Chronique: Le temps…

Actualisé

ChroniqueLe temps…

Découvrez la chronique du pilote bernois de MotoGP Thomas Lüthi, parue dans «Le Matin Dimanche».

par
Thomas Lüthi
Remo Neuhaus.

Lorsqu'on a la vitesse en soi, on a logiquement un rapport particulier avec le temps. Pas celui qui a passé, non, mais bien celui qui mesure chacune de nos actions. Quand, gamin, je me lançais tout droit sur les pentes enneigées, mon entraîneur au ski-club piquait des crises parce que, volontairement, j'ignorais les piquets qu'il avait plantés pour essayer de faire de moi un slalomeur. Je préférais déjà la vitesse absolue, tout schuss.

J'ai ensuite découvert un monde dans lequel le temps est tout, un juge impitoyable. À un point tel qu'on le mesure en millièmes de seconde et qu'un pilote qui en perd une entière, de seconde, est rapidement considéré comme un mauvais. J'ai appris à vivre avec cette sanction immédiate. Mais cette année, j'ai découvert un autre rapport avec le temps, en me lançant dans le défi du MotoGP alors que je n'avais qu'un an de contrat pour le relever.

Huit courses pour me faire plaisir

«Le Lüthi, de quoi se plaint-il? Un an, c'est 365 jours, bien assez pour qu'il s'adapte», ont raconté certains. C'est vrai selon la pure vérité des chiffres, c'est faux dans la réalité. Car cette fameuse année, pour moi, a duré moins de 180 jours! Le team Marc VDS avait une option au 30 juin s'il désirait me conserver dans ses rangs en 2019. Ma période «d'apprentissage» de la MotoGP se voyait, dans les faits, réduite à huit GP. On connaît les résultats, décevants, frustrants…

Mais ce n'est pas tout: pendant cette année qui ne durait déjà que 180 jours, je devais en plus, avec mon management personnel, anticiper ce que pourrait être mon futur. Au cas où je continuerais chez les grands, mais aussi au cas où je devrais prendre la décision de revenir en Moto2. Que devions-nous faire? Attendre cette fameuse date butoir du 30 juin et commencer à nous activer ensuite, au risque de nous retrouver dans une impasse, ou alors déjà sonder les possibilités qui me seraient éventuellement offertes?

Dans ce monde où les années comptent 180 jours et les jours ne sont jamais assez longs, nous avons dû jongler avec les règles du temps. Tout est désormais réglé. Maintenant, place au bon temps: huit courses pour me faire plaisir. Pour être enfin dans le temps MotoGP!

Ton opinion