Cyclisme: «Le vélo est devenu lisse comme pas possible!»
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Cyclisme«Le vélo est devenu lisse comme pas possible!»

Bertrand Duboux s'apprête à vivre son 47e Tour de Romandie. Et la flamme qui l'habite est (presque) toujours aussi vive.

par
Simon Meier

Bertrand Duboux, êtes-vous dans les starting-blocks à la veille du prologue du Tour de Romandie?

Vous ne pouviez pas tomber mieux: je suis en train de préparer ma valise! Je pars demain pour Neuchâtel. Ce sera mon 47e Tour de Romandie, je n'en ai pas raté un depuis le premier que j'ai couvert, en 1973.

Occupez-vous toujours une fonction en marge de la course?

Depuis que j'ai quitté la télévision, en 2008, je suis dans le secteur animation de la course, avec le comédien Jacques Mooser. Tous les jours, on prend en charge une dizaine de gamins dans le cadre du «P'tit Tour de Romandie». Ils parcourent le dernier kilomètre de l'étape, on les promène dans les stands et après, on assiste à l'arrivée, c'est sympa.

Et vous, après tout ce temps, vous gardez la flamme pour le vélo?

La flamme, j'essaie de l'entretenir. Ce printemps, j'ai regardé quasi toutes les Classiques, il y a de beaux coureurs, comme ce Julian Alaphilippe. Mais je suis contre ces maudites oreillettes. Plus le parcours offre de difficultés, plus la course est formatée, c'est insupportable! Je n'arrive pas à encaisser ça! Alors oui, c'est vrai, j'éprouve une forme de nostalgie quand je pense aux Thévenet, Merckx, Hinault ou Zoetemelk qui couraient à mes débuts. Les champions étaient plus humains, plus faciles d'accès. Là, le vélo est devenu lisse comme pas possible! Et puis bon, il y a toujours le dopage…

Ça ne va pas un peu mieux qu'à l'époque, dans ce domaine?

On n'en parle plus beaucoup, mais je continue à m'interroger. On sent que le phénomène est mieux maîtrisé, ciblé, mais il est rampant. Il y a quand même toujours autant de performances assez stupéfiantes, si vous voyez ce que je veux dire.

Et le Tour de Romandie en lui-même, comment voyez-vous son évolution?

Depuis que Richard Chassot a repris les choses en mains, il a relancé l'intérêt des gens et des régions pour cette course. Il a bien du mérite, parce que le Tour de Romandie, c'est beaucoup de travail pour peu de bénéfices. Richard est un passionné, fait du même bois que moi. Mais le jour où il se lassera de tout ça, alors oui, je me ferai du souci pour l'avenir de cette épreuve. Parce que les contraintes et les coûts sont toujours plus importants pour organiser une telle course en Suisse. Et la concurrence est de plus en plus rude, au niveau international.

Parmi la somme de souvenirs que représentent vos 46 Tours de Romandie, lequel reste comme le plus beau?

Il y en a deux. Le duel entre Bernard Hinault et Giuseppe Saronni en 1980, sous une tempête de pluie et de neige où les deux étaient tombés, dans la montée vers Les Plans-sur-Bex – Hinault avait fini par s'imposer à l'Alpe des Chaux. Et puis il y a eu l'édition de 1993, avec la victoire de mon copain Pascal Richard. Je me rappelle son échappée dans la montée sur Morgins, lors d'une étape qui s'achevait à Champéry, des émotions magnifiques.

Et votre pire souvenir?

C'était en 1989. On avait eu un accident de voiture avec un copain de la télévision qui conduisait. On était parti en vrille avant de percuter un car scolaire. J'avais une commotion, deux côtes fêlées et une déchirure à la cheville. Après deux heures passées à l'hôpital de Nyon, j'avais pu rejoindre le peloton lors de l'étape en cours, quelque part entre Saint-Imier et Saignelégier. J'avais passé toute la semaine avec mon turban, j'avais souffert.

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