19.09.2015 à 09:50

BrésilLe scandale Petrobras sape le financement politique

Les magistrats de la Cour suprême brésilienne ont jugé «inconstitutionnelle la contribution de personnes juridiques aux campagnes électorales».

Lors de l'élection présidentielle de 2014, remportée par la présidente sortante Dilma Rousseff (photo), plus de 80% des dons aux candidats provenaient d'entreprises.

Lors de l'élection présidentielle de 2014, remportée par la présidente sortante Dilma Rousseff (photo), plus de 80% des dons aux candidats provenaient d'entreprises.

ARCHIVES, Keystone

Conséquence du scandale de corruption Petrobras, le financement de la politique brésilienne pourrait être profondément modifié après la décision de la Cour suprême d'interdire les dons des entreprises aux partis et aux candidats. Les experts jugent «historique» cette décision de justice.

Par une majorité de 8 voix contre 3, les magistrats de la Cour ont jugé «inconstitutionnelle la contribution de personnes juridiques aux campagnes électorales», a rapporté jeudi soir son président Ricardo Lewandowski. «C'est l'une des décisions les plus importantes de l'histoire récente de la Cour suprême», a commenté pour l'AFP Michael F. Mohallem, professeur de droit à la Fondation Getulio Vargas de Rio de Janeiro. Pour lui, cela va retirer aux entreprises l'influence dont elles disposent dans le système politique.

«L'entreprise qui verse des millions à un parti obtient un accès privilégié, une proximité et ensuite peut influer sur des décisions concernant les politiques publiques», a-t-il ajouté.

Lors de l'élection présidentielle de 2014, remportée par la présidente sortante Dilma Rousseff (gauche), plus de 80% des dons aux candidats provenaient d'entreprises, selon des données des autorités électorales compilées par le journal brésilien O Globo.

Contexte chaotique

Actuellement, la loi permet aux entreprises de verser jusqu'à 2% de leur chiffre d'affaires annuel à des partis ou candidats. Les autres ressources proviennent de personnes physiques et d'un fonds public.

«Nous sommes dans un contexte complètement chaotique, dans lequel le pouvoir économique s'empare de manière illicite du pouvoir politique», a affirmé à la Cour suprême le juge en charge du dossier, Luis Fux, dans ses conclusions. La Cour a également estimé que ce mode de financement favorisait les inégalités entre candidats, y compris à l'intérieur d'un même parti politique.

Cette décision «améliore la qualité de la politique, désormais, la compétition électorale sera obligatoirement égalitaire», s'est félicité le juriste Walter Maierovitch dans les colonnes de O Globo. «Nous avons observé une grande promiscuité, avec des entreprises investissant dans tous les partis pour être proches de celui qui gagne. C'est un abus de pouvoir économique, elles ne prêtent aucune attention aux arguments idéologiques», a-t-il poursuivi.

Le Brésil est secoué depuis 2014 par la révélation d'un énorme scandale de corruption impliquant Petrobras et les plus grandes entreprises de construction du pays, qui s'accordaient pour remporter des contrats avec la compagnie pétrolière publique en versant des pots-de-vin à certains de ses directeurs, nommés par le pouvoir politique. Ces pots-de-vin ont notamment servi à financer des partis de la coalition de centre-gauche actuellement au pouvoir.

(ats)

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