09.12.2016 à 14:18

ElectionsLégislatives en Macédoine pour une sortir de crise

Dimanche, les Macédoniens se rendront aux urnes avec pour objectif , sortir ce fragile pays des Balkans d'une longue crise politique.

Les décorations de Noël parmi les panneaux électoraux, dans les rues de Skopje.

Les décorations de Noël parmi les panneaux électoraux, dans les rues de Skopje.

Archives/photo d'illustration, Keystone

Des élections législatives sont organisées dimanche en Macédoine.

Aux affaires depuis dix ans, la droite nationaliste au pouvoir (VMRO-DPMNE) est donnée par les sondages devant l'opposition social-démocrate (SDSM) qui crie à l'autoritarisme et à la corruption.

Mais le nombre important d'indécis rend tout pronostic difficile, autant qu'il dénote la lassitude d'une population de plus de 2 millions de Macédoniens, usés par des mois d'anathèmes. Dans les rues, les décorations de Noël dominent les panneaux électoraux.

Etat de droit «remis en cause»

En janvier 2015, le SDSM avait accusé le premier ministre Nikola Gruevski (VMRO-DPMNE) d'avoir mis en oeuvre un système d'espionnage téléphonique de quelque 20'000 opposants, journalistes, religieux ou représentants de la société civile. Des écoutes qui semblaient aussi révéler une corruption massive, jusque dans les plus hautes sphères de l'administration.

Si le principe d'élections est acté depuis un accord sous égide de l'Union européenne (UE) à l'été 2015, elles ont été reportées deux fois, rejetées par l'opposition. Cette dernière accusait le pouvoir de truquer les listes ou encore de mettre les médias sous tutelle.

Dans son dernier rapport, l'Union européenne regrette que l'état de droit soit «constamment remis en cause, en particulier du fait de l'influence de l'Etat sur les institutions démocratiques et les secteurs clés de la société».

Au printemps, une amnistie présidentielle depuis retirée, a poussé dans la rue des milliers d'opposants, qui ont maculé de peinture les murs et les statues de Skopje. Mais cette «Révolution de couleurs» ne sera pas une lame de fond suffisante pour amener à elle seule le social-démocrate Zoran Zaev au pouvoir.

Campagne dramatisée

S'il a quitté son poste de premier ministre en janvier 2016 pour ouvrir la voie à ces élections, Nikola Gruevski reste aux commandes du VMRO-DPMNE. Et il entend bien battre une nouvelle fois les sociaux-démocrates, qui collectionnent les défaites depuis dix ans.

S'il perd, M. Gruevski et ses alliés seront «totalement marginalisés», explique Florian Bieber, spécialiste de l'Europe du sud-est à l'Université de Graz en Autriche. L'enquête judiciaire pour corruption, dans laquelle son nom apparaît, pourrait gagner en vigueur. S'il gagne, «il écrasera toute critique».

«Il ne s'agit pas d'une campagne électorale ordinaire», a lancé Zoran Zaev, 42 ans. Lors d'un de ses derniers meetings de campagne, il n'a pas hésité à dramatiser l'enjeu: «Les citoyens choisiront entre la vie et la mort.»

Mais le vent du changement ne souffle pas avec tant de force, selon l'ex-diplomate et analyste politique Arsim Zekolli. Selon lui, les longues tractations partisanes ont «dompté l'ambiance de révolte parmi les citoyens».

Dette et chômage

Certains observateurs pensent que Nikola Gruevski pourrait renoncer au poste de premier ministre en cas de victoire. Dans un pays où le revenu moyen est inférieur à 400 euros (432 francs), le prochain chef du gouvernement devra s'attaquer à une dette publique qui inquiète les instances financières internationales, tout en faisant baisser un chômage qui touche un quart de la population active.

Ces préoccupations sont plus brûlantes aux yeux de beaucoup que les questions communautaires. Les relations entre Macédoniens slaves majoritaires et la forte minorité albanaise (environ un quart de la population) restent toutefois délicates, plus de quinze ans après un début de guerre civile.

Durant la campagne, le camp Gruevski a accusé Zoran Zaev de jouer avec le feu en promettant pour s'attirer les voies albanaises une «fédéralisation» du pays. Le principal parti albanais, l'Union pour l'intégration démocratique (DUI) de l'ancien rebelle Ali Ahmeti, participe actuellement au gouvernement aux côtés de la droite.

(ats)

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