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FootballLe sauveur du Servette FC habitait près de chez vous

Président du GSHC, Hugh Quennec endosse le rôle au SFC. L'engagement de ce rassembleur discret et apprécié ressemble à la solution idéale.

par
Mathieu Aeschmann
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Hugh Quennec pose ici à côté du logo du Genève-Servette HC, en juin 2006 à Genève

Hugh Quennec pose ici à côté du logo du Genève-Servette HC, en juin 2006 à Genève

Keystone

Tel Clark Kent, Hugh Quennec était trop parfait et trop présent pour que quiconque l'imagine dans un costume de sauveur. La surprise n'en fut que plus belle – osons l'adjectif – lorsque le président des Aigles se présenta, hier après-midi, au Stade de Genève en qualité de nouveau président du Servette FC. «Nous venons de finaliser un accord qui m'a permis de reprendre 100% des actions du club. Un groupe de financiers de la place m'a contacté pour traiter avec M.?Pishyar, éviter la faillite puis reconstruire le club. J'ai accepté ce défi parce que j'y crois.»

Fidèle à l'image qui a forgé sa crédibilité à Genève, Hugh Quennec balade sur l'assistance cet envoûtant mélange de douceur et de détermination. La voix posée et le propos didactique, il rappelle sans faux-semblant que son opération commando «doit se penser au jour le jour» et que la somme de 650?000?francs débloquée hier n'assure «que les coûts de fonctionnement du club durant un mois».

Malgré la réalité des chiffres et, surtout, le poids des inconnues (lire pages suivantes), le charme opère. Très à l'aise dans la posture du rassembleur, Hugh Quennec associe, remercie et rassure. «Cette responsabilité est également un immense honneur. Je remercie Charles Beer et Sami Kanaan pour leur soutien. Hommage également à mon ami Michel Pont, ce grand monsieur qui a joué un rôle vital dans la récolte des fonds.» Non loin de l'estrade, Jean-Philippe Rapp observe en évoquant la veillée de mercredi, heures décisives où la personnalité de Hugh Quennec a réussi l'exploit de fédérer les pouvoirs politiques, économiques et médiatiques.

Tour de force

Pour réaliser ce tour de force que l'on croyait impossible à Genève, le Québécois a pu s'appuyer autant sur son pedigree que sur des états de service impressionnants. Fondateur d'une société de courtage, Hugh Quennec a pris les rênes du GE?Servette en 2006. Deux titres de vice-champions, une patinoire pleine et une autre bientôt construite ont installé son savoir-faire au cœur de la cité. «Rien ne tombe du ciel, a-t-il martelé hier. J'ai toujours été convaincu que pour recevoir, il faut savoir donner. Nous allons donc travailler et convaincre. Car un club pérenne compte sur les recettes de sa billetterie, de son merchandising ou du sponsoring. Et non sur la seule générosité de son propriétaire.»

Gestionnaire rigoureux et discret – opaque diront certains –, l'homme d'affaires devenu président est également un infatigable défenseur du sport comme vecteur d'intégration. Sa fondation, «Sports for Life», construit des patinoires dans les communes et fait entrer le hockey et le tennis à l'école enfantine. Elle incarne la face missionnaire de ce père de famille croyant et intransigeant quant au respect des valeurs; bien loin des vertiges de la compétition qu'il se plaît à camoufler. «Ne vous y trompez pas, je suis un redoutable compétiteur, expliquait-il hier en aparté. Certes, je contrôle plutôt bien mes émotions, mais, dès que j'entre sur un terrain, je suis habité par la rage de vaincre. Pire, je hais la défaite.»

Relation fusionnelle

Si la confidence révèle le sportif assidu, elle ne dit pas la relation fusionnelle qu'entretient Hugh Quennec avec le football. «A Montréal, on joue au foot en été et au hockey en hiver. Mais à l'âge de 16?ans, j'ai dû choisir et le football a gagné. Une orientation qui m'a conduit à jouer pour l'équipe de l'Université de McGill puis dans la meilleure des ligues amateurs au Canada.» Ancien milieu de terrain reconverti au poste de libero, Hugh Quennec supporte aujourd'hui sa fille, membre du Team Vaud. «Ce que j'aime par-dessus tout sur un terrain: donner une passe décisive», confiait le sauveur avant de poursuivre son marathon médiatique. Loin d'être anecdotique, cet ultime aveu dit peut-être mieux que tous les discours d'apparat la chance qui s'offre au Servette FC. Médiateur hors pair, Hugh Quennec est un homme capable d'offrir la présidence d'honneur de l'Association SFC à Majid Pishyar pour lui assurer une sortie honorable. Et lorsqu'il cite Arsenal en exemple, c'est pour ses comptes équilibrés. Ambitieux, discipliné et raisonnable, il possède tous les atouts pour séduire sans brusquer. Une aubaine pour le miraculé servettien.

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