Coronavirus: Le Valais meurtri s’apprête à vivre sans cafés

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CoronavirusLe Valais meurtri s’apprête à vivre sans cafés

Un taux d’infections «exorbitant», des hôpitaux quasi saturés, des morgues pleines, des enterrements sans personne, le Valais s’apprête à fermer ses cafés pour un drôle d’hiver.

par
Eric Felley
La rue du Grand-Pont à Sion, un haut lieu pour les cafés valaisans, qui devront fermer jusqu’au 30 novembre en tout cas.

La rue du Grand-Pont à Sion, un haut lieu pour les cafés valaisans, qui devront fermer jusqu’au 30 novembre en tout cas.

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Roger, 65 ans, balaie les feuilles mortes devant chez lui à Saxon (VS). C’est la première fois qu’il reprend l’air depuis deux semaines, date à laquelle il a contracté le coronavirus: «Ça a été dur, j’en ai bavé, explique-t-il le regard fatigué, maintenant je peux sortir un petit peu». Comment l’a-t-il attrapé? «Je suis allé à un enterrement et j’ai chanté avec des amis de la chorale, je pense que c’est là, mais je ne suis pas certain».

Cette semaine, les avis mortuaires du «Nouvelliste» ont battu des records. Le quotidien valaisan a doublé, voire triplé l’espace des faire-part en fin de deuxième cahier. Les enterrements sont limités à 30 personnes, mais les gens hésitent à y aller de peur d’y être contaminés. Aujourd’hui, les Valaisans connaissent tous une ou plusieurs personnes qui sont passées par la case Covid-19: la fièvre, la perte de goût, les douleurs, la fatigue et parfois la mort. Depuis le début de la deuxième vague, environ 90 personnes sont décédées du coronavirus. La région de Martigny est particulièrement touchée, à tel point que les députés de l’UDC du Haut-Valais ont décidé de ne pas venir siéger au Centre des expositions de Martigny (CERM) la semaine prochaine, relevant «l’exorbitant taux d’infection» dans le district.

Les morgues sont pleines

À Martigny effectivement, l’hôpital est rempli et la morgue aussi. «La famille et les pompes funèbres sont priées de reprendre les corps le plus rapidement possible», note une infirmière de l’établissement. Celle-ci décrit une situation extrêmement tendue à l’hôpital, notamment en raison des heures supplémentaires effectuées par le personnel infirmier ou le manque de masques professionnels pour tout le monde.

Avec une moyenne de 700 nouveaux cas positifs par jour, le Valais n’est pas tiré d’affaires. Il a été le premier canton à réagir il y a deux semaines en fermant les lieux culturels, les discothèques et les bars, tout en fixant à 22 heures la fermeture des cafés et restaurants. Mais cela n’a pas suffi, sauf à observer un «tassement» comme l’a dit le président du Gouvernement, Christophe Darbellay, hélas un tassement au sommet de la vague.

Pas de faux espoirs de rouvrir cette année

Depuis les autres cantons romands ont pris des mesures plus drastiques. Le Valais a tardé à suivre, malgré son taux d’infection élevé au niveau européen. À l’aube de la saison d’hiver, on sent que c’est à contrecœur que le Gouvernement a emboîté le pas aux autres cantons. Mercredi il a annoncé que tous les établissements publics devront fermer ce vendredi. Deux jours de plus, c’est encore prendre le risque d’une ultime flambée du virus à l’apéro du vendredi…

Quoi qu’il en soit, les cafés ferment ce soir et c’est tout un pan de la vie sociale valaisanne qui doit s’arrêter avant les Fêtes: «C’est une catastrophe pour nous, témoigne un tenancier de Martigny. On ferme jusqu’au 30 novembre, mais on ne sait pas quand on pourra rouvrir. Vu le taux d’infection, cela m’étonnerait qu’il baisse au point qu’on puisse ouvrir avant Noël et que les gens se rebrassent. Il ne faut pas entretenir de faux espoirs et plutôt s’attendre à rester fermé jusqu’à l’année prochaine.»

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