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EnquêteLe scandale s'aggrave à l'Université de Neuchâtel

Contrats louches avec des étudiants, activités cachées à l'étranger, manque de présence et problèmes de personnel: les irrégularités se révèlent nombreuses autour d'un important institut. Le rectorat ouvre une enquête.

par
Ludovic Rocchi
A l'intérieur du bâtiment qui abrite l'Institut de l'entreprise à Neuchâtel, la crise empire chaque jour.

A l'intérieur du bâtiment qui abrite l'Institut de l'entreprise à Neuchâtel, la crise empire chaque jour.

Sébastien Anex

A peine remise d'un sévère audit l'année dernière, l'Université de Neuchâtel affronte un scandale qui empire de jour en jour («Le Matin» des 19 et 27 septembre). Après avoir laissé pourrir la situation, le rectorat pensait s'en sortir en réglant les problèmes à l'interne. Mais la coupe est pleine et elle déborde au plus chaud de la rentrée académique.

Hier soir, le rectorat a d'ailleurs annoncé qu'il va ouvrir une «enquête administrative élargie». Les révélations et les nouvelles questions soumises hier matin au rectorat par «Le Matin» ne sont pas étrangères à cette décision. «Certains éléments que vous soulevez sont inquiétants et méritent d'être éclaircis», nous a confirmé Pascal Mahon, vice-recteur. Au cœur du scandale, on trouve l'Institut de l'entreprise, où est délivrée une grande partie des masters qui font la réputation de la Faculté des sciences économiques. Selon de nombreux témoignages et documents en notre possession, les méthodes du directeur de cet institut se révèlent problématiques, quand bien même ce professeur a bénéficié de l'appui du gouvernement par le passé.

Crédits offerts

Exemple criant: ces dernières années, ce professeur a offert aux étudiants de niveau master un «contrat d'entente» qui leur permet de faire valider gratuitement 6 crédits du système Bologne, soit 180 heures de cours et de travail personnel. Le tour de passe-passe est simple: la note du même cours donné au niveau bachelor sous un autre nom est validée pour le master (voir document ci-dessus).

La pratique contrevient clairement à tous les règlements universitaires. «Certains étudiants ont trouvé cette manœuvre injuste, mais cela n'est jamais allé plus loin», indique un témoin. Le directeur incriminé se mure, lui, dans le silence. Pourtant, d'autres griefs tout aussi graves sont adressés à son encontre. Selon des témoignages internes, il est très souvent absent de son institut, sans pour autant développer des activités académiques au-dessus de la moyenne qui feraient rayonner l'Université à l'extérieur. Par contre, on retrouve le nom du directeur comme «consultant» de gouvernements étrangers, notamment en Turquie et en Inde.

La limite entre activités au service de l'Université et mandats commerciaux se pose de manière encore plus délicate pour la collaboratrice principale du directeur de l'institut. Comme «Le Matin» l'a révélé, cette dernière a été engagée à 100% il y a trois ans pour développer un Observatoire des entreprises, projet qui n'a jamais vraiment décollé. Par contre, sa responsable multiplie les activités commerciales à l'étranger.

Elle utilise l'Uni à son profit!

Mieux: pour faire la pub d'une société de consulting international qu'elle détient avec un partenaire espagnol, ladite collaboratrice n'hésite pas à présenter le développement de l'Observatoire comme un «project» de son entreprise. La direction de l'Uni a-t-elle été informée de ces activités annexes? En raison de l'enquête à venir, le rectorat ne fait plus aucun commentaire. Mais il semble bien que non.

Toutes ces révélations ont donc poussé le rectorat à ouvrir une vaste enquête administrative. Il était plus que temps d'éteindre l'incendie, car la crise ne cesse de s'amplifier. Le directeur incriminé serait ainsi sur le point de prendre un avocat et de porter plainte pour mobbing contre le jeune doyen de la Faculté. L'arrivée de ce dernier semble en tout cas avoir rendu nerveux le directeur de l'institut. Depuis plus d'une année, il s'est mis à trier les assistants selon leur degré de fidélité à son «clan». Pas moins de cinq postes ont ainsi été supprimés ou déplacés dans un climat de tensions extrêmes.

Malaise: plusieurs des «victimes» de ce remue-ménage ont tenté d'alerter les services centraux, et même la rectrice, des dysfonctionnements au sein de l'institut. Il aura fallu l'enquête du «Matin» pour que le problème soit vraiment empoigné.

Sauvé par le Conseil d'Etat

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