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Livre«Le service en Suisse est froid»

Dans «Suissologue», l'Anglais Diccon Bewes pose son regard sur la Suisse, où il vit depuis huit ans. Il donne son avis sur l'affaire Oprah Winfrey.

par
Sandra Imsand
Diccon Bewes a écrit un livre amusant sur la Suisse qui paraît aujourd'hui en français sous le titre «Suissologue».

Diccon Bewes a écrit un livre amusant sur la Suisse qui paraît aujourd'hui en français sous le titre «Suissologue».

Simon Whitehead/LDD

Il aime le chocolat, les voyages en train et associe les Suisses à des noix de coco «très difficiles d'accès, mais tendres à l'intérieur». Diccon Bewes porte un jugement juste et drôle sur la Suisse, son histoire et ses manies. Installé depuis 2005 à Berne, pour y retrouver son compagnon mais aussi pour raisons de santé, le journaliste anglais (46 ans) a découvert peu à peu les règles tacites et les interdits qui régissent ce petit «îlot continental», et en a fait un livre en 2010: «Swiss Watching». Un best-seller en Grande-Bretagne, avec 45 000 exemplaires vendus. Publiée sous le nom de «Suissologue», la version française paraît aujourd'hui aux Editions Helvetiq. Son auteur explique franchement et sans fard ce qu'il pense de l'affaire du «Täschligate», qui secoue la Suisse depuis quelques jours.

Quand avez-vous entendu parler des accusations de racisme d'Oprah Winfrey?

Très rapidement. J'ai lu un article sur le site Internet de BBC News et j'ai été inondé de messages sur Twitter et d'e-mails de personnes voulant attirer mon attention sur cette histoire.

Pourquoi?

Depuis que j'ai sorti mon livre, de nombreuses personnes veulent avoir mon avis sur les chocs culturels en rapport avec la Suisse. Ils me demandent aussi de leur expliquer des choses qu'ils ne comprennent pas, comme cette femme à qui j'ai appris l'existence de l'impôt ecclésiastique en Suisse. Elle était très étonnée, car en Angleterre cette taxe a été supprimée au Moyen Age.

Quelle a été votre première réaction au sujet du «Täschligate»?

Je me suis dit que c'était typique du service en Suisse. La plupart du temps, le service y est très froid, comme si les personnes n'étaient intéressées qu'au moment d'encaisser l'argent. Je suis navré de le dire, mais le service en Suisse n'est pas terrible. Aux Etats-Unis, le service est exagérément sympathique, les vendeurs se présentent par exemple par leur prénom dès notre arrivée. Pour moi, en tant qu'Anglais, c'est crispant. Mais Oprah Winfrey doit être habituée à cela et le fait d'avoir bénéficié d'un service peu sympathique dû générer un malentendu.

A-t-elle pu être vexée de ne pas être reconnue?

C'est possible. Cela ne doit pas lui arriver très souvent… Mais paradoxalement, c'est ce que les célébrités recherchent quand elles viennent en Suisse. Tina Turner peut par exemple faire ses courses à la Coop sans être importunée. Je parie qu'Oprah Winfrey ne peut pas faire de même chez elle.

Selon vous, cette histoire ne relève donc pas du racisme?

Il n'y a que deux personnes qui savent vraiment ce qui s'est dit et elles ont livré des versions très différentes des événements. Mais il faut reconnaître qu'il y a du racisme en Suisse. Il est plus récent que dans d'autres pays, car la Suisse n'a jamais eu de colonies. Donc ce n'est que récemment que ses habitants ont été confrontés à l'immigration de personnes de couleur et non chrétiennes.

Où voyez-vous du racisme en Suisse?

Prenez l'exemple de la campagne de l'UDC en 2007 qui présentait des moutons blancs qui chassaient un mouton noir à coups de sabots. En Angleterre, cette affiche aurait été illégale, car raciste. Ici, ce n'était pas le cas, car la campagne était issue du premier parti politique du pays.

Un autre exemple?

Jusqu'à récemment, je travaillais dans une librairie anglophone à Berne. J'avais conseillé un ouvrage à un client et je lui ai demandé ce qu'il en avait pensé. Il m'a répondu très naturellement qu'il n'aimait pas les histoires qui parlaient de personnes noires. Le fait qu'il ait l'impression de pouvoir dire une chose pareille comme si c'était normal m'a choqué. J'ai eu l'impression d'être retourné dans les années 1950 en Angleterre.

Et vous, comme Anglais, avez-vous déjà été confronté à du racisme en Suisse?

Oui, pour des questions de langue, car je parle bon allemand et non suisse allemand. Des clients à la librairie m'ont déjà dit qu'ils ne voulaient pas avoir affaire avec moi et mon «allemand de nazi» et un autre m'a dit que j'étais «un idiot qui ne savait pas parler sa langue». Ces incidents sont tous survenus en même temps que l'affiche du mouton noir de l'UDC et mon patron a dû intervenir. Ces personnes représentent une minorité, mais elles ont l'impression qu'elles peuvent dire ce qu'elles veulent.

Ce n'est pas le cas partout?

Non, en Angleterre, par exemple, il existe des lois contre cela, il est illégal de discriminer une personne.

Du coup, vous sentez-vous bien en Suisse?

Oh oui et je m'y vois même finir ma vie. Dans quatre ans, cela fera douze ans que je suis établi dans ce pays, et j'aimerais demander le passeport suisse. Cela ferait de moi une personne plus complète dans cette société. Je pourrais voter et vraiment prendre part aux décisions.

Comment pensez-vous que l'affaire Oprah Winfrey finira?

Il n'y aura pas de réel épilogue. Mais cette histoire ternit encore un petit peu plus l'image de la Suisse. Mais la plupart des touristes viennent ici pour le chocolat, les vaches et les montagnes, je ne suis pas sûr qu'ils changeront d'avis à propos du pays pour cela.

«Suissologue», Ed. Helvetiq, 320 p.

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