France - Le «tueur de la gare de Perpignan» jugé pour un «cold case»

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FranceLe «tueur de la gare de Perpignan» jugé pour un «cold case»

Déjà condamné à perpétuité pour deux autres meurtres violents, Jacques Rançon est soupçonné d’avoir violé et tué Isabelle Mesnage en 1986.

Jacques Rançon a d’abord avoué le viol et le meurtre d’Isabelle Mesnage avant de se rétracter. 

Jacques Rançon a d’abord avoué le viol et le meurtre d’Isabelle Mesnage avant de se rétracter.

AFP

Le «tueur de la gare de Perpignan» était-il d’abord un tueur de la Somme ? Condamné à la réclusion à perpétuité pour les viols et meurtres de deux femmes, Jacques Rançon comparaît à partir de mardi à Amiens pour ceux d’Isabelle Mesnage, un «cold case» de 35 ans. L’ancien cariste-magasinier de 61 ans sera jugé pour le viol et le meurtre de cette jeune femme de 20 ans, dont le corps avait été retrouvé le 3 juillet 1986 en lisière d’un bois à Cachy, près d’Amiens.

«Cela a vraiment un sens pour les familles d’avoir une réponse, de savoir qui l’a fait, pourquoi. C’est la justice rendue pour leur fille, même si (Jacques Rançon) est évidemment moins dangereux pour la société» étant déjà condamné, relève Corinne Herrmann, l’avocate des parties civiles, parmi lesquelles les parents âgés de la jeune informaticienne.

C’est grâce à la ténacité de cette avocate et de son confrère Didier Seban que le dossier sera jugé aux assises de la Somme, alors que l’enquête avait abouti à un non-lieu en 1992. En 2017, ces spécialistes des affaires non élucidées demandent la réouverture des investigations, au vu des similitudes avec les meurtres à Perpignan de Moktaria Chaïb et Marie-Hélène Gonzalez, dont les corps avaient subi d’importantes mutilations, notamment des organes génitaux.

Aveux et rétractation

Ces meurtres remontaient à 1997 et 1998 mais le lien avec Jacques Rançon n’a été établi qu’en 2014, grâce à son ADN identifié sur une chaussure de Moktaria. Pour ces deux affaires, Jacques Rançon est condamné en 2018 à la réclusion criminelle à perpétuité assortie d’une période de sûreté de 22 ans. Suivant l’intuition des avocats, le parquet rouvre l’information judiciaire dans le dossier Mesnage.

«Tout est allé très vite», souligne Me Herrmann, saluant l’efficacité des enquêteurs et magistrats. Le corps est exhumé, les lésions comparées à celles des autres victimes, un travail compliqué par l’état de décomposition avancé dans lequel il a été retrouvé. Placé en garde à vue à Béziers, où il purge sa peine, Jacques Rançon finit par avouer le meurtre à la septième audition. Il répète ses aveux devant le juge d’instruction... avant de se rétracter dans un courrier, disant avoir subi des pressions des enquêteurs.

Corinne Herrmann, qui voit en lui «la caricature d’un «tueur en série», qui signe ses actes avec des procédés précis», assure avoir été «bluffée» par les ressemblances entre les photos des corps de Moktaria Chaïb et d’Isabelle Mesnage. Outre le mode opératoire, la géographie semble également désigner ce Picard, qui a grandi à quelques km de Cachy.

«Coupable idéal» ?

A 16 ans, il commet sa première agression sexuelle – pour laquelle il n’a jamais été poursuivi – dans cette zone. Puis, en 1992, y viole une femme sous la menace d’un couteau, ce qui lui vaut une condamnation à huit ans de réclusion.

Lors de son procès à Perpignan, il lui a aussi été reproché d’avoir tenté de violer une troisième femme et d’en avoir laissé une quatrième pour morte. Son casier judiciaire comporte d’autres condamnations pour des agressions de femmes et des menaces de mort et violences sur conjoint. En 1986, l’homme, qui travaille comme monteur de bals mobiles, est en couple mais disparait souvent de longues heures la nuit, selon sa compagne de l’époque. Pour son avocat, Xavier Capelet, «la personnalité de Jacques Rançon rendra compliqué pour des jurés de prononcer un acquittement», mais «accusation et partie civile sont peut-être allées un peu vite en besogne».

«Notre rôle va être d’essayer de remettre les choses au carré et de dire ce qu’il y a ou n’y a pas dans ce dossier», insiste-t-il, décrivant un Rançon «combatif», qui «veut se défendre», à l’inverse du procès de Perpignan qu’il abordait «très abattu». Alors que l’avocat déplore que son client fasse office de «coupable idéal pour beaucoup de faits», Me Herrmann insiste sur la nécessité de «vérifier tous les dossiers de la région», où plusieurs meurtres de femmes restent non élucidés: «peut-être que c’est son premier crime, peut-être pas», souffle-t-elle.

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