Productivité: Le Suisse travaille moins, mais il stresse plus qu'avant
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ProductivitéLe Suisse travaille moins, mais il stresse plus qu'avant

Une récente étude le démontre: les actifs suisses travaillent de moins en moins. Ils sont à peine plus assidus que les Français.

par
Uso Curty
Les travailleurs suisses passent de moins en moins d'heures au boulot. Cependant, ils sont de plus en plus stressés.

Les travailleurs suisses passent de moins en moins d'heures au boulot. Cependant, ils sont de plus en plus stressés.

Getty Images (Photo d'illustration)

Le Suisse est connu pour être discret, scrupuleux et, surtout, travailleur. Pourtant, ce cliché séculaire se fissure avec les résultats d’une recherche de l’École polytechnique fédérale de Zurich (ETH).

Selon cette étude, qui a été reprise par la NZZ am Sonntag , les Suisses n’ont cumulé que 1562 heures de travail en 2015. C’est 35% de moins qu’en 1950, où les employés œuvraient six jours par semaine, pour seulement deux semaines de vacances par année.

35 heures pour les Français

En comparaison mondiale, les Mexicains, avec 2248 heures de travail par an, sont les plus assidus, suivis par les Sud-Coréens (2113) et les Américains (1770). Contrairement aux idées reçues, les Français n’ont pas à rougir dans ce classement. Le travailleur tricolore ne bûche que trente minutes de moins par jour que son voisin helvétique. Membre du comité exécutif d’EconomieSuisse, Rudolf Minsch explique ce phénomène par le recours fréquent au temps partiel dans nos contrées: 37% des employés sont concernés en Suisse, soit deux fois plus qu’en France. Dans la NZZ, Rudolf Minsch met en avant le rôle joué par la flexibilité du marché du travail dans notre pays.

Cette forte baisse du temps de travail ne représente pas pour autant de danger pour l’économie suisse. En effet, cette diminution est largement compensée par la démultiplication de la productivité. Les Suisses sont cinq fois plus efficaces aujourd’hui.

Ce besoin d’efficacité ne se fait pas sans dommages collatéraux. Un constat également établi sur le terrain par le Dr Sophie-Maria Praz-Christinaz, spécialiste en médecine du travail. «Cette pression vient non seulement des employeurs mais aussi des employés eux-mêmes. C’est une réalité économique et sociale.»

Connecté sans cesse

Le travail reste au centre du développement personnel et de notre rôle dans la société. «Les Suisses s’identifient énormément à leur emploi, poursuit le Dr Praz-Christinaz. On se définit dans le travail et par le travail, C’est un moyen d’avoir une place, d’exister.» Si le Suisse travaille moins, il ne parvient plus à débrancher complètement en quittant son poste.

L’employé, ultradisponible et connecté, consulte par exemple ses e-mails à toute heure du jour et de la nuit. «Dans les années 1960, les gens travaillaient beaucoup, mais il existait une séparation plus nette entre le temps de travail et le temps de repos, détaille le Dr Praz-Christinaz. Le travailleur ne s’autorise ainsi pas toujours à couper, même en vacances, par peur d’être mis hors jeu par exemple. Il est important de savoir et de pouvoir poser des limites.»

En 2016, un actif suisse sur quatre avouait être stressé au travail et se sentir épuisé selon une étude de Promotion Santé Suisse.

Quelques chiffres

–35% Le temps de travail a baissé d’un tiers dans notre pays depuis les années 1950, passant de 2400 heures par an à 1562 en 2015.

30 minutes En moyenne, le Suisse ne travaille qu’une demi-heure de plus que son voisin français chaque jour.

2248 heures Soit le temps de travail annuel des Mexicains. Ces derniers sont les plus gros bûcheurs du monde devant les Sud-Coréens (2113) et les Américains (1770).

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