22.07.2018 à 20:24

L’élan brisé des retrouvailles

Un match de reprise à Tourbillon est une fête, un moment où tous les espoirs sont encore permis. Mais face à Lugano, l’élan s’est brisé après 4 minutes.

von
Mathieu Aeschmann
Sion

C’est beau la reprise du championnat. Il souffle sur les stades un vent d’espoir et de découvertes. On s’y rend le pied alerte, porté par cette petite musique qui accompagne tous les possibles. «Et si c’était la bonne? Et si l’alchimie prenait au point d’inventer une épopée mémorable?» Choisissez votre équipe, votre ville, cet élan ne connaît pas de frontière. Sur la route de la première journée – et plus encore depuis le miracle de Leicester – les rêveurs auront toujours raison.

Il y avait un peu de ça, dimanche à Tourbillon. D’abord parce que le lieu donne toujours envie d’y croire. Ensuite parce que le FC Sion est par essence capable de tout. On se réjouissait donc d'observer le jeu de corps de Moussa Djitté, d’analyser la complémentarité de la charnière Neitzke-Raphael et puis de découvrir Baltazar dont la rumeur racontait déjà le talent. Il faisait affreusement chaud et on était en train d’entrer tranquillement dans le match quand l’improbable brisa tous les plans: les nôtres et ceux du FC Sion.

Un dégagement de 80 mètres de Dragan Mihajlovic – vous savez, celui du samedi matin en 4e ligue – un rebond qui fuse et Anthony Maisonnial obligé de courir après son erreur. En vain. On peut regarder ce but cent fois, il reste un mystère. Plus qu’une erreur d’appréciation, il s’agit en effet d’un trou noir. Quelque chose qui dépasse l’univers du sport d’élite. Une absence, une vraie. Terriblement banale, incroyablement humaine à ce niveau d’excellence.

Bien sûr, il y eut un match après. Et sans doute faut-il dire que le FC Sion fut de loin la meilleure équipe sans jamais parvenir à vraiment convaincre. Il y eut un match donc; mais celui-ci avait été transformé à jamais par une action qui échappe à toute logique. «C’est vrai, j’ai jamais vécu un but pareil, avouera Maurizio Jacobacci qui a pourtant quelques années de terrain derrière lui. Ce but, c’est le destin. Cela devait se passer comme ça. On va parler à Anthony, lui remonter le moral. Ce qui compte, c’est la réaction.»

Maurizio Jacobacci a raison. Le FC Sion et Anthony Maisonnial vont devoir réagir. Ensemble. Et si on avait un modeste conseil à leur donner, ce serait d’aller à Saint-Gall comme on va jouer une première journée de championnat. Cette action de la quatrième minute était trop irréelle pour lui donner une signification définitive. Elle n’est rien d’autre qu’un coup de poing d’humanité qui vous assomme par surprise. Dimanche prochain, les Sédunois doivent traverser la Suisse avec l’élan des retrouvailles. Et faire comme si tout recommençait à zéro.

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