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CochonLe saucisson vaudois est en péril!

La production de saucisses aux choux et autres boutefas menacée par la loi fédérale sur la protection des animaux? Un député vaudois tire la sonnette d'alarme.

par
Benjamin Pillard
«Y aura-t-il encore de la viande de porc vaudois dans le saucisson vaudois après 2018?» s'apprête à demander le député Philippe Germain au gouvernement cantonal.

«Y aura-t-il encore de la viande de porc vaudois dans le saucisson vaudois après 2018?» s'apprête à demander le député Philippe Germain au gouvernement cantonal.

Sébastien Anex

L'heure est grave chez les défenseurs de cochonnaille. D'ici à quatre ans, les producteurs du pays devront impérativement avoir transformé leurs porcheries. Ou en avoir construit de nouvelles. Sans quoi ils tomberont dans l'illégalité. «C'est un souci», confie le député vaudois Philippe Germain, qui s'apprête à interpeller le Conseil d'Etat, mardi prochain, en séance du Grand Conseil.

Dans la ligne de mire: l'Ordonnance fédérale sur la protection des animaux de 2008, entrée en vigueur l'an dernier, qui stipule que «les couloirs (des porcheries) doivent être suffisamment larges pour que les porcs puissent se tourner librement et s'éviter.» Et qui prévoit surtout une quantité maximale de porcs au mètre carré.

«Il va en manquer», s'inquiète l'élu PLR, agriculteur à Saint-George, village des hauts de Rolle, en citant une estimation de Suisseporcs, l'association faîtière des producteurs et éleveurs de cochons: 20% de porcs en moins dans le canton de Vaud lorsque toutes les porcheries seront aux normes. Un chiffre deux fois plus important que l'estimation nationale, les agriculteurs alémaniques ayant déjà largement adapté leurs infrastructures.

«Coup de pouce» demandé

«Je ne remets pas en question les normes. C'est une très bonne chose, il fallait le faire», nuance Philippe Germain. «Ce qui me fait peur, c'est que les producteurs décident de ne plus en faire, ou d'en importer de Bretagne ou du nord de l'Allemagne. Ce qui rendra impossible la production d'un saucisson vaudois AOC!»

Les saucisses aux choux et autres boutefas font partie d'un véritable patrimoine culinaire protégé par le label européen IGP (indication géographique protégée). Ce qui signifie que le produit garde «un fort lien avec la région qui lui donne son nom», la viande de porc pouvant provenir d'élevages de cantons voisins. «Je trouve aussi aberrant de parcourir autant de kilomètres pour ramener des bêtes de l'autre bout de la Suisse», reprend le député PLR, qui demande «un coup de pouce» au gouvernement vaudois afin d'encourager la construction de porcheries aux normes.

«Les investissements des exploitants représentent des sommes énormes, qui ne s'amortissent pas d'une pierre, deux coups!» réagit pour sa part le directeur de l'Union suisse des paysans et conseiller national Jacques Bourgeois (PLR/FR). Et d'estimer que les Chambres fédérales devraient être plus attentives aux répercussions financières d'un changement de loi avant de la modifier.

L'édito de Stéphane Berney, rédacteur en chef adjoint

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