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Hockey sur glaceLe succès de Gottéron passe par les nerfs de Shawn Heins

Le Canadien est la tour de contrôle de la défense fribourgeoise, mais aussi le justicier du groupe. Par le passé, il s'est souvent laissé emporter. A-t-il changé?

par
Thomas Dayer

Sa réputation est inscrite dans les esprits. Sur les patinoires helvétiques, il est le joueur le plus craint des adversaires. Ses charges et ses poings y sont pour quelque chose. Shawn Heins (38?ans) a toujours su user de ses 190?centimètres et de quelques coups de gueule à des fins d'intimidation

Sa puissance physique est bien utile à FR Gottéron, qui tient en lui son justicier, son protecteur. Avec lui, l'équipe joue plus sereinement. Sa foulée lui permet aussi de porter le danger dans la zone adversaire. En somme, il vaut mieux l'avoir avec soi, que contre soi.

Mais l'homme a ses faiblesses. Et quelquefois, il s'est laissé emporter, dépassant les bornes. C'est aussi arrivé en play-off. En 2009, lors de l'acte I de la série contre Davos, un doigt d'honneur à l'attention d'un spectateur provocant lui vaut une pénalité de match et une suspension. En 2010, ce sont les tensions entre FR Gottéron et GE Servette, et un coup de crosse de Daniel Rubin sur Sébastien Caron, qui le font sortir de ses gonds.

Ainsi la question demeure-t-elle aujourd'hui: Shawn Heins est-il capable de se tenir tranquille? De ne pas céder aux sirènes de l'excitation? «On en a discuté avec lui dès le début de la saison, et non spécifiquement pour ces play-off, lâche l'entraîneur Hans Kossmann. Son jeu est physique, c'est très bien, mais il doit rester sur la glace. Telle est notre attente, et il est au courant.»

Lorsque le principal intéressé est interrogé sur le facteur-clé de la série à venir contre Lugano, il n'hésite pas. «Les émotions», répond-il, avant de développer: «Tous les acteurs savent qu'il y a de bonnes et de mauvaises émotions. Les bonnes émotions te portent vers le succès, les mauvaises vers la défaite. Celles-là, je les connais puisque j'ai connu plusieurs suspensions qui nous ont pénalisés. Je promets de tout faire pour les éviter et me tourner vers les bonnes émotions.»

Conscient de son rôle

Shawn Heins est conscient de son rôle-clé. Il sait qu'une suspension peut plomber les siens. «Je suis assez vieux pour savoir que je ne dois pas faire de bêtise, sourit-il. Mais que voulez-vous, les émotions et l'intensité font partie de mon jeu. Et en face, il faut en être conscient: il y aura beaucoup de bons joueurs à qui on ne peut laisser ni du temps ni de l'espace.»

Le Canadien sous-entend que, parfois, il devra agir. En une fraction de seconde. En flirtant avec les limites, sans les franchir. Hans Kossmann compte-t-il investir dans une laisse, histoire de le retenir? «Non, non, se marre le coach. Ses mauvaises actions étaient le fruit, les saisons dernières, de la frustration. Il était irrité quand l'équipe n'allait pas bien. Aujourd'hui, il patine dans un tout autre état d'esprit. Il veut participer à la construction des succès du groupe.»

La saison la plus sage

Les statistiques de la saison régulière tendent à le prouver. Le défenseur n'a écopé que de 69?minutes de pénalité. Croyez-le ou non, il vient de consommer sa saison la plus sage depuis son arrivée en Suisse. «Notre façon de jouer me simplifie la tâche, analyse-t-il. Nous portons mieux le puck, notre structure me rend plus serein. Mais je reste un très, très mauvais perdant. Rappelez-vous: contre GE Servette, j'avais craqué alors que nous perdions largement (ndlr: 1-5). J'espère que cette année nous gagnerons.» Ou quand la victoire reste seul remède contre le risque d'incartade.

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