Automobile: Le «Tesla killer» s’installe à Genève

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AutomobileLe «Tesla killer» s’installe à Genève

Lucid Motors, autre constructeur californien de berlines électriques, vient d’ouvrir son premier «Studio» en Suisse, à Genève. Et il entend montrer qu’il en a sous la capot.

par
Christophe Pinol
Lucid Motors nous a présenté l’étendue de la gamme Lucid Air, il y a quelques jours, à Genève.

Lucid Motors nous a présenté l’étendue de la gamme Lucid Air, il y a quelques jours, à Genève.

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C’est la voiture électrique de tous les superlatifs. «La plus puissante», «la plus rapide», «la plus luxueuse», «la plus spacieuse»… N’en jetez plus! C’est en tout cas ainsi que Lucid Motors nous a présenté l’étendue de la gamme Lucid Air, il y a quelques jours, à Genève. Et notamment son dernier bébé, le modèle Grand Touring, l’une des 4 déclinaisons de sa berline de luxe. Dans le segment des voitures électriques premium, la marque parvient en effet à afficher des performances assez folles: 1111 chevaux pour 900 kilomètres d’autonomie, notamment, et les 97 km/h (60 mph) atteints en 2,6 secondes. C’est bien plus musclé que la concurrence.

Après avoir déployé ses ailes en Amérique du Nord, la marque californienne, concurrent direct de Tesla sur le secteur de l’électrique haute performance, entend dorénavant séduire le marché européen. Et plus particulièrement la Suisse puisqu’après Munich, Genève est devenu le deuxième bastion du constructeur implanté sur le vieux continent. L’enseigne a ouvert ses portes vendredi passé, au Rond-Pont-de-Rive, et les premiers modèles Lucid Air sont attendus sur les routes suisses «au premier trimestre 2023», nous promet Jarno Middelbosch, directeur européen du marketing. Alors pourquoi à Genève? «Parce que nous visons une clientèle aisée et on sait que la Suisse est prête à accueillir ce genre de voitures luxueuses», poursuit-il, en précisant qu’une autre enseigne est aussi attendue à Zurich tout prochainement. Et pour expliquer comment la Cité de Calvin a bien pu griller la politesse à la capitale économique du pays, on parie sur le fait que le constructeur a sauté sur l’occasion de reprendre les locaux laissés vacants par Tesla il y à peine quelque mois, lors de son déménagement à quelques centaines de mètres de là, du côté de Confédération Centre.

Mercedes, BMW et Porsche en ligne de mire

Lucid Motors se défend pourtant de marcher sur les platebandes de son compatriote. «Ce qui nous distingue de Tesla, c’est notre positionnement sur le marché du luxe, continue Jarno Middelbosch. On essaie plutôt de se rapprocher de marques comme BMW, Porsche ou Mercedes. Que ce soit en termes de design, de confort ou de performances».

Question puissance et autonomie, les chiffres annoncés plus haut correspondent au modèle Lucid Air Dream Edition, une série limitée – aujourd’hui épuisée – qui a servi au lancement de la marque en début d’année: 500 exemplaires mis en circulation en Amérique du Nord et un peu moins (Lucid Motors ne précise pas combien exactement) bientôt livrés en Europe. Les nouveaux clients devront donc se rabattre sur les trois autres modèles actuellement disponibles, dont les prix débutent entre 100'000 et 200'000 francs: l’Air Pure, l’entrée de gamme (480 ch pour 653 km d’autonomie), l’Air Touring (620 ch pour 653 km d’autonomie) ou l’Air Grand Touring (819 ch pour 845 km d’autonomie). C’est cette dernière dont on a pu avoir un bref aperçu, uniquement depuis le siège passager, lors d’une petite virée en ville.

