Année Luther: Le religieux revient à la mode en politique
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Année LutherLe religieux revient à la mode en politique

Alors que la Suisse fête cette année les 500 ans de la Réforme, les politiciens se remettent à parler religion. L'église ne voit pas cela d'un bon oeil.

par
Christine Talos
Doris Leuthard, lors de son discours du Nouvel-An.

Doris Leuthard, lors de son discours du Nouvel-An.

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La religion jouerait-elle encore un rôle dans la politique en Suisse? C'est du moins ce que semble penser le Tages-Anzeiger lundi. Le quotidien rappelle en effet le «Que Dieu vous bénisse», par lequel la nouvelle présidente de la Confédération Doris Leuthard a conclu son discours de Nouvel-An cette année. Une conclusion bienvenue en cette année 2017 où la Suisse célèbre les 500 ans de la Réforme et le 600e anniversaire de la naissance de saint Nicolas de Flüe.

Mais la démocrate-chrétienne argovienne n'est pas la seule ministre à évoquer le religieux dans ses discours. Le grand argentier Ueli Maurer s'est lui aussi fendu d'un long discours sur Martin Luther lors de sa traditionnelle fête de l'Albisgüetli, organisée par la section zurichoise de l'UDC. «La Réforme a été un événement qui a changé le cours de l'histoire et de façon décisive», avait-t-il lancé.

L'UDC comme Luther

Le plus excitant à ses yeux: «la division entre le peuple et l'élite», déjà évidente à l'époque du père du protestantisme. «L'élite vivait dans un autre monde et ne parlait pas pour le peuple», avait soutenu Ueli Maurer. Le peuple n'était là que pour payer des impôts. Et aujourd'hui, c'est pareil. On ne veut pas voir ce qui inquiète les gens. C'est ce qui s'appelle le refus de la réalité. Mais sur la durée, on ne peut pas ignorer le peuple», avait-il rappelé en rapprochant le combat de Luther avec celui de l'UDC.

Même Johann Schneider-Ammann s'en est mêlé à l'occasion de l'ouverture du jubilé de la Réforme à Zurich en janvier. Le conseiller fédéral PLR avait alors affirmé: «beaucoup de personnes restent aujourd’hui dans la même situation que celles des contemporains de Luther. On voit de nos jours se propager des idées et des convictions qui tranchent avec les valeurs de la Réforme. Le pessimisme face à la technique et à la science et l’antilibéralisme sont en vogue.»

Même le catholique Berset

Dernier ministre à avoir mis du religieux dans son discours: le socialiste Alain Berset qui avait lancé le coup d'envoi des célébrations des 500 ans de la Réforme à Genève en novembre dernier. «Je ne sais pas ce que Calvin ou Zwingli dirait s'il savait que c'est un conseiller fédéral fribourgeois et catholique qui prend la parole, avait-il plaisanté. Tout un symbole sur la place du religieux en Suisse, selon le Tages-Anzeiger.

Car les ministres ne sont pas les seuls à verser dans la religion. Le PDC veut ainsi rendre le christianisme «great again» - pour reprendre les termes du Tagi. Le Tagi qui rappelle que le président du parti démocrate-chrétien, Gerhard Pfister a essayé à plusieurs reprises de lancer un débat sur les valeurs chrétiennes, même si le Zougois préfère parler d'une discussion sur «l'identité culturelle». «Cela fait partie de la religion et le PDC est obligé de s'engager sur ces questions pour des raisons historiques», se défend-il.

Contrer l'islam et l'UDC

L'ancien conseiller national Vert et historien Josef Lang observe lui aussi un renouveau du religieux en politique, un phénomène qu'il attribue au PDC justement. Mais il précise: «Ce n'est pas une renaissance du catholicisme ou du protestantisme, mais une renaissance chrétienne». Et c'est ce que le président du PDC souhaite, selon lui. Ceci pour contrebalancer le discours de l'UDC contre les symboles musulmans.

Mais le religieux dans les discours des partis n'est pas du goût de l'Eglise justement. Pour Giuseppe Garcia, porte-parole de Vitus Huonder, évêque de Coire, «prendre des valeurs chrétiennes comme lignes directrices est problématique» pour un parti gouvernemental. «On risque de répondre à l'Etat islamique par de la philosophie chrétienne», estime-t-il. Alors que pouvoir et morale sont réunis dans une seule instance dans l'islam, il y a séparation de ces valeurs dans un Etat de droit, rappelle-t-il. «Si un politicien veut défendre le christianisme, il doit se battre pour un Etat de droit laïc.»

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