Franc fort: Le taux plancher disparaissait il y a un an

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Franc fortLe taux plancher disparaissait il y a un an

Le 13 janvier 2015, la BNS annonçait la fin du du taux plancher entre le franc et l'euro, provoquant un tsunami de stupéfaction.

Dans les heures qui avaient suivi l'annonce de l'abandon du taux plancher, les bureaux de change attiraient la foule.

Dans les heures qui avaient suivi l'annonce de l'abandon du taux plancher, les bureaux de change attiraient la foule.

Keystone

L'abandon, il y a une année, par la Banque nationale suisse (BNS) du taux plancher entre le franc et l'euro, en vigueur durant un peu plus de trois ans, avait retenti comme un coup de tonnerre et provoqué une avalanche de réactions catastrophées (lire encadré ci-contre).

Chute en dessous de la parité

Alors que l'euro valait 1,20 franc le 15 janvier 2015 avant l'annonce de la BNS, il avait chuté le même jour en dessous de la parité, pour atteindre son plus bas niveau historique à 96,52 centimes. Le franc s'était ensuite un peu relâché pour remonter légèrement au-dessus de la parité. Actuellement, le cours est situé à un peu plus de 1,08 franc.

Dans les heures qui ont suivi l'annonce de l'abandon du taux plancher, les bureaux de change attiraient la foule. Les Suisses et les frontaliers avaient acheté beaucoup d'euros. A Genève par exemple, les files s'allongeaient dans l'après-midi devant les bureaux de change près de la gare.

PostFinance avait suspendu les retraits en euros temporairement durant la matinée, alors qu'à la banque UBS, le système informatique avait pratiquement touché à ses limites. Auprès de sa concurrente Credit Suisse, aucune perturbation n'avait été constatée tant en ligne qu'aux guichets, mais le volume des transactions avait été «considérable».

L'abandon du taux plancher pèse sur l'économie

Une année après ce coup de tonnerre, l'économie suisse en subit les conséquences de plein fouet, mais elles ne sont pas forcément aussi graves qu'attendu. La décision de la BNS a certes entraîné des milliers de pertes d'emplois et cette tendance va se poursuivre. «Mais la situation n'est pas aussi mauvaise que certains l'avaient craint», relativise Sergio Rossi, professeur de macroéconomie et de politique monétaire à l'Université de Fribourg, interrogé par l'ats.

Un avis partagé par Nadia Gharbi, économiste au département gestion de fortune de la banque Pictet, qui estime que «l'activité économique a été relativement résiliente en 2015, avec une croissance estimée à 0,8%». Pour 2016, la banque prévoit une «légère accélération avec une croissance de 1,1%», indique Mme Gharbi. La BNS, elle, table sur 1,5%.

Conséquences hétérogènes

Selon les régions ou les activités économiques, il y a des gagnants et des perdants, note Sergio Rossi. «Les avantages et les inconvénients sont répartis de manière hétérogène». Mais si la BNS avait maintenu le taux plancher, la situation serait encore pire en ce qui concerne l«instabilité financière de l«économie nationale. «L'abandon du taux plancher a permis de réduire la pression à la hausse sur les prix immobiliers découlant des liquidités créées par la BNS suite à ses interventions sur le marché des changes».

Parmi les gagnants figurent les entreprises qui importent des produits en Suisse à partir de la zone euro. C'est le cas pour les biens d'équipement, les voitures, l'alimentation ou l'électroménager, explique M. Rossi. Il place aussi les banques dans le camp des vainqueurs, notamment parce que le franc fort attire des capitaux en Suisse.

Du côté des perdants se trouvent les entreprises - et leurs employés - qui sont exposées à la concurrence internationale, en particulier dans la zone euro. Le tourisme est aussi affecté. «Actuellement, les touristes choisissent plutôt l'Autriche que la Suisse pour faire du ski», illustre Sergio Rossi.

