Islande: Législatives: entre «dégagisme» et stabilité
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IslandeLégislatives: entre «dégagisme» et stabilité

Les Islandais ont voté samedi aux législatives où 9 partis sont en lice. L'île pourrait basculer à gauche ou reconduire la droite.

Les Islandais ont voté samedi lors de législatives anticipées indécises, pour faire basculer l'île subarctique à gauche ou reconduire la droite affaiblie par les affaires mais qui défend un bilan économique flatteur. Les bureaux de vote ont fermé à 22h00 locales (22h00 GMT).

Les résultats définitifs de ce scrutin à un tour ne sont pas attendus avant dimanche matin et, surtout, le paysage de la nouvelle assemblée ne préfigurera en rien la couleur du futur gouvernement: la formation d'une majorité pourrait prendre des semaines, des mois peut-être.

Il s'agit des quatrièmes législatives depuis la crise financière de 2008 qui a plongé la nation nordique dans le marasme, mis au jour les liens étroits entre élites politiques et économiques, mais fait aussi émerger un mouvement populaire «anti-establishment».

Immense popularité de la chef écolo

Du Parti de l'indépendance (conservateur, majorité sortante) au mouvement Gauche-Verts qui attire des électeurs déterminés à solder les années «fric», au moins huit des neuf formations en lice doivent franchir le seuil des 5% pour siéger au Parlement.

La dirigeante Gauche-Verts, Katrin Jakobsdottir, veut renverser la table: la jeune quadragénaire au visage avenant jouit d'une immense popularité. Près d'un Islandais sur deux souhaite qu'elle soit Première ministre, un capital confiance très supérieur à l'assise politique de sa formation. Elle affirmait à l'AFP pendant la campagne vouloir conduire un gouvernement capable d'assurer une meilleure répartition des fruits de la croissance. «La prospérité économique doit aussi bénéficier au plus grand nombre, sous la forme d'investissements dans la santé, l'éducation et la protection sociale», ainsi que dans les infrastructures et les transports vieillissants après des années d'austérité budgétaire, indiquait cette ancienne journaliste de 41 ans

Le Parti de l'indépendance, qui a siégé dans tous les gouvernements depuis 1980, hormis la parenthèse post-crise de 2009-2013, devancerait cependant le mouvement Gauche-Verts, selon les derniers sondages. Un avantage indéniable puisque il permettrait au Premier ministre sortant Bjarni Benediktsson de reçevoir le mandat de former une majorité. S'il échouait, Katrin Jakobsdottir prendrait alors la main.

Marchandages

Or les sondages publiés vendredi prédisaient l'isolement du Parti de l'indépendance, dont les partenaires traditionnels ou potentiels (Parti du progrès, Centre et libéraux de Renaissance) seraient relégués loin derrière ceux du mouvement Gauche-Verts.

Celui-ci pourrait inviter à la table des discussions les sociaux-démocrates et les Pirates, qui totaliseraient ensemble jusqu'à 29 mandats sur 63. Trop court pour atteindre la majorité de 32 sièges, mais le ralliement d'un quatrième parti semble à portée.

Dans son fief de Gardabaer, près de Reykjavik, où les innombrables grues de chantier témoignent d'une économie tournant à plein régime, M. Benediktsson a défendu son bilan en glissant son bulletin dans l'urne. «Nous n'avons pas besoin de grands changements de politique pour réussir en tant que nation. Je veux voir l'Islande prospérer», a-t-il plaidé, interrogé par l'AFPTV.

Les indicateurs sont au vert

De fait, les indicateurs sont tous au vert: après 7,2% en 2016, le pays nordique affiche encore une croissance vigoureuse (3,4% au deuxième trimestre), un taux de chômage quasi résiduel, des investissements et des touristes qui déferlent.

En 2009, les sociaux-démocrates et le mouvement Gauche-Verts avaient pris les rênes de l'exécutif, après la démission du gouvernement mené par le Parti de l'indépendance, perçu comme coresponsable de la crise.

Forte de ce ras-le-bol, la gauche a présidé à la rédaction d'une nouvelle Constitution, «par» et «pour» les citoyens. Mais cette Constitution n'a jamais été ratifiée et, après l'austérité, l'aspiration des électeurs à la prospérité a pris le pas sur le désir de réforme. Et la droite est revenue aux responsabilités en 2013.

Les affaires

Ministre des Finances et de l'Economie entre 2013 et 2017, M. Benediktsson a été la cible privilégiée de l'opposition pendant la campagne en raison des multiples affaires dans lesquelles son nom est apparu.

Héritier d'une famille fortunée de l'île et cible privilégiée de l'opposition, il a été mis en cause en 2016 dans le scandale des Panama Papers, désigné comme détenteur d'un compte offshore. Mais il s'est défendu et est devenu Premier ministre en janvier 2017 à la faveur de l'échec de la gauche à signer un programme de majorité.

Sa coalition est tombée au bout de neuf mois après le retrait d'un petit parti, le Premier ministre étant accusé d'avoir couvert son père dans un sordide imbroglio judiciaire. M. Benediktsson a par ailleurs été mis en cause par plusieurs médias ayant montré qu'il avait vendu la quasi totalité de ses actifs juste avant la nationalisation d'une banque pendant la crise de 2008. Aucune preuve d'un éventuel délit d'initié n'a toutefois été apportée.

(ats)

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