Bienne: Le voleur de haches était le prince du carnaval!
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BienneLe voleur de haches était le prince du carnaval!

La police a interpellé le principal voleur d'écussons biennois. Surprise: c'est une personnalité locale!

par
Vincent Donzé
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Symboles biennois, les haches croisées décorent les barrières du canal de la Suze, au Quai-du-Haut et au Quai-du-Bas.

Symboles biennois, les haches croisées décorent les barrières du canal de la Suze, au Quai-du-Haut et au Quai-du-Bas.

V.Dé
Stupeur le 9 juillet dernier: une dizaine d'emblèmes ont été dévissés et emportés.

Stupeur le 9 juillet dernier: une dizaine d'emblèmes ont été dévissés et emportés.

V.Dé
Stupeur bis ce mercredi: le principal voleur est Jacques Ier, prince du carnaval biennois en 2018.

Stupeur bis ce mercredi: le principal voleur est Jacques Ier, prince du carnaval biennois en 2018.

Sébastien Anex

Quelle mouche a piqué Bruno «Bachi» Bachman, prince du carnaval biennois 2018? De son propre aveu, cette personnalité biennoise est le principal auteur du vol des blasons en fonte fixés sur les barrières qui longent le canal de la Suze.

«Je suis fan de Bienne!», plaide Bachi pour sa défense. Des haches croisées, il en manquait dix sur les barrières, le mois dernier. Mais Bachi n'en a dévissé que quatre, selon la déposition recueillie au poste de la police cantonale. La perquisition effectuée chez lui a permis d'en récupérer trois.

«J'avais besoin de trois blasons biennois pour mon culte», explique Bruno Bachmann. Son culte? Celui voué à la loge «Invocavit 18», son dada. Bienvenue dans un univers surréaliste...

Stock insuffisant

À la voirie, la disparition des écussons conçus en 1892 par un serrurier biennois est très mal passée. «Si on retrouve le voleur, il faudra l'exhiber à la place Centrale», fulminait un employé le 25 juillet dernier, en vissant un écusson en fonte provenant d'un stock insuffisant.

«Me crucifier sur une croix formée de deux haches? Ben voyons! En hiver ou en été?», réagit Bachi. Le ton est donné. En fait, l'auteur principal s'est désigné lui-même, par vantardise: «Mon but n'a jamais été d'en revendre, mais d'attirer l'attention». De faire le buzz, en somme.

Dévissés et emportés

Son identité est parvenue aux oreilles du journaliste de «Biel Bienne» Mohamed Hamdaoui, qui l'a révélée. En lisant l'article qui lui est consacré mercredi, Bachi a bien ri.

Selon l'hebdomadaire gratuit, le méfait a été commis à plusieurs le 9 juillet dernier: d'un coup, l'absence de dix écussons biennois intégrés dans les barrières bordant le canal de la Suze a été constatée.

Avec comme effigie deux haches croisées, ces emblèmes historiques ont été façonnés par le maître serrurier biennois Grindat, en 1892. Bachi en a dénombré 91 sur 2 600 mètres, coulés à différentes époques. Valeur: 800 francs la pièce. Pour combler les trous, le moulage d'un écusson original permet de fabriquer des répliques.

Plainte déposée

Près du Quai-du-Haut, où réside Bachi, une riveraine a observé un jeune homme portant des écouteurs et un sac à dos rouge foncé. Cette riveraine a alerté l'administration, qui s'est tournée vers la police, avec le dépôt d'une plainte.

La police a rapidement identifié quatre voleurs, dont des mineurs, ce qui a permis aux cantonniers de revisser cinq des dix écussons dérobés.

b>Petit business

Pour Bachi, les haches croisées sont des objets cultes, visibles dans tous les recoins de son appartement. Sur son torse, ce quinquagénaire arbore un pendentif fabriqué par un apprenti mécanicien. Il en a fait un ouvre-bouteille, et un petit business à 3 francs la pièce.

Pour cette figure de la scène alternative biennoise, il s'agit de joindre les deux bouts. Au chômage depuis quatre mois, cet ancien employé postal promène des chiens pour 20 francs. Et pour le même tarif, il relève des paris, comme le 1er août dernier, quand il a tourné en slip autour du rond-point de la place Guisan. «Je me débrouille sans violence: jamais je ne commettrai un hold-up», dit-il.

En retirer 50 francs

Avait-il l'intention de revendre son butin? «Jamais de la vie! Les jeunes qui m'accompagnaient pensaient pouvoir en retirer 50 francs, mais devant l'ampleur de leur projet, je m'y suis opposé», assure Bachi, qui s'expose à une plainte des parents.

Devenu le temps d’un carnaval Jacques Ier de la Rue, Bruno Bachmann n'a pas réussi à éponger une dette de 13 000 francs, résultant de frasques fastueuses plus ou moins liées à sa fonction.

Le rôle de prince est attribué d'ordinaire à un entrepreneur ou à un commerçant qui peut mettre ses dépenses dans ses frais de marketing, mais Bachi l'a accepté «pour le fun», alors qu'il n'a rien à vendre.

L'esprit de carnaval

Désigné par la guilde parce qu'il clôturait le cortège officiel avec un char pirate, Bachi ne veut pas lâcher le gouvernail: «L'esprit de carnaval ne m'a jamais quitté. De prince, je suis devenu empereur», assène-t-il. L'empereur des pommes, celles qu'il a distribuées à la population quand il détenait les clefs de la Ville.

DJ apprécié autrefois au club Underground, Bachi poste sur les réseaux sociaux des vidéos de ses performances musicales réalisées à son domicile. L'amende qui lui pend au nez, il l'attend avec d'autant plus de sérénité qu'il n'est pas solvable. Mais son méfait peut aussi lui valoir des travaux d'intérêt général.

Au City Bar, où il a ses habitudes et où «Le Matin» l'a rencontré mercredi matin, Bachi a commandé une Ovomaltine froide, quand d'autres clients étaient à la bière. «On me prend pour un cinglé, mais j'ai un but et je me donne les moyens d'y parvenir», conclut le prince devenu empereur, en évoquant la mystérieuse loge «Invocavit 18».

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