Le vigneron de La Neuveville de «L’amour est dans le pré» a perdu sa vache adorée
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Jura bernoisLe vigneron de «L’amour est dans le pré» a perdu sa vache adorée

Douze heures avant la diffusion de la dernière émission animée par Karine Le Marchand, Jean-Daniel a conduit sa vache préférée à l’abattoir.

par
Vincent Donzé
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Grand moment de solitude et de tristesse chez Jean-Daniel Giauque, mercredi à midi.

Grand moment de solitude et de tristesse chez Jean-Daniel Giauque, mercredi à midi.

Lematin.ch/Vincent Donzé
L’émission «L’Amour est dans le pré», c’est du passé.

L’émission «L’Amour est dans le pré», c’est du passé.

Lematin.ch/Vincent Donzé
Lundi dernier, douze heures avant la diffusion de la dernière émission de la saison 16…

Lundi dernier, douze heures avant la diffusion de la dernière émission de la saison 16…

Lematin.ch/Vincent Donzé

On l’avait découvert endormi dans un fromage, le 1er septembre dernier, joyeusement enivré pendant la diffusion d’un épisode de «L’Amour est dans le pré». On l’a retrouvé hier à midi, sobre chez lui à La Neuveville (BE), après la diffusion du dernier épisode de l’émission animée sur M6 par Karine Le Marchand.

Le vigneron Jean-Daniel Giauque boit du thé, mais il pleure dans sa tasse: lundi dernier, il a chargé sa vache d’Hérens préférée dans un camion, direction l’abattoir. Très protectrice dans l’étable, à 13 ans, sa Pâquerette rebaptisée Paquotte était malade. La photo du vigneron, une pomme entre les dents face au museau de la vache d’Hérens, est devenue tellement virale qu’un ami la lui a imprimée sur une tasse.

Nouvelle étoile

«Elle s’en ira dans les prairies du paradis, et par la suite, quand je lèverai les yeux au ciel, une nouvelle étoile brillera», a écrit Jean-Daniel sur le blog des participants à l’émission. Jusqu’au bout, l’éleveur a donné toutes ses chances à sa vache: «Elle m’aura accompagné toute sa vie», dit-il, en rapportant que quand Paquotte n’avait qu’un an, elle était promise à la boucherie, dont elle a réchappé quand elle a gagné une cloche dans un combat.

Au printemps, dans le pré, le vigneron la caressait sur le dos, ensuite, comme il dit, il descendait là, vers la croupe et les pattes: «Je me couchais sous elle, ma tête entre ses pattes de devant, mes jambes entre ses pattes de derrière. Je faisais le mort et elle ne bougeait pas». L’éleveur est ému: «On ne peut pas faire ça avec toutes les bêtes, cette vache était spéciale». Jean-Daniel essaie de tourner la page: «C’est comme une femme, on ne retrouve jamais la même…».

Hasta la victoria…

Quand il ne chante pas du Florent Pagny à tue-tête, il scande «Hasta la victoria Siempre» en pestant contre ceux qui nous gouvernent. Il est comme ça, Jean-Daniel, sanguin et comme il dit, théâtrale. Maintenant que la saison 16 est terminée, Jean-Daniel Giauque peut se lâcher en constant qu’avec lui, ils sont quatre à ne pas avoir trouvé l’âme sœur dans l’émission.

«J’y ai passé trop de temps, mais je ne regrette pas ma participation», confie Jean-Daniel. Les premières émissions ont été enregistrées l’hiver dernier, quand il s’agissait de tailler la vigne. Après un speed dating réussi, le vigneron pense avoir mis les petits plats dans les grands, mais toutes les images tournées n’ont pas été diffusées, comme ce trajet en bateau sur l’île St-Pierre et ce passage dans la chambre de l’écrivain Jean-Jacques Rousseau (1712-1778). «Quand elles ont soufflé dans le cor des Alpes, les nanas, pas vu! De ça, je suis déçu!» ronchonne le vigneron.

Chambres d’accueil

Dans son domaine, voyant qu’il ne mettrait pas une prétendante dans son lit, il a aménagé deux chambres d’accueil qui serviront quand un amateur de vin aura trop bu pour lire cette maxime écrite sur une ardoise: «Le vin c’est de la poésie en bouteille». Au village, certains disent qu’il s’est fait payer la rénovation de son appartement par la production de l’émission. C’est faux et ça lui est égal.

Jean-Daniel cherche les raisons de son échec amoureux: «En ce qui me concerne, il n’y avait pas la séduction espérée», glisse-t-il. Il pense que le temps lui a manqué au moment de choisir des prétendantes, mais il se dit aussi que la production ne dédaignait pas les relations orageuses. Déjà filmé pour l’émission «Passe-moi les jumelles» produite pour la RTS par le journaliste Benoît Aymon, le vigneron neuvevillois connaît trop la musique médiatique pour prétendre avoir été dupé.

«Ça ne va pas bien», soupire-t-il en mettant un vin liquoreux en bouteilles. Sous la pluie, son moral a la couleur du ciel, plombé par une pandémie qui saborde son travail. Sa participation à l’émission n’a-t-elle pas dopé ses ventes, en particulier avec sa cuvée baptisée «L’amour au cœur des vignes»?

Perdu de vue

«Des visiteurs viennent par curiosité», rapporte Jean-Daniel. L’émission lui a permis de renouer contact avec un collègue perdu de vue pendant 35 ans, c’est déjà ça. Le vigneron fait du feu dans la cheminée, mais rare sont les clients qui passent pour en profiter et commander du vin.

Et côté cœur? «On me téléphone tous les jours. Hier soir, c’était une dame valaisanne», disait-il mercredi. Lui se définit comme un instrument à cordes qui n’a pas encore trouvé son métronome. Depuis l’émission, on dirait qu’il flaire une incompatibilité d’humeur derrière chaque coup de foudre.

Côté piqueur

De Karine Le Marchand, il garde un bon souvenir en dépit d’un côté «piqueur», limite «arrogant». Mais c’est avec Céline qu’il est resté ami. Après le tournage, elle est venue chez lui pour faire la fiesta avec des amis. Mais l’amour n’était ni dans le pré, ni dans la vigne.

«Ah! Hier soir, si t’avais vu comme j’étais mal», sanglote le vigneron, en évoquant Paquotte. Mais la vie continue: «Comme un artiste, je crée des bons vins quand je ne suis pas bien: tous mes sens de perception sont quintuplés», dit-il. Est-ce une promesse de belles cuvées?

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