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PortraitLe tour du Léman à la force des bras

Atteinte d'une maladie orpheline, Manon Doyelle, Française âgée de 24 ans, se prépare à faire le tour du lac dans son fauteuil de compétition.

par
Anne-Florence Pasquier

La flamme olympique lui a donné le feu sacré de l'athlétisme. C'est à Lausanne, lors d'une visite au Musée olympique en 2013 que la Française de Bron, près de Lyon, a eu le déclic et s'est lancé le défi de faire le tour du lac Léman en fauteuil. «Pour la première fois, j'étais partie seule jusqu'à Lausanne sans l'aide de mon mari ou de ma famille. C'était la confirmation que je pouvais me débrouiller, après 4 ans de galère avec ce fauteuil que j'ai eu beaucoup de peine à accepter», raconte Manon d'une voix joyeuse et dynamique. Plus rien ne peut l'arrêter. Déterminée, c'est à la force de ses bras qu'elle va porter son «projet». Un terme qu'elle avait pourtant banni de son vocabulaire. Car depuis l'âge de 20 ans, brutalement, elle se trouve paralysée. «Je me suis assise et je ne pouvais plus du tout me relever, un beau cadeau pour mes 20 ans», ironise-t-elle.

La jeune femme est atteinte d'une maladie orpheline dont les symptômes ressemblent à la sclérose en plaques. «C'est évolutif, j'ai passé du temps alitée. Certains jours, je peux presque marcher et d'autres, même mes bras, je ne peux pas les bouger», explique Manon, qui a aussi fait le choix, malgré les risques de la maladie, de donner vie à une petite fille, aujourd'hui âgée de 4 ans. Pour s'occuper de sa fille et de sa santé, elle a dû arrêter ses études. «Je me suis beaucoup isolée, c'était très dur. Mais je me suis nourrie de mes échecs et cette performance sera une revanche.»

Un rêve de sportive

Sa participation bénévole aux Mondiaux d'athlétisme handisport à Lyon a confirmé la faisabilité de son projet. Suite à un concours organisé par EDF – «Réalise ton rêve de sportif» – Manon a obtenu le soutien financier permettant de le concrétiser. «J'ai pensé au lac Léman parce que j'adore la Suisse, je m'y sens bien. C'était symbolique de partir de Lausanne», explique-t-elle. Après 10 mois d'entraînement et de musculation, elle prendra le départ ce vendredi pour 180 kilomètres répartis en cinq étapes. «C'est aussi une façon de dédramatiser le handicap. Renvoyer une image positive plutôt que de la compassion ou de la pitié», insiste-t-elle. Le jour de l'arrivée le 15 juillet, elle fêtera ses 25 ans, bien plus qu'un cadeau, une revanche sur la vie.

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