24.06.2016 à 17:50

BrexitLe Royaume-Uni menacé de désunion

Après le résultat du vote sur le Brexit, la question de l'indépendance de l'Ecosse et de l'Irlande du Nord se pose.

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Le ministre britannique des Finances George Osborne va présenter ludi, avant l'ouvertures des marchés financiers européens, les mesures économiques que le gouvernement entend prendre en réponse au vote en faveur d'une sortie de l'Union européenne.  (Lundi 27 juin 2016)

Le ministre britannique des Finances George Osborne va présenter ludi, avant l'ouvertures des marchés financiers européens, les mesures économiques que le gouvernement entend prendre en réponse au vote en faveur d'une sortie de l'Union européenne. (Lundi 27 juin 2016)

Keystone
Jeremy Corbyn a annoncé lundi qu'il ne démissionnerai pas. Le chef du parti travailliste britannique n'entend pas répondre aux reproches de nombreux collègues de son parti qui jugent qu'il n'a pas fait campagne assez énergiquement pour le maintien du Royaume-Uni dans l'UE. D'autres cadres du parti ont pourtant démissionné. (image d'archive)

Jeremy Corbyn a annoncé lundi qu'il ne démissionnerai pas. Le chef du parti travailliste britannique n'entend pas répondre aux reproches de nombreux collègues de son parti qui jugent qu'il n'a pas fait campagne assez énergiquement pour le maintien du Royaume-Uni dans l'UE. D'autres cadres du parti ont pourtant démissionné. (image d'archive)

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Le Royaume-Uni pourrait ne «jamais» déclencher sa sortie de l'Union européenne malgré le vote en ce sens, jeudi. C'est en tout cas le «sentiment personnel» d'un diplomate européen requerrant l'anonymat. Cameron a dit laisser à son successeur la tâche d'envoyer cette notification, ce qui repousse d'office ce geste à octobre. (Image prétexte)

Le Royaume-Uni pourrait ne «jamais» déclencher sa sortie de l'Union européenne malgré le vote en ce sens, jeudi. C'est en tout cas le «sentiment personnel» d'un diplomate européen requerrant l'anonymat. Cameron a dit laisser à son successeur la tâche d'envoyer cette notification, ce qui repousse d'office ce geste à octobre. (Image prétexte)

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Sitôt voté le Brexit, le Royaume-Uni se retrouve face aux aspirations à l'indépendance de l'Ecosse, mais aussi de l'Irlande du Nord.

Ces deux nations europhiles sont sur le point d'être détachées contre leur gré de l'Union européenne (UE).

L'Ecosse a massivement voté, à 62%, pour rester dans l'UE, contre 48,1% pour l'ensemble des Britanniques. Le premier ministre écossais, Nicola Sturgeon, a immédiatement évoqué la possibilité d'un deuxième référendum sur l'indépendance, après celui perdu en 2014. «La possibilité d'un second référendum doit être sur la table et elle est sur la table», a déclaré Mme Sturgeon, chef du parti indépendantiste SNP, depuis sa résidence officielle à Edimbourg.

«Près des deux tiers des Ecossais ont voté pour rester dans l'UE, et aucune circonscription écossaise n'a voté pour le Brexit. Le résultat est très frustrant pour les Écossais», dit Luis Moreno, chercheur en sciences politiques.

«Référendum d'indépendance 2»

Sur Twitter, dès l'annonce des premiers résultats, le hashtag #indyref2 («référendum d'indépendance 2») s'est répandu comme une traînée de poudre. Et dans le train Glasgow-Edimbourg de 05h47, la plupart des passagers y étaient favorables. «Il y aura un nouveau référendum», croit Tom, 59 ans, «surpris et déçu» par l'issue du scrutin.

Quelques rangées plus loin, Hugh Brown, 64 ans, se félicite lui du Brexit. Mais il se réjouit plus encore d'une éventuelle nouvelle consultation sur l'indépendance de l'Ecosse. «Si Westminster veut retenir l'Ecosse, ils devront nous donner plus de pouvoirs», sourit-il. Comme de nombreux Ecossais, il craint que le parlement britannique, émancipé de Bruxelles, n'ait encore plus de cartes en main.

Etre sûr de l'emporter

Quand un nouveau référendum pourrait-il intervenir? Les dirigeants indépendantistes écossais «n'organiseront rien tant qu'ils ne seront pas certains de l'emporter», juge Michael Keating, qui occupe la chaire de politique écossaise à l'Université d'Aberdeen. Il ne s'avance pas plus sur un calendrier.

Il faudra aussi attendre de «savoir si le (prochain) premier ministre cède à la demande» des Ecossais - qui pourrait déboucher sur l'éclatement du Royaume-Uni -, complète Malcolm Harvey, professeur de sciences politiques dans la même Université d'Aberdeen.

Toutefois, soulignent les analystes, un nouveau référendum d'autodétermination ne déboucherait pas nécessairement sur une victoire des indépendantistes.

«Si une Ecosse indépendante rejoignait l'UE alors que l'Angleterre en sort, il y aurait une frontière entre les deux nations, avec les implications que ça peut avoir en termes de libre circulation», analyse Malcolm Harvey, pour qui cela pourrait dissuader les électeurs de voter pour l'indépendance.

De récentes enquêtes d'opinion ont quant à elles prédit une nouvelle défaite aux indépendantistes en cas de nouvelle consultation, pointe pour sa part Michael Keating.

Unification de l'Irlande?

En Irlande du Nord, qui comme l'Ecosse, a voté pour un maintien au sein de l'UE (à 55,7%), c'est le parti républicain, le Sinn Fein, pro-Europe, qui réclame un référendum portant sur l'unification de l'Irlande. «Nous sommes entraînés dans le sillage d'un vote en Angleterre. Le Sinn Fein va maintenant faire pression pour un référendum sur la frontière», a dit son président Declan Kearney.

Les partisans du maintien dans l'UE ont dit craindre le rétablissement des contrôles aux frontières avec la République d'Irlande voisine, ce qui serait synonyme notamment de tracasseries administratives pour les entreprises et les familles.

a reprise économique fragile après des décennies de conflit armé, soutenue par les milliards d'euros injectés par Bruxelles pour soutenir les accords de paix de 1998, risque aussi d'en pâtir.

Le premier ministre irlandais Enda Kenny, conscient de la possible répercussion sur ces accords, a assuré que le sujet «sera une priorité particulière» de son gouvernement. «Le gouvernement irlandais va faire de son mieux au cours des discussions à venir pour maintenir la zone de voyage commune» instaurée dans les années 1920 entre l'Irlande et le Royaume-Uni, a-t-il ajouté. Cet accord permet peu ou pas de contrôles à leurs frontières communes.

(ats)

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