Jura: Le commissaire veille sur la dame et son chien en bronze
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JuraLe commissaire veille sur la dame et son chien en bronze

Après l’arrestation du voleur bâlois, la sculpture arrachée de son socle devant le collège de Delémont a été déposée en deux morceaux à la fourrière, chez le commissaire Roland Moritz.

par
Vincent Donzé
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Le commissaire Roland Moritz pose avec la statue de Lili et son chien que ses services ont pu récupérer après un vol le samedi 23 janvier 2021 à Delémont.

Le commissaire Roland Moritz pose avec la statue de Lili et son chien que ses services ont pu récupérer après un vol le samedi 23 janvier 2021 à Delémont.

Lematin.ch/Sébastien Anex
Le policier n’emmène pas Lili pour une valse, mais la maintient droite le temps de faire quelques photos.

Le policier n’emmène pas Lili pour une valse, mais la maintient droite le temps de faire quelques photos.

Lematin.ch/Sébastien Anex
Il faut dire que le bronze doit peser dans les 100 kilos. Une enquête est en cours pour déterminer…

Il faut dire que le bronze doit peser dans les 100 kilos. Une enquête est en cours pour déterminer…

Lematin.ch/Sébastien Anex

La laisse en bronze a été arrachée de la main gauche de Lili, la dame qui promenait son chien depuis 1962 devant le Collège secondaire de Delémont. C’est là le principal dommage causé samedi soir par un voleur à bicyclette bien maladroit. «Lematin.ch» a eu tort de croire que le métal intéressait davantage le voleur que l’œuvre: à la police municipale, le commissaire Roland Moritz pense le contraire.

Arrêté alors qu’il peinait à transporter la statue sur la remorque de son vélo, le voleur semblait tenir à cette sculpture très appréciée dans la capitale jurassienne. Si le voleur aime tant «La Promenade», pourquoi ne l’a-t-il pas simplement déboulonnée au lieu de taillader trois pattes du chien et de rompre sa laisse? «Il a un souci au niveau mental.», souffle le commissaire Roland Moritz.

Le voleur bâlois était équipé d’une pince retrouvée non loin du socle.

Le voleur bâlois était équipé d’une pince retrouvée non loin du socle.

Lematin.ch/Vincent Donzé

Lili et son compagnon à quatre pattes sont entreposés à la fourrière deux-roues de la police municipale, entre des rangées de motos, de scooters et de vélos. Lili a un pied et une main râpés, le chien a la gueule pleine de terre. Pendant sa fuite, le voleur a délaissé le chien pour s’occuper en priorité de la promeneuse, mais la police n’a eu aucune peine à retrouver les deux éléments, le chien à proximité du socle.

Que deviendra «La Promenade» du sculpteur soleurois Heinz Schwarz (1920-1994), genevois d’adoption? «Il est possible de réparer un bronze», indique Noemi Binda, à la fonderie d’art Perseo de Mendrisio (TI). «Ce n’est pas le métal qui vaut cher, mais la main-d’œuvre», précise-t-elle. Une sculpture complète en bronze, c’est cinq semaines de travail à la fonderie, mais là, il s’agit surtout de remettre le chien sur ses pattes.

Cœur de la ville

Depuis la disparition de la sculpture, l’émotion n’est pas retombée à Delémont: «Pour certains, on a arraché le cœur de la ville», résume le commissaire. Tous les élèves qui sont passés par l’école secondaire ces soixante dernières années ont fréquenté la sculpture de Heinz Schwarz. Né en 1965, le commissaire Roland Moritz n’était pas insensible au charme de la promeneuse.

La larme blanche qui coule dans un œil de la promeneuse n’est pas de la fiente: «Lili a souvent été maquillée ou décorée, surtout à carnaval», rapporte Roland Moritz. La réaction populaire est si forte que les autorités communales n’auront guère d’autre choix que de réparer Lili et son chien. Ce ne serait pas la première fois: par le passé, la laisse a déjà disparu.

Les pieds de la promeneuse ont été arrachés, les pattes du chien ont été cisaillées.

Les pieds de la promeneuse ont été arrachés, les pattes du chien ont été cisaillées.

Lematin.ch/Vincent Donzé

Pour le commissaire, Lili est une dame de 60 ans, adulée, ignorée ou détestée. Si Roland Moritz s’affiche avec elle, c’est pour tordre le cou aux rumeurs qui circulent sur les réseaux sociaux: «C’est parti en vrille: certains ont même attribué le vol à des islamistes radicaux heurtés par les formes féminines de Lili», rapporte le commissaire.

Quelle était la motivation du voleur? Le commissaire fournit un indice: «Il disposait d’une couverture prendre soin de son bagage». Quand il a été relaxé, le prévenu a montré «un petit égard de tendresse pour lui dire au revoir». Était-il en manque de tendresse en raison de la pandémie? Les enquêteurs n’excluent aucune piste.

Coup de folie

Dans les explications du prévenu, «pas grand-chose ne tient la route», selon l’expression d’un policier. Le voleur est-il venu de Bâle à vélo? Peu probable. Dispose-t-il d’un pied-à-terre à Delémont? Pour faire avancer l’enquête, une perquisition a été effectuée.

En attendant les conclusions de l’enquête, le commissaire Roland Moritz imagine un «coup de folie», un «problème comportemental». L’enquête reste diligentée par le procureur Nicolas Theurillat.

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