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CyclismeLe «Taureau» était programmé pour gagner

Stefan Bissegger a confirmé mardi qu’il était déjà un des meilleurs rouleurs du peloton. A simplement 22 ans, il fait partie d’une relève suisse qui s’est déjà affirmée au plus haut niveau.

par
Robin Carrel
Stefan Bissegger et son casque très aérodynamique.

Stefan Bissegger et son casque très aérodynamique.

AFP


Comme pour son compatriote Marc Hirschi, plus vieux de quelque trois semaines, ce n'est pas vraiment une surprise de retrouver le Thurgovien Stefan Bissegger à ce niveau-là. Son aîné bernois avait brillé de longue date sur la route et empilé les récompenses chez les jeunes, pendant que lui se construisait déjà un glorieux palmarès dans les vélodromes de Suisse et d'ailleurs. Du haut de leurs 22 ans, ils portent haut les espoirs du cyclisme suisse qui s'est trouvé une relève qu'ils incarnent, mais dont ils n'ont pas le monopole.

Bissegger est un jeune homme pressé et a réussi la transition de la piste à la route. Il n'a pas encore totalement délaissé la première dans sa tête bien faite, puisqu'il sera le fer de lance de sa sélection aux Jeux olympiques de Tokyo l'été prochain. Mais ça devrait être une de ses dernières apparitions dans les vélodromes, car le jeune homme a montré depuis bien longtemps ce que le monde a découvert hier: son avenir est dans les pelotons professionnels.

Le «Taureau» («Muneli» en suisse-allemand), son surnom donné par l'entraîneur national Daniel Gisiger aussi bien pour le léger surpoids qu'il traînait à une certaine époque que pour sa puissance sur les pédales, lui a inspiré son pseudo sur les réseaux sociaux (@aka_muni sur Twitter et Instagram) et résume bien son état d'esprit en selle. «Il savait très bien ce qu'il voulait mardi matin. Tout s'est mis parfaitement en place et il a été le plus rapide. Chaque seconde compte sur un contre-la-montre et Stefan connaît comment gérer et garder le rythme sur un chrono», a souri son directeur-sportif Andreas Klier.

«C'était très technique, a analysé le coureur suisse. Il faut prendre des risques à chaque virage et être patient sur d'autres... Je crois que je l'ai assez bien fait. Le chrono, c'est définitivement un exercice qui me sied et j'en suis très content.» Le jeune homme n'est pourtant pas exclusivement un spécialiste de l'effort solitaire. Chez les grands déjà, alors que la pandémie avait quelque peu desserré son étreinte l'été dernier, il était allé sprinter pour une belle troisième place lors de la 3e étape du Tour de l'Ain, entre Primoz Roglic et Tom Dumoulin, excusez du peu.

La bicyclette fait partie de la vie du Suisse depuis plus de la moitié de son existence. Il avait tout juste 10 ans quand il a pris le départ de sa première course, au guidon d'une machine prêtée par le magasin de cycles du coin. «Le gars de ce commerce m'avait dit que je ne pouvais pas prendre le départ de l'épreuve avec mon vélo habituel, alors il m'en a laissé un des siens, a rembobiné hier le natif de Weinfelden. Ça a été le départ de tout ça. C'est marrant, parce que ce monsieur est aujourd'hui mon entraîneur personnel. Ça fait une décennie qu'il me suit!»

Le coureur, dont c'est la première année complète chez les professionnels, ne devrait pas garder longtemps le tout premier maillot de leader de sa carrière. Mercredi, les coureurs attaqueront une étape difficile, avec arrivée au sommet. Les cadors devraient déjà s'y expliquer. «Mais avoir le maillot jaune sur ce genre de courses change la vie, a froidement analysé le coureur. Les routes sont étroites, mais avec ce paletot, tu peux te placer tout devant le peloton. Moi, j'espère que je pourrai le garder encore quelques jours et en apprécier chaque minute.» Ce ne serait en tous cas pas une surprise.

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