au président Vladimir Poutine sa libération.

Le premier film d'Oleg Sentsov, «Gamer», avait été récompensé en 2012 au festival du film de Rotterdam aux Pays-Bas, lui permettant de trouver un financement pour un deuxième long-métrage interrompu par la révolution ukrainienne.

Onze «prisonniers politiques»

Il n'est pas le seul Ukrainien incarcéré en Russie pour «terrorisme» ou «espionnage». Selon le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Pavlo Klimkine, «onze prisonniers politiques ukrainiens sont incarcérés dans les prisons russes».

Le cas le plus connu est celui de la pilote d'hélicoptère Nadia Savtchenko, inculpée du meurtre de deux journalistes russes dans l'est de l'Ukraine en juin 2014. Elle va être jugée dans la ville russe de Donetsk et risque jusqu'à 25 ans de prison.

(AFP)

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