Traitements: L'édition du génome ouvre des perspectives sans précédent

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TraitementsL'édition du génome ouvre des perspectives sans précédent

Utilisée à l'origine par les bactéries pour tuer des virus, une technique permet de «couper-coller» le code génétique avec une déconcertante aisance. Mais son utilisation soulève des questions éthiques.

par
Stéphany Gardier
en collaboration avec planetesante.ch
Tatiana Shepeleva/ Fotolia

La «chirurgie de l'ADN», les «ciseaux moléculaires», le «couteau suisse de la génomique»: les appellations ne manquent pas pour désigner CRISPR-Cas9, outil de génie génétique dont la notoriété dépasse les portes des laboratoires de recherche. Rarement une technique aura connu une médiatisation aussi vaste. Cet engouement tient certes à la méthode elle-même, mais aussi au contexte qui entoure sa découverte. Outil révolutionnaire pour les uns, source d'inquiétude pour les autres, CRISPR-cas9 suscite autant d'espoirs que d'interrogations éthiques.

En quatre années, CRISPR-Cas9 s'est taillé une place de choix dans la plupart des laboratoires de recherche qui travaillent sur le génome, que ce soit sur des cellules ou des organismes entiers, plantes ou animaux. La technique est universelle, ce qui explique son succès, dont la rapidité surprend même ses «inventeuses», les Pr Emmanuelle Chartier (Institut Max Planck, Berlin) et Jennifer Doudna (Université de Californie, Berkeley). «Aujourd'hui nous utilisons CRISPR-Cas9 en routine; cela a changé notre quotidien», confirme le Pr Denis Duboule, professeur de génétique à l'EPFL et à l'Université de Genève (UNIGE).

S'affranchir du temps

Les équipes d'Emmanuelle Charpentier et Jennifer Doudna ont rendu possible l'utilisation du système bactérien CRISPR-Cas9 (voir encadré) dans tous types de cellules. Il «suffit» désormais de connaître la séquence d'ADN à modifier puis de synthétiser un fragment d'ARN, complémentaire à cette séquence. Celui-ci sert alors de guide pour que l'enzyme «Cas9» coupe de manière très précise l'ADN. Il est ainsi possible de «corriger» un gène défectueux, d'en inhiber le fonctionnement, ou encore d'insérer un nouveau gène.

«Tout ce que CRISPR-Cas9 nous permet, nous savions le faire avant», rappelle Denis Duboule. En effet, d'autres techniques permettaient déjà de modifier le génome, notamment la recombinaison homologue, récompensée par un Prix Nobel en 2007. Mais CRISPR-Cas9 permet aux chercheurs de gagner un temps précieux. «Pour faire un trajet en voiture vous pouvez prendre une 2CV ou une Ferrari, illustre le Pr Duboule. S'affranchir du facteur temps permet de penser différemment, un frein majeur a été levé.» Plus rapide, mais aussi plus simple: la technique est à la portée de tout laboratoire de recherche.

Une «démocratisation» du génie génétique qui constitue une avancée sans précédent mais qui nourrit aussi les craintes. «Si plus de personnes peuvent utiliser une technique, cela démultiplie les possibilités positives, mais cela rend aussi les effets négatifs moins contrôlables. Sous cet angle quelque chose de cher et compliqué est presque rassurant», explique la Pr Samia Hurst-Majno, directrice de l'Institut éthique histoire humanités de l'UNIGE.

Que ce soit pour modifier des végétaux ou des applications en médecine humaine, «bon ou mauvais» n'est pas la bonne question à poser, d'après Samia Hurst-Majno. «Les peurs que suscite CRISPR-Cas9 ont aussi un côté positif, relève l'éthicienne. Elles obligent à se demander: «Comment allons-nous maîtriser ce nouveau pouvoir?» La question est compliquée mais s'est déjà posée, et ne doit pas être restreinte à la seule technique. La société a par exemple interdit le meurtre sans interdire les couteaux!»

Premier essai contre le cancer

Des travaux menés à l'Université de Sun Yat-sen à Guangzhou (Chine) ont agité la communauté scientifique au printemps 2015. Les chercheurs avaient expérimenté CRISPR-Cas9 chez des embryons humains non-viables. Une étude menée en toute légalité, publiée dans une revue scientifique à comité de lecture, et qui concluait que la méthode n'était pas encore au point pour être employée dans les premiers stades de la vie. «On a souvent peur de nos fantasmes, et ces travaux ont amené à s'imaginer tout ce qui pourrait se produire quand justement les limites techniques seraient levées», estime Samia Hurst. Utiliser CRISPR-Cas9 pour «réparer» des gènes responsables de maladies graves chez un embryon implique que la modification génétique soit transmise aux générations suivantes. Un écueil éthique majeur pour certains. Pour le Pr Duboule, peut-être faudrait-il envisager la question sous un autre angle: «Si nous avons la possibilité de l'éviter, serait-il éthique de transmettre une maladie génétique sur plusieurs générations?»

Loin des recherches sur l'embryon, une autre équipe chinoise a marqué l'actualité en novembre dernier, en traitant pour la première fois un patient en lui prélevant des cellules, puis en «éditant» leur génome grâce à CRISPR-Cas9, et en lui injectant ensuite les cellules modifiées. Atteint d'un cancer du poumon métastatique, le patient sera suivi durant six mois. Plusieurs autres essais cliniques portant sur des thérapies en oncologie sont d'ores et déjà annoncés pour 2017, en Chine mais aussi aux Etats-Unis. CRISPR-Cas9 pourrait se substituer à d'autres techniques, longues et fastidieuses, actuellement utilisées dans le traitement de certains cancers.

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