Dizaines de milliers d'emplois menacés

En 2015, les entreprises avaient encore une marge de manoeuvre, car leurs carnets de commandes étaient remplis pour six mois environ. Mais en 2016, «des dizaines de milliers d'emplois pourraient encore être supprimés ou délocalisés», avertit le professeur. «Le marché de l'emploi reste relativement robuste, même s'il y a des pertes dans certains secteurs», estime Nadia Gharbi.

Selon elle, les suppressions de postes seront vraisemblablement plus nombreuses en 2016 que l'année passée. Pour sa part, le Secrétariat d'Etat à l'économie prévoit un taux de chômage moyen de 3,6%, contre 3,3% en 2015, avec un pic au printemps.

Sergio Rossi évoque «un demi-point de hausse, auquel il faut ajouter le 'chômage déguisé', soit les personnes qui doivent renoncer à une augmentation de leur taux d'activité ou qui arrivent en fin de droit aux allocations».

Autre conséquence du franc fort: la marge bénéficiaire des entreprises est en train de baisser, ce qui contrarie les aspirations des actionnaires, relève le professeur fribourgeois. «Beaucoup d'entreprises se sont adaptées à la nouvelle situation en baissant leurs marges», acquiesce Mme Gharbi. «Avec un impact sur l'inflation, qui a été négative durant toute l'année 2015 et a atteint -1,3% en décembre».

Pour Sergio Rossi, certaines entreprises vont peut-être se recentrer sur leur coeur de métier. «Elles vont resserrer leurs activités et réorienter leurs débouchés d'exportation».

Nouveau taux plancher irréaliste

Des voix s'élèvent régulièrement pour demander à la BNS de réintroduire un taux plancher, à l'image de l'Union syndicale suisse (USS), qui vient de plaider pour un seuil à 1,30 franc. Pour les économistes, ce scénario n'est pas envisageable.

«Aucune chance», tranche Sergio Rossi, car on vient de l'abandonner. «Une année, en politique monétaire, c'est très court. Ce serait très mauvais pour la crédibilité de la BNS». «Cela coûterait beaucoup trop cher», estime Nadia Gharbi, alors que le bilan de la BNS atteint déjà des niveaux records par rapport au produit intérieur brut (PIB).

La marge de manoeuvre de la BNS est très étroite et dépend des décisions de ses homologues, notamment la Banque centrale européenne et la Réserve fédérale américaine, analyse Mme Gharbi. Pour empêcher la spéculation sur le franc et affaiblir la monnaie helvétique, M. Rossi préconise de remplacer les taux d'intérêt négatifs par une taxe de 0,01% sur l'achat de francs.

Catastrophique et incompréhensible

L'annonce de la BNS avait suscité une avalanche de réactions, exprimant les pires craintes et la stupéfaction.

Le directeur général de Swatch Group, Nick Hayek, évoquait un «tsunami pour l'ensemble de la Suisse». «Les mots me manquent», confiait le patron du groupe horloger biennois. Les milieux économiques déploraient avec véhémence la décision de la BNS.

Swissmechanic la jugeait «catastrophique»: sans le taux plancher, un affaiblissement encore plus important de la monnaie unique par rapport au franc pourrait se révéler fatal aux PME de l'industrie des machines, avertissait l'organisation patronale.

Pour l'association faîtière Swissmem, le franc suisse surévalué à 1,20 représentait déjà un défi pour beaucoup d'entreprises. S'il augmente encore plus, il sera difficile de rester compétitif. Et l'érosion des marges se poursuivra, ajoutait l'organisation de l«industrie des machines, des équipements électriques et des métaux.

Pour economiesuisse, la décision de la BNS était «incompréhensible au moment actuel». L'association hotelleriesuisse estimait pour sa part que la réévaluation du franc allait toucher durement la branche hôtelière orientée vers l'exportation. Une telle situation atteindra de plein fouet la compétitivité du secteur.

Les salaires et les emplois dans les secteurs actifs dans l'exportation sont menacés, craignait l'Union syndicale suisse (USS), redoutant aussi un risque de déflation. Travail.Suisse exprimait également sa préoccupation pour l'emploi en Suisse.

(ats)

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