Il y a un an: le (semi)confinement: Le soir où nous avons commencé à faire du boucan aux fenêtres
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Il y a un an: le (semi)confinementLe soir où nous avons commencé à faire du boucan aux fenêtres

Le 15 mars 2020, les Suisses ont été appelés sur les réseaux sociaux à applaudir le personnel soignant. Cela a été le début d’une longue série qui s’est éteinte petit à petit.

par
Laurent Flückiger
Manifestation bruyante et solidaire à la gruyérienne, à Vuippens le 25 mars 2020.

Manifestation bruyante et solidaire à la gruyérienne, à Vuippens le 25 mars 2020.

AFP via Getty Images

Il y a eu d’abord quelques claps un peu timides, puis des tonnerres de claps avant le clap de fin, on ne saurait dire quand exactement. C’est le dimanche 15 mars à 21 h qu’ont véritablement débuté les applaudissements à nos fenêtres ou balcons, après plusieurs appels sur les réseaux sociaux. La Suisse a ainsi suivi l’Italie qui a montré son soutien au personnel soignant de cette manière.

Les premières semaines, on était tous heureux. On tapait fort des mains, on se risquait même à crier (un peu), on faisait un petit signe au voisin d’en face – tiens, c’est lui qui habite là? –, on prenait des vidéos et tout s’éteignait presque synchrone. Après, le balcon d’à côté a commencé à sortir à chaque fois ses platines, ici c’était des cloches, là un concert de casseroles. Une fois, on a même osé être le premier à applaudir et ainsi faire partir cette vague de bravos pour tout le quartier.

Puis, on a commencé à râler – «pourquoi seulement les infirmières? Et les caissières?» «Oui, et les nettoyeurs?» –, on a petit à petit été gêné par les questions bateau du voisin d’en face, on a eu envie de jeter en bas la fenêtre le djembé qui encore il y a peu mettait de l’ambiance. Parfois, pris par le programme sur notre écran et la fenêtre étant fermée, on a même oublié d’applaudir.

Enfin, on a – presque tous – compris que ça devenait gênant, qu’il valait mieux arrêter. Certains ont persévéré avant de finir par abandonner sous la pression de l’absence du nombre.

Un an après, on se dit que c’était un petit miracle. Démarrer ce mouvement aujourd’hui serait impensable: trop de divisions, de tensions, de dépressions. Plus d’envie, d’empathie, de courage même. Pourtant, le personnel soignant est toujours au front, de plus en plus dans l’indifférence. Et s’il s’est habitué depuis longtemps à ne plus avoir droit aux applaudissements, évitons qu’il s’habitue à l’oubli.

Mardi 16 mars, dans notre série «Il y a un an: le (semi)confinement», retrouvez notre prochain épisode: «Le jour où le Conseil fédéral a déclaré la situation extraordinaire».

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