Justice: Le sidéen qui a infecté son ex a été acquitté

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JusticeLe sidéen qui a infecté son ex a été acquitté

Le tribunal de Lausanne a confirmé la relaxe d'un Mauricien de 39 ans qui avait transmis le VIH à son épouse, faute d'avoir pu établir avec certitude qu'il savait qu'il était infecté avant de propager sa maladie.

par
Evelyne Emeri
L'accusé, un Mauricien de 39 ans, arrive quelques minutes avant l'ouverture des débats au Tribunal de Montbenon, à Lausanne.

L'accusé, un Mauricien de 39 ans, arrive quelques minutes avant l'ouverture des débats au Tribunal de Montbenon, à Lausanne.

Maxime Schmid

Une histoire de fou et un procès-fleuve. Mauricien de 39 ans, le prévenu a joué la montre durant deux ans et demi. En ne se présentant pas aux audiences jusqu'à être acquitté par défaut par le Tribunal correctionnel de l'arrondissement de Lausanne en mai 2016. Une stratégie qui lui a déjà été profitable. Depuis le 1er janvier 2016, ce n'est plus la «simple» contamination par négligence qui est pénalement répréhensible. La justice devait donc prouver que l'accusé avait agi par bassesse de caractère, elle-même induite par la haine ou l'esprit de vengeance.

Il conteste tout

Dans l'impossibilité de dire si Jonathan* se savait porteur du sida et de l'hépatite C lorsqu'il rencontre sa future ex-épouse Martine* en février 2012, les juges l'avaient blanchi. La victime sous trithérapie à vie avait gagné en appel. La trentenaire vaudoise se voit alors rejointe dans son combat par Anne*, la conquête suivante de monsieur qui l'identifie dans «Le Matin». Par chance, elle n'a pas contracté le VIH. Elle souffre en revanche d'une hépatite C et s'est fait frapper par son compagnon devant témoin. Son ancien partenaire lui a caché sa séropositivité, comme il l'avait fait avec Martine, alors même qu'il faisait déjà l'objet d'une enquête pour avoir transmis le sida à sa femme.

Hier, la Cour lausannoise a siégé une énième fois dans l'espoir d'aboutir enfin. Toutes les parties étaient présentes, y compris l'accusé, qui n'a pas desserré les dents. Inutile, il a toujours tout contesté et prétendu avoir découvert sa maladie au détour d'une consultation pour un zona ophtalmique en septembre 2013. Le 18 octobre prochain, cet homme, inculpé depuis des années, vivant du social, de petits boulots et de la générosité d'amis, devrait être expulsé vers l'île Maurice. Le TF a confirmé son renvoi, estimant qu'il pourrait poursuivre son traitement dans son pays d'origine.

Six mois ferme requis

Dans le cas de Martine, l'ex-épouse, le procureur Laurent Contat a reconfirmé l'abandon de la propagation d'une maladie à l'homme: «On ne peut pas arrêter clairement la prise de connaissance de son VIH par le prévenu. Force est d'admettre le doute. Le ministère public ne s'en réjouit pas, mais la bassesse de caractère fait défaut.» Il n'a retenu que les lésions corporelles simples par négligence.

Pour Anne, le magistrat a parlé de récidive en cours d'enquête. Comble de l'absurdité, mais en phase avec le législateur, il a lâché l'inaudible pour la première plaignante: «Là, la bassesse de caractère est réalisée. Il y a bien tentative de propagation. Ainsi que lésions corporelles simples qualifiées et voies de fait pour les coups de poing et les gifles.» Le parquet avait requis 1 an de peine privative de liberté dont 6 mois ferme.

Pour l'avocate de Martine, Me Sandra Gerber, ce sentiment gênant d'une sanction requise plus rude pour la victime non infectée que pour celle qui a contracté le virus: «Jonathan est un danger ambulant qui n'a jamais eu un mot d'excuse ou un regret. Sa désinvolture confine au déni.» Elle exigeait 80 000 francs pour tort moral.

Me Lory Balsiger, conseil d'Anne, a, quant à elle, exhorté le tribunal à faire preuve d'une intransigeance et d'une sévérité exemplaires. La défense, représentée par Me Olivier Carruzzo, a martelé que son client ne se savait pas malade et devait être disculpé: «Les doutes sont insurmontables. Aucune pièce médicale n'atteste de sa contamination avant septembre 2013. Pour l'hépatite C d'Anne, on ne sait pas qui l'a transmise à l'autre. Elle en avait déjà une lors de leur rencontre.»

* Prénoms d'emprunt

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