Publié

ColombieLe rugby veut marquer un essai contre la violence en Colombie (REPORTAGE)

Par Carlos RODRIGUEZ Usme (Colombie), 12 nov 2014 (AFP) - Surtout réservé aux élites en Amérique latine, le rugby gagne du terrain en Colombie où il a reçu un coup de pouce d'ex-internationaux français et même du prince Charles.

Avec l'objectif d'offrir à la jeunesse une alternative à la violence du conflit armé qui secoue ce pays. Quand ce sport est apparu dans les années 80 à Bogota, il était surtout pratiqué par les expatriés français et britanniques dans les clubs de loisirs chics de la capitale, puis par les étudiants colombiens dans les universités. Depuis quelques années, ses promoteurs ont mené une véritable campagne et le rugby se joue désormais dans des zones semi-rurales et défavorisées à la périphérie de la capitale, à l'image de la localité d'Usme, dans la banlieue sud. "Cela fait un an que nous sommes arrivés à Usme pour travailler avec les gamins de 5 à 17 ans", raconte à l'AFP le fondateur de l'Alianza Rugby Club, Edward Yañez, un entraîneur passionné, qui voit dans ce sport un outil d'insertion sociale. Le lancement d'une compétition, la Copa Bob Hosty, à Bogota a connu un véritable engouement chez les jeunes Colombiens issus des classes populaires. "Quand on nous voit en compétition, on sent qu'il faut nous prendre au sérieux car on joue avec le coeur", lance Hans Demetrio Bernal, un élève de 13 ans habitant à Usme. Utiliser le rugby pour combattre la violence dans ce pays en proie à un conflit interne d'un demi-siècle, c'est l'objectif de la Fondation des Petits Colombiens de Ciudad Bolivar, un gigantesque bidonville aux portes de Bogota. "L'idée est de donner à des enfants l'opportunité de connaître un nouveau sport et qu'ils aient en même temps des échanges avec d'autres secteurs de la société, quelles que soient leurs conditions sociales, sans autre but que s'amuser", explique l'entraîneur local, Oscar Forero. Même s'il reste loin de la passion du football, le sport roi de la région, le rugby permet aussi de combattre le sexisme, autre tradition bien ancrée, et séduit ainsi les jeunes filles. "J'ai vu comment faisaient les garçons et j'ai voulu essayé, cela m'a plu et j'ai réalisé mon rêve", raconte Luz Mejia Caballero, une joueuse de rugby en herbe à Ciudad Bolivar. Yenifer Zamudio, une étudiante de 22 ans, qui pratique le rugby dans un club, assure qu'"avec ce sport, on arrive à oublier ses différences". Directeur des activités au Collège Gran Bretaña, un établissement privé qui organise chaque année un tournoi de rugby, Fredy Tejedor salue une vraie mixité sociale. "Sur le terrain de jeu, cela n'a pas d'importance de savoir d'où tu viens et quelle est ta situation socio-économique", lance-t-il. Dans des régions touchées par le conflit armé, comme à Apartado, Tierralta ou encore Buenventura, le rugby a permis d'aider les enfants vulnérables au recrutement des guérillas ou des bandes criminelles. En lien avec les autorités, plusieurs institutions françaises et britanniques ont contribué à la percée du rugby dans ce pays, où la fédération nationale reste encore confidentielle. Née en 2010, l'association "Rugby French Flair", qui réunit d'anciennes gloires comme Christian Labit, Jean-Marie Cadieu, Francis N'Tamack ou encore Franck Tournaire, a déjà effectué deux voyages en Colombie pour promouvoir le ballon ovale. "Nous avons à présent 16.000 jeunes qui jouent au rugby, c'est le sport qui connaît la plus forte croissance", s'est enthousiasmé la ministre colombienne des Affaires étrangères, Maria Angela Holguin, lors de la récente visite du prince Charles. Présent à l'occasion du 75e anniversaire du British Council en Colombie, l'héritier au trône britannique a assisté fin octobre au match de lancement de la campagne "Try Rugby Colombia", destinée à développer ce sport dans les zones de conflit. Sur le plan international, la Colombie reste encore loin du niveau de l'Argentine, la puissance latino-américaine, ou encore de l'Uruguay et du Chili mais elle commence à émerger dans les compétitions, avec déjà trois titres consécutifs au Championnat d'Amérique du Sud des moins de 18 ans entre 2009 et 2011. str/ad/pz/myl

(AFP)

Votre opinion