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Bien vivreLe sport booste votre intelligence

Plus besoin de démontrer les bienfaits d’une activité physique régulière pour la santé. Mais, surprise, bouger est aussi un vrai produit dopant pour le cerveau, disent les scientifiques.

par
Nicolas Poinsot
Faire du sport permettrait de créer de nouveaux neurones.

Faire du sport permettrait de créer de nouveaux neurones.

Eli Asenova/Getty Images

Courir, nager, jouer au tennis ou faire du vélo. En plus de faire du bien au corps, cela rend intelligent, nous apprend la science. Comment les chercheurs en sont-ils venus à partager l’avis des philosophes de l’Antiquité qui, comme Socrate, liaient déjà santé du corps et qualité de la pensée?

Grâce à la découverte de la neurogenèse adulte. Alors que l’on croyait notre stock de neurones définitivement fixé à la naissance, et impitoyablement promis au déclin avec les années, il s’avère que bouger beaucoup, faire du sport, permettrait de créer de nouveaux neurones, donc de nouvelles connexions, dans certaines régions cérébrales clés. Le mieux est cependant de se pencher plus avant sur le microscope pour bien comprendre.

Que se passe-t-il dans le cerveau quand on fait du sport?

Un exercice physique en cours, et voilà les muscles du corps qui s’activent, le cœur qui s’emballe, la température qui monte. Dans la tête aussi, c’est le grand chamboulement. On assiste à la production de nouvelles cellules neuronales dans l’hippocampe, une structure du système limbique située dans le lobe temporal du cerveau.

C’est la neurogenèse. «Il y a encore vingt ans, on ignorait que des neurones pouvaient se créer pendant l’âge adulte, se souvient Bogdan Draganski, médecin associé au Service de neurologie du Département des neurosciences cliniques du CHUV et directeur du Laboratoire de recherche en neuroimagerie (LREN), à Lausanne. Trois facteurs déclenchent cette neurogenèse, parmi lesquels l’activité physique.»

Un phénomène bien étudié sur les souris grâce à plusieurs travaux de référence en la matière. Nicolas Toni, professeur associé au Centre de neurosciences psychiatriques de l’Université de Lausanne, en conduit actuellement un sur le sujet. «Quand des souris disposent d’une roue dans leur environnement, ces petits mammifères peuvent facilement courir près de dix kilomètres par jour. Chez les individus actifs, on observe ainsi une très importante neurogenèse. Cette croissance apparaît comme l’effet le plus drastique d’une activité physique sur le cerveau.»

Cette production de nouveaux neurones joue un rôle essentiel pour la plasticité cérébrale, impliquée dans les fonctions cognitives et l’adaptation, ainsi que dans le processus de réparation des lésions. Mais le sport autorise également une meilleure oxygénation du cerveau. Afflux sanguin supplémentaire qui, selon une étude de l’Université de Montréal, multiplie les vaisseaux capillaires du cerveau et permet donc un meilleur approvisionnement en oxygène de nos 86 milliards de cellules neuronales.

D’autres travaux ont en outre souligné le rôle bénéfique des hormones produites durant un exercice physique, ou encore celui de la cathépsine B. Cette protéine sécrétée lors d’un effort prolongé assiste l’expression d’une autre baptisée BDNF (pour «brain derived neurotropic factor»), qui favorise la production de nouveaux neurones. Pour John Ratey, professeur de psychiatrie à l’Université Harvard, la BDNF n’est pas moins qu’une sorte «d’engrais miracle du cerveau».

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Natation: Être immergé dans l'eau augmente l'afflux sanguin dans le cerveau, ont remarqué des chercheurs australiens en 2014. Des conditions idéales pour optimiser le fonctionnement de nos neurones.

Natation: Être immergé dans l'eau augmente l'afflux sanguin dans le cerveau, ont remarqué des chercheurs australiens en 2014. Des conditions idéales pour optimiser le fonctionnement de nos neurones.

Torwai/iStock
Équitation: Selon une étude japonaise publiée en 2017, faire du cheval est excellent pour le cerveau des enfants. Les chercheurs ont ainsi remarqué une hausse des résultats en arithmétique chez les 10-12 ans qui se mettent à l'équitation.

Équitation: Selon une étude japonaise publiée en 2017, faire du cheval est excellent pour le cerveau des enfants. Les chercheurs ont ainsi remarqué une hausse des résultats en arithmétique chez les 10-12 ans qui se mettent à l'équitation.

Sergio Kumer/iStock
Danse: Il n'y a pas que la course qui chouchoute les neurones: danser régulièrement améliore mémoire et capacités d'apprentissage, dixit une étude allemande de 2017.

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Shutterstock

Qu’est-ce que cela améliore?

Brisons tout de suite les rêves de certains: faire du sport, même à haute dose, ne contribue pas à gagner des points de Q.I. En revanche, des fonctions cognitives seront bel et bien améliorées, en l’occurrence celles en rapport avec l’hippocampe, siège entre autres de la mémoire et du repérage dans le temps et dans l’espace. «On observe des capacités mnésiques plus importantes chez les personnes faisant un exercice physique régulier», assure Ann C. Kato, neurologue et professeur honoraire à l’Université de Genève.

