Humeur: Le traçage de SwissCovid: comme la grêle après les vendanges
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HumeurLe traçage de SwissCovid: comme la grêle après les vendanges

Personne ne s'attend plus à une deuxième vague, mais à des foyers ici et là, qu'il faudra traiter avec des moyens conventionnels.

par
lematin.ch
A moins d'une spectaculaire deuxième vague à laquelle personne ne croit, l'application SwissCovid arrive un peu tard pour jouer un rôle dans la gestion de cette épidémie, dans notre pays.

A moins d'une spectaculaire deuxième vague à laquelle personne ne croit, l'application SwissCovid arrive un peu tard pour jouer un rôle dans la gestion de cette épidémie, dans notre pays.

Laurent Gillieron, Keystone

L'introduction de l'application de traçage SwissCovid est un des épisodes les plus inattendus de cette épidémie. Comme le virus, ce projet est venu d'Asie, où les conditions sociales et l'acceptation d'une surveillance de masse sont bien différentes. En Suisse, il en a fallu du temps et des tests pour la mettre au point, tandis que la courbe des nouveaux cas d'infection ne cessait de baisser.

Un espace inviolable

On peut gloser sans fin sur la protection des données dans un tel système de proximité, dont le cadre est fourni par Apple et Google. Le statut d'un téléphone est aujourd'hui complexe à définir. A l'image d'un domicile, c'est un «lieu» privé, où l'on conserve un contenu personnel et confidentiel. En même temps, c'est un appareil harcelé par la géolocalisation, le traçage ou le profilage. Malgré tout, selon l'usage de chacun, il demeure un espace inviolable! Installer une application de traçage dans son téléphone, c'est un peu comme mettre une caméra dans son salon. Ce n'est pas anodin.

Personne ne s'attend plus à une deuxième vague

En lançant cette application avec les EPF, la Suisse se veut à la pointe d'une nouvelle technologie. Depuis qu'on en parle, c'est l'aspect novateur du projet qui est dominant. Pourquoi pas, puisqu'il faut vivre avec son temps. Cependant, à l'heure actuelle, on peut soulever la question de son utilité ou de son inutilité. N'arrive-t-elle pas trop tard, comme la grêle après les vendanges, alors qu'il ne reste que quelques cas de contaminations par jour? Personne ne s'attend plus à une deuxième vague, mais à des foyers ici et là, qu'il faudra traiter avec des moyens conventionnels.

Une probabilité dérisoire

Aujourd'hui, admettons une moyenne de 15 nouveaux cas de Covid-19 par jour sur 8 millions d'habitants. La probabilité que la personne infectée dispose de l'application est dérisoire. Tout comme la probabilité que les personnes qu'elle a croisées l'aient aussi.

Finalement, on a l'impression que certains se sont lancés dans ce projet et qu'ils sont aujourd'hui dans l'impossibilité d'y renoncer, fascinés par l'univers qu'ils sont en train de créer. Mais sans doute songent-ils déjà à d'autres occasions qui se présenteront.

Eric Felley

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