Colombie: Le spectre d’un assassinat politique plane sur la présidentielle
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ColombieLe spectre d’un assassinat politique plane sur la présidentielle

Favori de l’élection du 29 mai, Gustavo Petro se présente, à chacun de ses meetings, sous une protection plus que renforcée. Les menaces des trafiquants de drogue ou des groupes armés sont prises très au sérieux.

Gustavo Petro (au centre), cerné par des gardes du corps qui brandissent en quasi-permanence d’imposants boucliers pare-balles.

Gustavo Petro (au centre), cerné par des gardes du corps qui brandissent en quasi-permanence d’imposants boucliers pare-balles.

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À chaque sortie publique du favori de la présidentielle du 29 mai en Colombie, la scène est saisissante: le candidat de gauche Gustavo Petro est cerné d’une horde de gardes du corps nerveux, qui brandissent en quasi-permanence trois imposants boucliers pare-balles. Le spectre d’un assassinat hante la campagne, où la gauche a une chance très sérieuse d’arriver au pouvoir pour la première fois dans l’histoire de ce pays, où les balles ont souvent changé tragiquement le cours de la vie politique.

Si la violence armée a un temps reflué après la signature de l’accord de paix de 2016 avec les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc, marxistes), le pays reste confronté à la menace du narcotrafic et à une myriade de groupes armés qui sévissent dans les provinces plus ou moins isolées. «Le spectre de la mort nous accompagne», déclarait Gustavo Petro en février. «Elle ne cesse de m’apparaître comme un flash lorsque je me mêle à la foule, lorsque je suis sur une estrade, au milieu d’une place bondée.»

Boucliers blindés

Début mai, le sénateur de 62 ans a suspendu un déplacement dans le centre-ouest du pays, son équipe ayant reçu des «informations de première main» sur un possible complot d’assassinat par des paramilitaires locaux. Deux jours plus tard, il refaisait son apparition en meeting à Cucuta, dans le nord, derrière ses désormais incontournables boucliers blindés.

Son escorte de 60 gardes du corps a depuis été renforcée, sans compter les forces de sécurité déployées lors de ses nombreux déplacements en province, qui ont contribué jusqu’à présent au succès de sa campagne. Le risque d’assassinat «est très réel», estime Felipe Botero, professeur de sciences politiques à l’Université des Andes. «Non seulement contre le candidat Petro, mais aussi s’il gagne la présidence.»

Francia Marquez, Afro-Colombienne écologiste et féministe, colistière de Gustavo Petro à la vice-présidence, a elle aussi fait état de menaces. Et le candidat de la droite conservatrice Federico Gutierrez, rival de Gustavo Petro, a exprimé son inquiétude à la fois pour la sécurité de son adversaire comme pour la sienne, après des menaces, selon lui, de la guérilla guévariste de l’ELN. «Faites attention à la sécurité de Federico Gutierrez», a tweeté l’ex-président Alvaro Uribe (2002-2010), qui a lui-même échappé à un attentat à l’explosif en 2002.

«La mort ne cesse de m’apparaître comme un flash lorsque je me mêle à la foule, lorsque je suis sur une estrade, au milieu d’une place bondée.»

Gustavo Petro, candidat à la présidentielle colombienne

Alexander Gamba, professeur à l’Université Santo Tomas, voit au moins trois raisons à une «possible» attaque armée contre Gustavo Petro. Il existe selon lui, en Colombie, des «professionnels de la violence», comme la vingtaine de mercenaires qui ont participé à l’assassinat du président haïtien en 2021. L’éventuelle victoire de Gustavo Petro est présentée par ses opposants comme «une grande catastrophe nationale», contribuant à une «atmosphère» qui ferait presque passer un assassinat pour «une action patriotique».

Enfin, souligne le sociologue, le pays «n’a pas connu d’alternance politique» qui laisse la place à la gauche, toujours associée par certains secteurs conservateurs à la rébellion armée.

«Pas un sujet de campagne»

«Dans un pays comme la Colombie, marqué par la violence politique et qui a le record des homicides de leaders sociaux, nous prenons évidemment toute menace au sérieux», commente un conseiller de Gustavo Petro, Alfonso Prada, qui refuse cependant «d’en faire un sujet de campagne». «Si nous aspirons à diriger l’État, nous devons être capables de rassurer et de gérer notre propre sécurité.»

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(AFP)

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