Avant même que les intéressés s’en aperçoivent, les effets se voient d’ailleurs via l’imagerie cérébrale. Les sportifs démontrent ainsi une attention accrue et une hausse de la mémoire de travail ou à long terme. Conditions particulièrement utiles lorsqu’on souhaite enregistrer rapidement une grande quantité de données nouvelles. Dans une étude publiée sur le site PLOS ONE, des scientifiques affirment notamment que l’activité physique garantit une meilleure assimilation des langues étrangères, car elle développe les capacités de mémorisation et d’apprentissage.

Celles-ci seraient en outre encore boostées par les effets des hormones sécrétées pendant l’exercice physique (la dopamine ou l’endorphine), qui améliorent la qualité du sommeil. Or une bonne nuit récupératrice facilite l’apprentissage des informations auxquelles on a été confronté durant la journée. Le cocktail s’avère excellent pour le bulletin de notes: une étude du «British Journal of Sport Medicine» constate des résultats scolaires en hausse chez les enfants et les ados se vouant à une activité physique régulière, accompagnés d’un meilleur développement cérébral.

Selon d’autres recherches, exposées dans un article de la revue «The Journal of Neuroscience», l’exercice physique, parce qu’il augmente les niveaux de neurotransmetteurs, favoriserait une plus haute résilience. Conséquence? Le sportif voit grimper sa capacité à réagir devant une situation inédite. «Et puis, un effort soutenu va aussi améliorer l’orientation spatiale de l’individu», ajoute Bogdan Draganski. Même les tempéraments plus artistiques vont gagner à faire du sport régulièrement. Selon un article paru dans le «Journal of Experimental Psychology», une simple marche soutenue peut améliorer la pensée créative de 60%. Pas vraiment anecdotique.

Quel type d’activité et quelle fréquence privilégier?

Tout exercice physique a généralement des effets intéressants pour la santé et le corps. Mais si l’on désire un sport particulièrement efficace du point de vue du développement des fonctions cognitives, il faut s’orienter vers un type de discipline précis, explique Nicolas Toni. «Les bénéfices sont extraordinaires sur la mémoire et l’apprentissage lorsqu’il s’agit d’une activité aérobe, autrement dit quand l’effort est prolongé dans la durée, qu’il accélère d’au moins 50% la fréquence cardiaque et augmente le débit respiratoire.» Sont donc concernés des sports comme la course à pied, la natation ou le vélo.

Pour les autres, il n’en va pas forcément de même, éclaire une étude finlandaise. Le niveau de neurogenèse serait ainsi moins spectaculaire pour les disciplines n’impliquant pas d’effort constant soutenu, à l’instar du yoga ou du stretching, qui restent cependant parfaits pour entretenir le corps en général et les articulations en particulier. Les chercheurs observent en outre une neurogenèse quasi nulle avec des exercices de résistance tels que la musculation.

D’autres travaux ont par ailleurs précisé que les activités sans réflexion étaient meilleures pour la neurogenèse, ce qui renforce l’intérêt des trois premiers sports évoqués. Le tennis, qui nécessite une grande oxygénation mais requiert beaucoup de stratégie, serait donc en bas du podium. Maintenant que l’on connaît les disciplines à élire, toutes les fréquences sont-elles pour autant efficaces?

«Les jeunes qui pratiquent un sport régulièrement ont, vers 20 ou 30 ans, une prévalence moins élevée que la moyenne aux maladies psychiques»

Nicolas Toni, professeur associé au Centre de neurosciences psychiatriques de l'Université de Lausanne

«Établir un minimum d’activité demeure compliqué, souligne Ann C. Kato. Néanmoins, pour que le cerveau en profite convenablement, on peut tabler sur une heure d’exercice trois fois par semaine. L’idéal étant de faire chaque jour au moins dix minutes d’exercice intense.» Et quand la santé ne permet pas de monter trop haut dans les tours, «15 000 pas par jour sont excellents».

Au bout de combien de temps les effets se font-ils sentir?

Une bonne partie des bénéfices peut survenir immédiatement ou juste après l’activité, dixit Ann C. Kato. «Une bonne marche de quinze minutes suffit déjà à apporter de bons effets sur la créativité grâce à l’oxygénation du cerveau» informe-t-elle. En revanche, du côté de la neurogenèse, rien de comparable. «Il faut qu’un certain temps s’écoule pour que de nouveaux neurones soient entièrement produits dans l’hippocampe, environ deux à trois mois», détaille Bogdan Draganski. Plus insolite: les bienfaits de l’activité physique se verraient même… dès la naissance. C’est ce qu’avance une thèse de doctorat récemment soutenue à l’Université de Montréal. Lorsque la mère a suivi une activité physique modérée durant la grossesse, son bébé présente dès sa venue au monde des réponses neurologiques plus matures.

Un sport doux qui serait à l’origine d’une amélioration du développement du cerveau chez le fœtus. Adopter une activité physique serait également une sorte d’investissement pour garantir un cerveau en pleine possession de ses moyens, fait remarquer Nicolas Toni: «Les jeunes qui pratiquent un sport régulièrement ont, vers 20 ou 30 ans, une prévalence moins élevée que la moyenne aux maladies psychiques.» Quand vous croiserez des joggers dans la rue ou verrez des footballeurs suant sur la pelouse d’un stade la prochaine fois, parions que vous penserez à tous ces cerveaux qui se musclent.

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