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BiologieLe test ADN est quasi infaillible pour prouver la paternité

Rachida Dati affirme que le père de sa fille Zohra est un multimillionnaire.

par
Elisabeth Gordon. Avec la collaboration de www.planetesante.ch
Bertrand Guay, AFP

La balle est maintenant dans le camp de la justice française. Si le tribunal accède à la demande en recherche en paternité déposée par Rachida Dati, Zohra pourra savoir si elle est, ou non, la fille biologique de Dominique Desseigne, à la tête du groupe hôtelier Lucien Barrière et multimillionnaire.

Echantillons facilement accessibles

Les tests de paternité sont aujourd'hui devenus pratique courante dans les centres, publics ou privés, accrédités pour les faire (lire encadré). Il suffit pour cela de disposer d'un peu de matériel biologique – salive, sang ou autre – du père biologique présumé, de l'enfant et de sa mère. Ces échantillons facilement accessibles permettent de comparer les ADN logés au sein des noyaux des cellules des trois personnes concernées.

Un individu recevant la moitié de son patrimoine génétique de son père et l'autre de sa mère, «on regarde d'abord les caractères génétiques que l'enfant partage avec sa mère», explique Christian Gehrig, responsable adjoint du laboratoire de génétique forensique au Centre universitaire romand de Médecine légale (CURML), à Lausanne. Puis on compare le reste de son ADN avec celui de son géniteur supposé.

Il n'est pas nécessaire pour cela de décrypter la totalité du patrimoine héréditaire, il suffit d'examiner certaines régions des chromosomes – les minisatellites (voir infographie) – qui ont la particularité «d'être très variables d'un individu à l'autre». Le CURML en sélectionne seize et cela lui permet de trancher. Si l'homme n'a pas les mêmes caractéristiques génétiques que l'enfant, il n'est pas son géniteur. En revanche, si dans tous les minisatellites du fils ou de la fille, on retrouve les caractéristiques paternelles, la probabilité de paternité calculée est supérieure à 99,99%. Autant dire que la filiation est prouvée.

Cette méthode est donc considérablement plus précise que celle utilisant le groupe sanguin que l'on pratiquait auparavant. «Il n'existe que quatre groupes sanguins et le groupe O est partagé par environ 40% de la population. Il y avait donc peu de situations où l'on pouvait exclure qu'un homme soit le père biologique.»

De la brosse à dents à l'exhumation

L'analyse génétique se complique lorsque le père présumé est mort et enterré, comme c'est le cas dans l'affaire Jean-Luc Delarue. Kelly M. prétend en effet que sa fille Chelsea serait le fruit d'une liaison avec l'animateur de télévision décédé en août dernier. Si la méthode est plus complexe, il existe toutefois plusieurs manières d'avoir accès à l'ADN du défunt.

L'une d'elles est de tenter de retrouver des échantillons biologiques de la personne en question, par exemple du sang prélevé à l'hôpital où l'animateur a été traité pour son cancer. «Ce n'est pas toujours évident, car les hôpitaux ne gardent pas ce genre de fluide biologique très longtemps», constate Christian Gehrig. A défaut, on peut aussi examiner les objets personnels du mort – son rasoir, sa brosse à dents, ses habits – comme on le voit faire par les fameux experts de la série télévisée du même nom. Evidemment, il est difficile d'être sûr que ces vêtements ou ustensiles appartenaient bien à la personne concernée, mais en cas de doute, «on peut comparer l'ADN trouvé avec celui d'un de ses enfants légitimes». Le plus simple, selon le biologiste, serait d'analyser l'ADN de proches parents de Jean-Luc Delarue, car «les caractéristiques génétiques qu'un enfant hérite de son père se retrouvent aussi chez ses grands-parents paternels».

Au cas où le père de l'animateur, et éventuellement sa mère si elle est vivante, acceptait de se soumettre à l'examen, ou si d'éventuels frères et sœurs consentaient, les recherches seraient facilitées. «Plus les personnes de la même famille auxquelles on a recours sont nombreuses, plus le test est puissant et plus on aura de chances de répondre à la question posée de manière concluante», poursuit le spécialiste lausannois. Si toutes ces méthodes échouent, il reste la solution ultime: exhumer le corps du défunt pour y prélever de l'ADN à partir des os. Il y a eu un précédent célèbre: le chanteur et acteur Yves Montand, dont on a déterré la dépouille en 1998, six mois après sa mort, à la demande de celle qui prétendait être sa fille. Les résultats du test de paternité ont montré qu'elle ne l'était pas.

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