22.12.2015 à 16:29

SuisseLe trafic de cocaïne peu touché par les récentes saisies

L'offre satisfait toujours la demande. Huit tonnes sont consommées annuellement.

Les dernières saisies constituent moins de 10% des quantités se trouvant sur le marché.

Les dernières saisies constituent moins de 10% des quantités se trouvant sur le marché.

Photo d'illustration, Keystone

Les annonces de saisie de cocaïne se succèdent et certaines d'entre elles atteignent des montants records. Près de 191 kilos ont par exemple été saisis dans le port rhénan de Birsfelden (BL). Mais le trafic de la drogue n'en est que peu perturbé.

La cocaïne, d'une pureté dépassant les 90%, avait été découverte dans huit sacs dissimulés dans un container arrivé par bateau. Il s'agit d'une des plus grandes quantités de cocaïne saisie en Suisse. Récemment, la presse s'est fait l'écho de plusieurs saisies allant de 3 à 150 kg, à travers toute la Suisse.

Pour Olivier Guéniat, chef de la police judiciaire neuchâteloise et spécialiste du trafic de stupéfiants, les prises, même si chacune d'entre elle est un succès, ne sont ni plus fréquentes, ni plus importantes qu'avant. Et surtout, elles n'ont que peu d'impact sur le trafic, l'offre réussissant toujours à satisfaire la demande.

Moins de 10% du marché

Près de huit tonnes sont consommées chaque année en Suisse. Or les saisies, 170 kg de cocaïne en 2014 et habituellement moins de 500 kg annuellement, représentent moins de 10% des quantités mises sur le marché, toutes entrées illégalement sur le territoire.

«Nous avons démantelé récemment une organisation criminelle qui approvisionnait chaque semaine Genève surtout, mais aussi Lausanne, Bâle et Berne d'une vingtaine de kilos. La police n'a ensuite observé aucun ralentissement sur le marché de la cocaïne.»

Les trafiquants ne sont pas organisés de façon pyramidale. Quand une saisie est faite, même importante, elle ne touche qu'une petite branche et la demande se tourne spontanément vers une multitude d'autres organisations, ancrées sur ce marché.

Baisse des prix

L'usage de cocaïne reste pourtant stable depuis les années 2000. Entre 2,6 et 2,7% de la population des 15-24 ans y succombent. La cocaïne a succédé à l'héroïne, dont la consommation s'est effondrée après la guerre dans les Balkans. Dès lors, le Croissant d'or - région située au carrefour de l'Asie centrale, du sud et orientale - a préféré approvisionner d'autres marchés, plus au nord et à l'est.

L'Europe et la Suisse, sevrées d'héroïne, se tournent alors vers la cocaïne. Ce produit profite aussi du développement de la vie nocturne dans certaines grandes villes en Suisse, 24 heures/24. En même temps, les prix se démocratisent.

Le crystal-meth menace

Une autre drogue suscite des craintes, même si elle est encore marginale. Elle est présente dans les villes qui connaissent la prostitution thaïe: les jeunes femmes ont amené les pilules thaï dans leurs bagages, détaille Olivier Guéniat.

Neuchâtel arrive en tête en terme de consommation avec 33,4 milligrames par tranche de 1000 habitants chaque jour. A Zurich, où la consommation de toutes les autres drogues est la plus forte de Suisse, celle de crystal meth est plus basse qu'à Neuchâtel avec 21,8.

Pas une drogue récréative

Les villes surtout concernées par cette nouvelle drogue sont celles où les salons de massage thaï se sont implantés, c'est-à-dire Neuchâtel, Soleure, Olten, Bienne, Bâle, Lucerne, St-Gall et Zurich. Cette drogue, hautement addictive, ne peut guère être utilisée de façon récréative.

De nombreux laboratoires, tenus par des Vietnamiens et des ressortissants d'Asie du Sud-Est, ont été démantelés en Tchéquie. On en trouve actuellement dans le sud de l'Allemagne, proches de la frontière helvétique. Olivier Guéniat s'attend à les voir débarquer prochainement en Suisse.

«Pas de politique fédérale en matière de stupéfiants»

Chaque canton y va de sa lutte contre le trafic de drogue. Ce qu'Olivier Guéniat déplore: «Il n'existe pas de politique fédérale en matière de stupéfiants». Le Neuchâtelois montre du doigt le gaspillage de moyens, la sous-exploitation des renseignements et la perte en efficacité.

«J'ai actuellement 30 affaires au congélateur et 10 au frigo», relève le chef de la police judiciaire. Les moyens en personnel sont clairement insuffisants. Quant à la collaboration avec les autres cantons, elle n'est pas simple, car leurs polices ont toutes leurs propres affaires. De plus, elles n'ont pas beaucoup de marge en terme de ressources, même si les affaires de stupéfiants se limitent rarement à un seul canton.

(ats)

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