L’effet «waouh» du «Glass Canopy»

A l’intérieur on est effectivement très à l’aise question confort. Les finitions sont belles, l’accélération – en départ arrêté – nous cloue à notre fauteuil, même si on est en ville et que le conducteur n’a de loin pas mis toute la «patate», et le pavillon avant entièrement vitré – l’impressionnant «Glass Canopy» –, qui s’étend d’un seul tenant du tableau de bord au milieu de la toiture, apporte une belle luminosité à l’habitacle. «Si l’on veut se démarquer de la concurrence, on doit se montrer meilleur, précise Daniel Davy, directeur des ventes en Europe. Si on se contentait d’offrir un niveau équivalent à une Mercedes ou à une Porsche, les clients se tourneraient automatiquement vers ces constructeurs pour leur prestige. On se doit donc d’être plus performants, et ce à tous les niveaux».

C’est la voiture électrique de tous les superlatifs. «La plus puissante», «la plus rapide», «la plus luxueuse», «la plus spacieuse»… N’en jetez plus!

C’est la voiture électrique de tous les superlatifs. «La plus puissante», «la plus rapide», «la plus luxueuse», «la plus spacieuse»… N’en jetez plus!

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Et le Californien en garde d’ailleurs encore sous le coude, question performance, puisqu’il annonce maintenant l’arrivée prochaine de deux nouveaux modèles. D’abord un inévitable SUV, l’Air Gravity, prévu pour 2024, et surtout l’Air Sapphire, un monstre équipé de 3 moteurs dont la puissance totale cumulée dépassera les 1200 chevaux et permettra d’atteindre les 97 km/h en 1,89 secondes, soit 1 dixième de mieux que la Tesla Model S Plaid, jusqu’ici la plus rapide des voitures électriques. Lucid annonce également une vitesse de pointe de 330 km/h… Reste à savoir à quoi peuvent bien servir de telles performances quand il s’agit d’aller acheter du pain ou même de partir sur la côte en été? «C’est une démonstration de force, répond Daniel Davy. Une manière de montrer notre savoir-faire: la berline la plus puissante jamais construite. La Sapphire, c’est une Hypercar qui va directement concurrencer les Pininfarinas ou autres Lamborghinis, mais avec tout le confort d’une berline». Pour le CEO de la marque, Peter Rawlinson, ancien chef ingénieur de Tesla, notamment responsable du Model S, c’est donc bien une manière de montrer «qui a «la plus grosse (batterie)» du secteur. Une démonstration de force probablement un rien puérile, surtout dans le contexte énergétique actuel, mais qui a le mérite d’attirer les regards. Et dans un marché si concurrentiel, c’est déjà beaucoup.

Baisse drastique de la production

D’autant plus que la marque a dû faire face cette année à des problèmes d’approvisionnement. Après avoir annoncé l’an passé viser la production de 20'000 véhicules en 2022, elle a dû revoir ses ambitions à la baisse. A plusieurs reprises même – la faute à la pénurie de certains composants électroniques – et son usine en Arizona, où toute leur technologie est fabriquée en interne (moteurs, batterie, accus, phares…) espère maintenant pouvoir livrer entre 6'000 à 7'000 unités. La prudence est donc de mise sur le site genevois où l’on ne précise pas le nombre de ventes espérées. Et la guerre en Ukraine qui fait flamber les prix de l’énergie n’arrange évidemment pas les choses.

La succursale du bout du lac – dans le jargon Lucid, on appelle ça un «Studio» – permettra en tout cas de passer des commandes depuis toute l’Europe. Que ce soit en physique ou directement depuis le site internet du constructeur. Comme chez Tesla, on choisit son modèle de la souris, on valide les quelques options proposées (couleur extérieur, décoration intérieure, jantes…) et on finalise son achat d’un simple clic. De manière aussi désinvolte qu’avec un iPhone, pour rester dans le domaine du premium californien. Si ce n’est qu’ici, il nous sera demandé de certifier notre réservation en payant d’entrée de jeu entre 300 et 970 francs suivant le modèle. On n’est plus à ça près… 

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