Le Viagra, arme possible contre la maladie d’Alzheimer
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Une étude a trouvé une relation potentielle entre la prise de ce médicament et une réduction du risque de développer cette forme de démence.

par
Michel Pralong
Le principe actif du Viagra semble augmenté la croissance des cellules cérébrales et diminuer l’accumulation de protéines dans le cerveau, responsables de la maladie d’Alzheimer.

Le principe actif du Viagra semble augmenté la croissance des cellules cérébrales et diminuer l’accumulation de protéines dans le cerveau, responsables de la maladie d’Alzheimer.

AFP

La substance contenue dans la pilule du Viagra pourrait-elle jouer un rôle pour prévenir la maladie d’Alzheimer? C’est l’espoir que suscite une nouvelle étude menée par des chercheurs de l’Université de Cleveland, aux États-Unis. Ceux-ci cherchaient en effet de nouvelles solutions pour traiter cette maladie neurodégénérative.

Dans cette forme la plus courante de démence, les cellules du cerveau meurent, entraînant une perte de mémoire progressive. Les principaux marqueurs de cette maladie dans le cerveau sont des plaques d’une protéine appelée bêta-amyloïde et des enchevêtrements fibreux de tau, une autre protéine, explique Medical News Today. Mais les essais cliniques de médicaments ciblant ces deux protéines ont jusqu’à présent été décevants.

Premier tri informatique

L’équipe de Cleveland a donc utilisé un modèle informatique incluant des données sur la génétique de la maladie et les interactions menant à la création des deux protéines. Ils ont ensuite étudié la proximité de 1600 médicaments avec ce modèle informatique. 66 candidats possibles à un traitement en sont ressortis. En regardant les études qui avaient déjà été menées sur des animaux dans le cadre des recherches sur la maladie d’Alzheimer, ils ont constaté que parmi ces 66, le sildénafil, soit le principe actif du Viagra, était le plus prometteur.

Ce dernier améliore la circulation sanguine en détendant ou en élargissant les vaisseaux sanguins. Il avait été conçu à la base comme médicament pour le cœur avant qu’on se rende compte de son action dans les troubles érectiles. Le célèbre Viagra était alors né. Il est également utilisé contre l’hypertension pulmonaire.

Statistiques sur les déclarations d’assurance

Pour voir s’il existait bien une corrélation entre le sildénafil et la maladie d’Alzheimer, l’équipe de Cleveland a ensuite procédé à une analyse statistique sur la base de déclarations d’assurance et de données médicales de 7,23 millions d’Américains. Il en est ressorti que les personnes à qui l’on avait prescrit du sildénafil avaient 67% de risque en moins de développer l’Alzheimer dans les six prochaines années.

Ce lien probable a ensuite été vérifié en laboratoire en testant le Viagra sur des cellules de personnes atteintes de l’alzheimer. Le médicament a bien un effet. À doses élevées (plus que celles administrées chez les patients qui en prennent), il augmente la croissance des cellules cérébrales et réduit l’accumulation de protéines.

Les auteurs de l’étude, parue dans Nature Aging, disent que ces résultats sont prometteurs, mais qu’ils ne démontrent pas une relation causale entre l’utilisation du médicament et le risque de maladie d’Alzheimer. Il peut y avoir des facteurs non pris en compte dans les statistiques qui influencent le risque de l’alzheimer et la probabilité d’utilisation du sildénafil, comme le niveau d’éducation, le statut économico-social mais aussi le sexe des patients. En effet, le sildénafil est le plus souvent prescrit pour les hommes, via le Viagra, donc difficile de dire d’après les données s’il aurait également un effet sur les femmes atteintes de la maladie d’Alzheimer.

Essais cliniques indispensables

Il va donc falloir vérifier tout cela avec des essais cliniques à grande échelle. «Bien que ces données soient scientifiquement intéressantes, sur la base de cette étude, je ne me précipiterais pas pour commencer à prendre du sildénafil en prévention de la maladie d’Alzheimer», a déclaré à la BBC la professeure Tara Spires-Jones, de l’Université d’Édimbourg, qui n’a pas participé à l’étude.

Enthousiasme très mesuré également chez le Dr Jack Auty, maître de conférences en sciences médicales à l’Université de Tasmanie: «Dans le domaine de la recherche sur la maladie d’Alzheimer, nous avons été enthousiasmés par de nombreux médicaments au fil des ans, mais nos espoirs ont été anéantis lors des essais cliniques. Je vais suivre de près ce groupe cette recherche autour du sildénafil».

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