10.11.2020 à 14:38

Abus sexuelsLe Vatican dément avoir couvert l’ex-cardinal McCarrick

Le Saint-Siège estime que plusieurs évêques américains ont longtemps fourni des informations «inexactes et incomplètes» sur l’«inconduite» sexuelle de l’ex-cardinal américain Théodore McCarrick.

L’ex-cardinal américain Théodore McCarrick

L’ex-cardinal américain Théodore McCarrick

KEYSTONE

Le Vatican a démenti mardi avoir passé sous silence les agissements sexuels de l’ex-cardinal américain Théodore McCarrick, défroqué tardivement pour des abus sur mineur, admettant toutefois dans un rapport des erreurs commises sur la foi d’informations inexactes et incomplètes.

Dans les 450 pages du rapport, nourries par 90 entretiens et la consultation des archives ayant nécessité deux ans de travail, le Saint-Siège estime notamment que plusieurs évêques américains ont longtemps fourni des informations «inexactes et incomplètes» sur son «inconduite» sexuelle.

Les conclusions, en dix pages, décevront tous ceux qui espéraient de fracassantes révélations sur un scandale d’omerta de la plus haute hiérarchie de l’Église, y compris de trois papes successifs.

À propos de la brillante carrière de McCarrick, le numéro deux du Vatican, le cardinal Pietro Parolin, souligne qu’aucune procédure décisionnelle de l’Église «n’est exempte d’erreur» car elle est tributaire des «omissions» lourdes de conséquences de ses membres.

Les rumeurs sur ses invitations faites à des jeunes séminaristes et prêtres adultes à partager son lit, sorties dans les années 90, la mise en garde d’un cardinal rapportant des allégations d’abus d’un prêtre, n’auront pas empêché l’influent prélat d’être nommé fin 2000 archevêque de Washington et d’être créé cardinal dans la foulée, sacre d’une longue carrière décidé par le pape polonais Jean Paul II.

Après une enquête à Rome évoquant le risque d’un scandale, le vieux pape avait décidé de faire confiance à McCarrick qui clamait son innocence. L’ambitieux archevêque avait en effet envoyé une lettre à son secrétaire particulier, Stanislaw Dziwisz, dans laquelle il assurait n’avoir «jamais eu de relations sexuelles avec aucune personne, homme ou femme, jeune ou vieux, clerc ou laïc».

L’enquête de Rome comprenait des informations rétrospectivement «incomplètes», débouchant sur des «sous-évaluations», résume Andrea Tornielli, directeur éditorial du «ministère» de la communication du Saint-Siège.

Cardinal déchu

Le talent de McCarrick à lever des fonds pour l’Église auprès de riches donateurs américains, ainsi que son habitude de faire des cadeaux, «n’ont jamais influencé les décisions significatives prises par le Saint-Siège à son égard», stipule le rapport.

Des accusations plus crédibles sur des abus sur des adultes surgissent ensuite en 2005. Le tout nouveau pape allemand Benoît XVI demande alors à l’archevêque de Washington de prendre sa retraite l’année suivante, à plus de 75 ans. En l’absence de victimes mineures, le Saint-Siège n’ouvre pas de procès.

Le vieux cardinal McCarrick, déjà à la retraite, ne tombera de son piédestal qu’après une première plainte pour agressions sexuelles arrivée en 2017, déposée par un homme qui avait 16 ans au moment des faits à New York dans les années 70. Une enquête est alors lancée avec l’aval du pape François. Theodore McCarrick se verra retirer son titre de cardinal à l’été 2018, avant d’être défroqué début 2019, une sanction quasi inédite.

À l’automne 2018, le pape François avait promis de livrer une enquête «approfondie» sur ce prélat influent qui fut évêque à New York, Metuchen et Newark (New Jersey). Depuis lors, les associations de défense des victimes d’abus sexuels par des prêtres n’avaient de cesse de réclamer ses conclusions.

Allégations au vitriol

Le rapport sur le parcours du cardinal américain a été motivé par des allégations au vitriol du prélat italien ultra-conservateur Carlo Maria Vigano, qui avait appelé le pape François à la démission en août 2018, en l’accusant d’avoir longtemps protégé Theodore McCarrick, qui continuait de voyager librement au début de son pontificat.

Les conclusions du rapport s’efforcent de dédouaner le pape argentin élu en 2013: celui-ci a certes eu connaissance des allégations sur des «comportements immoraux avec des adultes», mais n’est pas revenu sur des décisions prises avant lui, qui n’étaient pas des «sanctions» (comme l’affirme Vigano) mais de simples «recommandations» faites au cardinal de vivre discrètement.

Le rapport porte quoi qu’il en soit atteinte à l’image de l’Église, à travers les témoignages de nombreuses personnes qui ont eu des contacts physiques avec le prélat américain déchu, décrivant «des abus ou agressions sexuelles, des activités sexuelles non consenties, des contacts physiques intimes et le partage d’un lit sans contacts physiques».

Pour le Cardinal Pietro Parolin, secrétaire d’Etat du Saint-Siège et bras droit du pape François, sa publication est «une douleur en raison des blessures que l’affaire a causées aux victimes, à leurs familles, à l’Église des États-Unis, à l’Église universelle».

Ces deux dernières années, le Saint-Siège a mis en place une batterie de mesures préventives nouvelles pour lutter contre les scandales sexuels dans l’Église, obligeant par exemple les prêtres à dénoncer leurs supérieurs.

Pédophilie: un rapport dénonce l’attitude de l’Église catholique

Une enquête indépendante a conclu que les responsables catholiques en Angleterre et au Pays de Galles ont davantage cherché à protéger l’Église que les victimes d’agressions sexuelles de la part de prêtres, selon un rapport publié mardi.

Dans son rapport de 144 pages, l’Enquête indépendante sur les abus sexuels dans l’Église (IICSA) accuse le cardinal Vincent Nichols, plus haut dignitaire de l’Église d’Angleterre et du Pays de Galles, d’avoir échoué à prendre ses «responsabilités personnelles».

Dans les cas de deux victimes, «il a fait preuve d’un manque de compréhension de l’impact de leurs agressions (…) et a visiblement fait passer la réputation de l’Église en premier», estime le rapport. Le cardinal, archevêque de Westminster, a reconnu ne pas avoir répondu à certains e-mails d’une plaignante, décrite par des responsables du diocèse comme «indigente» et «profondément manipulatrice».

Le rapport a dénoncé la «lenteur laborieuse du changement», soulignant qu’un code de conduite pour les prêtres avait mis 13 ans à être rédigé. Le texte recommande une formation obligatoire pour tout le personnel et les bénévoles, ainsi qu’un audit externe du service de l’Église responsable de ces questions.

L’IICSA a donné six mois à l’Église pour répondre à ses recommandations. L’Église a affirmé accueillir favorablement le rapport et présenté ses excuses aux «victimes qui n’ont pas été écoutées ou soutenues de manière appropriée».

(AFP/NXP)

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