Actualisé 16.10.2017 à 04:47

TabacLe vapotage épargne des vies

Un quart des décès pourraient être évités grâce à la cigarette électronique, selon des chercheurs américains. Pourtant, la Suisse reste frileuse.

par
Pascale Bieri
La dangerosité du vapotage alimente le débat.

La dangerosité du vapotage alimente le débat.

EyeEm/Getty Images

La cigarette électronique est-elle vraiment inoffensive? Le débat continue de faire rage, notamment en Suisse. Pourtant, les scientifiques s’accordent à dire qu’elle est – dans tous les cas de figure – moins nocive que le tabac. Des chercheurs américains viennent d’ailleurs de publier une étude où ils chiffrent à un quart le nombre de décès liés au tabagisme qui pourraient être évités aux États-Unis d’ici à 2100, en cas de passage généralisé au vapotage.

Comment arrive-t-on à une telle conclusion? Les scientifiques se sont livrés à différentes projections. Dans la plus optimiste, ils sont partis du principe que les risques liés à l’e-cigarette représentaient 5% de ceux du tabac et que seule une minorité des gens continuerait à fumer de manière «traditionnelle» d’ici à 2026. Résultat: 6,6 millions de morts seraient alors évitées. Soit un quart de celles prévisibles (26,1 millions) si la situation restait telle qu’aujourd’hui, avec 19,3% des hommes américains et 14,1% des femmes américaines qui fument du tabac.

Aussi dans l’alimentation

Dans le scénario pessimiste, les auteurs sont partis de l’hypothèse que les risques liés à la cigarette électronique représentaient 40% de ceux du tabac. Dans ce cas, 1,6 million de vies pourraient être épargnées d’ici à 2100.

Crédible? Pour Jean-François Etter, professeur en santé publique à l’Université de Genève et expert en tabacologie, le sérieux de l’étude, publiée dans la revue Tobacco Control, ne fait aucun doute. Il estime toutefois que la toxicité de l’e-cigarette se situe entre les deux extrêmes pris en compte par les experts américains. «Je ne prends pas de grands risques en disant cela. Car, même si on n’a pas le même recul qu’avec la cigarette combustible, les connaissances ne manquent pas.»

Alors, que peut-on en dire réellement de ce dispositif électronique qui génère un aérosol destiné à être inhalé? «Parmi les ingrédients, on trouve du propylène glycol, très présent également dans l’alimentation et les cosmétiques; de la nicotine – toxique, mais pas à ces doses-là; et des arômes au sujet desquels demeure une interrogation. De son côté, la cigarette combustible renferme de multiples substances toxiques et cancérigènes», détaille le Pr Jean-François Etter.

En Suisse, contrairement à d’autres pays, la cigarette électronique peine à décoller. On estime à 15 000 le nombre d’utilisateurs réguliers. Soit environ 1% des fumeurs et 0,3% des ex-fumeurs. Une des raisons étant, sans doute, qu’il est officiellement interdit de vendre des cartouches et liquides avec de la nicotine, même si, officieusement, de nombreux commerces le font. «Cela contribue à donner un faux message sur la dangerosité du produit. Ce qui n’est pas dans l’intérêt de la santé publique. Il faudrait un débat dépassionné sur la place de la nicotine et la stratégie de réduction des risques.»

D’autant qu’il y a encore beaucoup à faire. Aujourd’hui, 9000 personnes meurent chaque année en Suisse des conséquences du tabac. Et 27% de la population grille régulièrement des clopes… Un chiffre qui ne diminue plus depuis quelques années.

Les associations hésitent

N’en déplaise au Pr Jean-François Etter, de nombreuses associations ou organismes restent cependant réticents à encourager le transfert de la cigarette combustible vers sa version électronique. Dont la Ligue suisse pulmonaire. «On ne connaît pas tout des effets dus aux substances contenues dans les produits qu’on inhale. Il faudrait avoir au moins une génération de recul, souligne Elena Strozzi, responsable de la Promotion de la santé et de la communication. Notre objectif est d’inciter les gens à arrêter de fumer. Nous connaissons les effets que les substances toxiques ont sur les poumons, mais nous ne souhaitons pas mettre en avant un moyen de sevrage plutôt qu’un autre. En revanche, nous encourageons les gens à se faire accompagner dans leur démarche.»

La Ligue craint également que, en propulsant l’e-cigarette sur les devants de la scène, on incite des non-fumeurs – et tout particulièrement des jeunes – à se laisser séduire. Pragmatique, Elena Strozzi souligne tout de même que, «pour les grands fumeurs, c’est effectivement mieux de passer à l’e-cigarette. Mais nous ne pensons pas qu’il s’agit d’un moyen pour arrêter le tabac.»

Reste la grande question: plutôt que la politique du tout ou rien, ne faudrait-il pas encourager celle du moindre mal?

La place de l'e-cigarette en Suisse

Un projet de loi prévoyant d’autoriser la vente d’e-liquide avec nicotine a été rejeté à Berne en 2016.

Mais officieusement, de nombreux commerces suisses proposent du tabac aux vapoteurs.

Sauf réglementation particulière, l’e-cigarette est autorisée dans les lieux publics.

Toutefois, l’e-cigarette continue à diviser les organismes de prévention.

9000

C'est le nombre de personnes qui meurent chaque année en Suisse des conséquences du tabac.

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