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PolémiqueLe T-shirt de l'affaire Cleusix interdit!

Les organisateurs du marché de Sion ont fait retirer de la vente hier le T-shirt humoristique sur l'affaire Cleusix. Son concepteur déplore une atteinte à la liberté d'expression.

par
Eric Felley
Louis Perriard n'a pas pu vendre les T-shirts hier au marché.

Louis Perriard n'a pas pu vendre les T-shirts hier au marché.

Isabelle Favre

«On m'a dit que je ne pouvais pas vendre ce T-shirt au marché parce qu'il avait une connotation politique. J'ai bien insisté, mais rien à faire.» Louis Perriard, Valaisan au chômage, avait été recruté pour vendre les T-shirts au slogan «C'est du foutage de gueule!» sur un stand de Sion. Il a dû les remballer devant l'insistance de la police. De toute évidence, l'inscription n'était pas la bienvenue au traditionnel rendez-vous hebdomadaire des Sédunois. On doit la notoriété de cette expression au président de la commune de Leytron, qui a qualifié ainsi l'attitude du Conseil d'Etat valaisan dans le dossier des impôts impayés de Jean-Marie Cleusix, chef du Service cantonal de l'enseignement. Le publiciste Ernest Ammann, de Martigny, en a fait un T-shirt («Le Matin» du 22 janvier). Et hier il regrettait forcément cette interdiction qui viole «la liberté de commerce et d'expression». Le responsable du marché de la vieille ville, Gérald Delorme, réfute l'accusation de censure, mais évoque la philosophie de la manifestation: «Nous privilégions la vente des produits du terroir et l'artisanat local. J'avais prévenu cette personne, et il est venu quand même avec cette phrase choc. On estime que ce n'est pas le rôle du marché de rajouter de la polémique.» Le président de l'Association du marché, Blaise Schmidt, le soutient: «Nous refusons également des stands politiques durant les élections et les votations.» Toutefois, dans le cas présent, il admet que c'est une question d'interprétation: «On peut aussi comprendre cela comme du second degré.» Pour Ernest Ammann, il s'agit surtout d'un geste satirique: «Le T-shirt n'attaque personne ni un parti. Il symbolise un sentiment d'énervement pour beaucoup de Valaisans contribuables.» Dans la même veine, il est en train d'en lancer un autre avec le subtil: «T'as mis où les impôts?» qui parodie le célèbre «T'as où les vaches»?

Succès aussi hors Valais

Après avoir été éconduit à Sion, le vendeur a tenté de rejoindre la Foire Agrovina de Martigny. Là aussi on lui a refusé l'autorisation. «Comme nous interdisons toute forme de colportage, au-delà de toute autre considération», précise Raphaël Garcia, directeur du centre d'exposition. Finalement, Louis Perriard a vendu des T-shirts au gré des rencontres. Depuis le début de la semaine, c'est surtout par commande que les T-shirts partent comme des petits pains. «Nous en avons livré environ 800 en quelques jours, constate Ernest Ammann. Ce qui me surprend, c'est qu'ils sont demandés autant en Valais qu'en dehors du canton. Rien que dans le Jura nous en avons livré 180, mais aussi à Fribourg et à Neuchâtel.» Ce qui tendrait à penser que le foutage de gueule a un petit caractère universel.

L'édito d'Eric Felley

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