Commentaire: Le virus s’attaque à la libre circulation
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CommentaireLe virus s’attaque à la libre circulation

Lutter contre «l’importation du virus» en généralisant les contrôles aux frontières paraît une tâche aussi gigantesque que risquée.

par
Eric Felley
En Europe, il paraît très difficile de lutter contre la porosité des frontières dans un environnement où les échanges entre les pays sont permanents.

En Europe, il paraît très difficile de lutter contre la porosité des frontières dans un environnement où les échanges entre les pays sont permanents.

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Dans une lettre commune, les présidents des partis UDC, PLR, PS, PDC, Verts et Vert’libéraux demandent au Conseil fédéral de mettre en place un système de contrôles aux frontières pour lutter contre «l’importation du virus». Il s’agirait d’étendre l’obligation de tests PCR et de mise en quarantaine des personnes arrivant en Suisse, tout comme les Suisses rentrant d’un séjour à l’étranger.

Cette proposition s’intègre dans ce qui se passe au niveau de l’Union européenne. Depuis dimanche en France, les voyageurs en provenance de pays européens, Suisse comprise, par les airs ou par la mer, doivent présenter un test PCR négatif qui date au maximum de 3 jours. Pour l’instant, les transports routiers et ferroviaires ne sont pas concernés.

Dans le domaine du tourisme, l’arrivée des Anglais à Noël, avec le nouveau variant, est encore dans toutes les mémoires, ainsi que les clusters de Wengen et Saint-Moritz la semaine dernière. Le président des Vert’libéraux, Jürg Grossen, résume les motifs des auteurs de la lettre. Il regrette qu’en Suisse nous avons beau appliquer des mesures strictes, cela ne sert à rien: «Si quelques touristes amènent à nouveau des virus en Suisse, ceux-ci se propagent à une vitesse foudroyante dans tout le pays».

Mais est-il vraiment possible d’éviter cela? Bien entendu, l’épidémie qui s’est répandue en Suisse en février et mars 2020 a été importée, comme dans tous les pays. Ah, si la Suisse avait pu fermer ses frontières à temps! Est-ce que nous n’aurions pas eu à affronter ce virus? C’est une hypothèse qu’on ne pourra jamais vérifier. Elle est aussi totalement illusoire car nous sommes au milieu de l’Europe, en interactions permanentes avec nos voisins.

Un effet indirect

Interrogée dimanche soir à «Forum» sur la «RTS», l’infectiologue Valérie d’Acremont a rappelé: «Il ne faut pas se leurrer, on vit dans un monde globalisé. Stopper les virus aux frontières, cela marche moyennement…» Elle estime que les nouveaux variants se répandent de toute façon. Cependant, la fermeture des frontières aurait «un effet indirect, ça décourage les gens à bouger, à passer d’un pays à l’autre. La diminution de la mobilité est un facteur important pour diminuer la propagation de l’épidémie».

Venant de l’UDC, cette proposition au Conseil fédéral n’est pas étonnante. Mais que les autres partis adoptent la même position surprend. Ces contrôles aux frontières heurtent notre attachement à la libre circulation, qui pourrait en pâtir durablement et cela dans les deux sens. Certes, on dira que c’est provisoire, mais depuis bientôt une année, beaucoup de choses que l’on pensait provisoires se sont installées durablement.

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