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La santé connectée (5/8)Le smartphone peut sauver la vie après un arrêt du cœur

Quand survient un accident cardiaque, chaque minute compte. Des applications mobiles ont été développées pour accélérer la prise en charge des victimes.

par
Benoît Perrier. Avec la collaboration de www.planetesante.ch

Si une personne s'effondre, qu'elle ne répond pas et qu'elle ne respire pas normalement, elle est peut-être en situation d'arrêt cardiaque. Pas d'hésitation: il faut, un: appeler les secours (144); deux: débuter un massage cardiaque; et, trois: si possible, chercher ou demander à un tiers de localiser un défibrillateur automatique (voir infographie).

Voilà ce qu'on apprend dans les cours de premiers secours. Et ces gestes sauvent des vies. «Seulement 10% des victimes d'arrêt cardiaque survivent, explique le Dr Fabrice Dami, médecin responsable de la centrale 144 vaudoise et urgentiste au Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV). Mais ce chiffre peut monter à 30% si un massage cardiaque est effectué immédiatement après le malaise et si le patient bénéficie d'une défibrillation dans les minutes qui suivent.»

Des applications prétendent apporter de l'aide dans ces moments critiques. Sont-elles efficaces? Oui, répond le Dr Dami. Surtout au moment d'appeler les secours. L'application Echo112 se sert ainsi du GPS du téléphone pour transmettre, sur la pression d'un seul bouton, la localisation à la centrale d'urgence, en Suisse comme à l'étranger.

Plus vite localisé

Le Dr Jocelyn Corniche, médecin anesthésiste au CHUV et créateur d'Echo112, explique qu'«en inscrivant le numéro de l'appelant sur le site Web d'Echo112, les centrales obtiennent la localisation de la victime sur une carte, de même qu'une estimation de la précision de ces données (de quelques mètres à une cinquantaine de mètres).»

Pour les équipes de secours, c'est un atout précieux. «Un blessé en forêt, par exemple, peut n'avoir aucune idée de l'endroit où il se trouve», reprend le Dr Dami. Il en va de même dans un pays étranger ou dans une ville suisse que l'on connaît mal. Et, observe le spécialiste, «si la centrale ignore où se situe l'événement, elle ne pourra pas faire grand-chose.»

Par ailleurs, en cas d'arrêt cardiaque, chaque seconde compte. Le Dr Dami détaille: «Les deux facteurs qui influencent le plus les chances de survie sont le temps écoulé entre l'arrêt du cœur et le début du massage cardiaque et celui écoulé entre cet arrêt et l'utilisation d'un défibrillateur, que ce soit par un ambulancier ou grâce à un appareil automatique.»

Le but du massage cardiaque est de remplacer le battement insuffisant du cœur, la pression exercée sur la poitrine faisant en effet circuler le sang dans le corps. «On gagne ainsi de précieuses minutes où les organes continuent à être nourris en oxygène, avant que le choc électrique d'un défibrillateur – automatique ou arrivé avec les secours – puisse faire repartir le cœur», souligne le Dr Dami. Mais les instructions pour effectuer un massage cardiaque que fournissent des applications comme Arrêt cardiaque laissent le professionnel dubitatif: «Se familiariser à froid avec ces gestes, c'est très bien. Mais devant une victime, ce n'est pas le moment de jouer avec son téléphone. Il faut suivre les conseils qui sont donnés lors de l'appel à la centrale 144. Un régulateur guide, rassure et explique comment faire le massage cardiaque.»

La centrale pourra aussi indiquer la localisation d'un défibrillateur automatique à proximité. Cet outil peut permettre à un cœur en arrêt de retrouver un rythme régulier. Une opération capitale. «Plus vite le cœur retrouve une activité électrique normale, plus faible est le risque que le cerveau soit lésé», insiste le Dr Dami. Mais où les trouve-t-on? Les centrales 144 répertorient les défibrillateurs mis à disposition dans des lieux à fort passage (gares, aéroports, hôpitaux ou supermarchés) rarement les appareils acquis par des acteurs privés (clubs sportifs ou entreprises).

Enregistrer les défibrillateurs

Des applications telles qu'Arrêt cardiaque et son pendant pour les professionnels AEDMAP tentent de combler ce manque d'information. Elles proposent en effet aux possesseurs de défibrillateurs d'enregistrer leur appareil dans une base de données. Le Dr Dami détaille: «Il s'agit d'indiquer sa localisation, les horaires d'ouverture du bâtiment et si l'appareil est utilisable par tous ou uniquement par les usagers du bâtiment.» Toutes les centrales suisses ont accès à ces répertoires afin de pouvoir signaler ces défibrillateurs aux personnes qui appellent le 144. Mais il y a un hic: plusieurs registres coexistent pour l'instant.

L'urgentiste recommande donc aux personnes qui souhaitent enregistrer un appareil de contacter la centrale de leur région pour savoir quelle application employer. Les utilisateurs potentiels quant à eux se référeront à la centrale du 144. Le jeu en vaut la chandelle, car «l'utilisation d'un défibrillateur automatique peut considérablement améliorer le pronostic de la victime», conclut le médecin.

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