29.04.2016 à 19:07

IndustrieLe renouveau allemand menace-t-il la Suisse?

La Suisse doit composer avec la concurrence des marques allemandes, en pleine croissance, selon Bloomberg.

Certaines grandes marques suisses ont misé sur ces entreprises allemandes: la marque Lange a finalement été acquise par Richemont en 2000. D'autres ont prospéré indépendamment.

Certaines grandes marques suisses ont misé sur ces entreprises allemandes: la marque Lange a finalement été acquise par Richemont en 2000. D'autres ont prospéré indépendamment.

Keystone

Cette semaine, Bloomberg se penche sur le réveil d'un acteur sur le marché des montres de luxe ces dernières années: le petit village allemand de Glashuette, où ont été produites en 2015 quelques 32'000 montres d'une valeur de 500 millions d'euros.

A en croire le magazine économique, ces artisans horlogers allemands sont «en train de battre la Suisse» à l'export: une hausse de 14% des exportations allemandes a été enregistrée en 2015, contre une baisse de 3,3% pour les exportations suisses.

Même si certaines de ces marques allemandes sont en réalité la propriété de groupes suisses et que les marques helvètes restent, de loin, leaders sur ce segment du marché, il convient, selon Bloomberg, de ne pas sous-estimer le renouveau de l'horlogerie de luxe chez nos voisins.

«Un secret très bien gardé»

En cause, des facteurs conjoncturels qui rendent les marques suisses moins compétitives: le franc fort et la baisse de la demande asiatique, notamment chinoise et hong-kongaise, pèsent sur les exportations. Mais pas seulement. La qualité de ces montres allemandes, dont le prix moyen flirte avec les 50'000 euros (56'000 francs) leur permettent de «rivaliser avec les Patek Philippe et autres Audemars Piguet».

Par ailleurs, le fait qu'elles soient moins connues que les grands noms suisses leur confèrent un caractère encore plus exclusif: Selon le directeur de la marque A. Lange & Soehne, «nos clients aiment que tout le monde ne sachent pas ce qu'ils portent autour du poignet. C'est un secret très bien gardé, un luxe qui choisit de rester discret.»

Nouvelle impulsion

Historiquement et encore aujourd'hui, les horlogers de Glashuette doivent beaucoup au savoir-faire suisse. Ferdinand Adolf Lange, natif de Dresde, a étudié le commerce des montres en Suisse et en France avant de rentrer à Glashuette pour former de jeunes professionnels et fonder la marque éponyme en 1845, la première du genre dans le village. Cinquante ans plus tard, plus de vingt marques avaient vu le jour.

La deuxième guerre mondiale, puis la gestion communiste de l'Allemagne de l'Est ont failli avoir raison de cette industrie, rappelle Bloomberg. «Contrairement à la Suisse, qui a pu travailler en paix, nous avons eu des guerres, des crises économiques, des banqueroutes. Mais les gens sont restés, et avec eux, leur savoir-faire» explique le Président de Glashuette Original Yann Gamard.

Certaines grandes marques suisses ont misé sur ces entreprises allemandes: la marque Lange a finalement été acquise par Richemont en 2000. Elle envoie des professionnels allemands se former à Schauffhouse chez la société-soeur IWC et certains composants sont importés de Suisse. Swatch a de son côté racheté les sociétés Glashuette Original et Union Glashuette.

De nombreuses autres enseignes ont, en revanche, fleuri et gardé leur indépendance: Pour n'en citer que quelques unes: Tutima, Wempe ou encore Moritz Grossmann, dont la présidente Christine Hutter estime que Glashuette est enfin redevenu «La Mecque de l'horlogerie allemande».

(che)

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