Économie: Le risque de crédit, potentielle bombe à retardement
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ÉconomieLe risque de crédit, potentielle bombe à retardement

Jusqu’ici, la transparence en matière de couverture de risque de défaillance est à géométrie variable, certaines banques se refusant à dévoiler le montant des provisions constituées.

Dans leur ensemble, les banques suisses reposent sur des bases solides.

Dans leur ensemble, les banques suisses reposent sur des bases solides.

Photo d’illustration/Keystone

Les banques suisses ont pris suffisamment de précautions pour éviter que les turbulences économiques provoquées par le coronavirus ne débouchent sur une crise des crédits d’ampleur systémique l’année prochaine. Pour le gendarme financier, les voyants restent néanmoins au rouge vif pour le secteur.

Dans leur ensemble, les banques suisses reposent sur des bases solides, explique à AWP l’Autorité fédérale de surveillance des marchés financiers (Finma). Les tests d’urgence réalisés récemment ont démontré que la capitalisation des établissements leur permettrait de survivre à la crise actuelle, même en cas de scénario Covid-19 très défavorable.

«Cependant, la Finma observe que les risques de défaillance restent très élevés», relativise le régulateur dans une prise de position.

Les provisions d’UBS

Jusqu’ici, la transparence en matière de couverture de risque de défaillance est à géométrie variable, certaines banques – notamment cantonales – se refusant à dévoiler le montant des provisions constituées.

Du côté des établissements systémiques, UBS avait provisionné un total de 329 millions de dollars (290 millions de francs) pour risque de crédit à fin septembre, contre 204 millions pour la banque universelle suisse de Credit Suisse. Raiffeisen présentait à fin juin des réserves de 75 millions. La Banque cantonale de Zurich ne fournit pas les provisions totales pour risque de crédit, mais a mis de côté 7 millions au 1er semestre. Postfinance n’a toujours pas été autorisé à octroyer des prêts, hors crédit Covid.

«En l’état, ces provisions sont suffisantes à court terme, mais seulement si l’on émet l’hypothèse que l’État va augmenter et mieux cibler son aide financière pour soutenir le système économique dans son ensemble», prévient Sergio Rossi, professeur de macroéconomie et d’économie monétaire à l’Université de Fribourg.

Intervention forte

Ce spécialiste appelle de ses vœux une intervention forte de la Confédération. «Je crains que beaucoup de petites ou moyennes entreprises vont arriver bientôt au bord du gouffre et risquent de partir en faillite», avertit Sergio Rossi.

«Nous pensons que les provisions sont suffisantes sauf si l’environnement économique devait se détériorer de façon marquée», affirme pour sa part Samy Chaar, économiste chez Lombard Odier, qui se montre cependant confiant. «La crise a été de courte durée, soit deux trimestres, le soutien à l’économie considérable et nous assistons à une reprise de l’activité économique», souligne-t-il.

Après la perfusion des Etats

L’optimisme est également de mise auprès d’un autre groupe genevois, Syz. Les banques ont continué à distribuer du dividende, un signe «qu’elles sont confortables avec la situation actuelle de leur bilan», pour Gaël Fichan, gérant de portefeuilles chez Banque Syz.

Gaël Fichan affirme que la détérioration des portefeuilles de crédits est «certaine», mais la bonne diversification de ceux-ci permettra d’absorber le plus gros du choc. La proportion de prêts dits non performants – ou NPLs – demeure très basse à ce jour.

«Le vrai test sera quand les politiques de soutien étatiques s’arrêteront», prévient Gaël Fichan. La reprise de la croissance économique devra alors compenser ces mesures d’urgence, afin d’éviter une hausse massive de crédits non payés en 2021 et 2022.

Robinet à liquidités

En attendant d’y voir plus clair, le secteur bancaire semble avoir resserré le robinet à liquidités. Dans son rapport sur la stabilité financière publié en juin, la Banque nationale suisse (BNS) constatait un léger durcissement des conditions d’octroi de crédits non cautionnés.

Malgré cela, les banques suisses ont efficacement rempli leur rôle lors de cette crise, selon nos interlocuteurs. Sergio Rossi nuance, cependant. «Récemment, ce secteur est en train de faire marche arrière et n’est apparemment plus disposé à répéter l’expérience du printemps passé, aussi parce qu’il y a eu des abus du côté des entreprises.»

Nombre de faillites faible

Les craintes de faillites d’entreprises font surgir d’autres questions sur les crédits hypothécaires, dans un horizon un peu plus lointain. Certains emprunteurs pourraient perdre leur emploi, ce qui affecterait leur capacité à rembourser. «Le nombre de faillites d’entreprises observé est particulièrement faible cette année jusqu’à présent, et on peut certainement s’attendre à un effet de rattrapage dans le futur», note la Finma.

Samy Chaar rappelle que la plupart des ménages n’ont pas perdu de revenus. «La proportion de défaut de crédit des privés restera (…) faible», prédit l’économiste de Lombard Odier. Pour Gaël Fichan, le durcissement des conditions d’octroi opère comme un filet de sécurité. «Il est également important de rappeler qu’en Suisse le taux de propriétaires est singulièrement bas.»

Il ne s’agit cependant pas de baisser la garde, pour Sergio Rossi. «La situation macroéconomique est très fragile et de plus en plus problématique tant pour les particuliers que pour l’économie dans son ensemble»,

(ATS/NXP)

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