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États-UnisL’élu qui s’est enrichi en vendant des bébés

Un politicien américain était à l’origine d’un trafic d’adoptions illégales, profitant de mères en détresse aux îles Marshall, région durement frappée par la crise climatique.

par
Jonathan Zalts
L’archipel des Îles Marshall pourrait se retrouver sous les eaux d’ici 2080.

L’archipel des Îles Marshall pourrait se retrouver sous les eaux d’ici 2080.

AFP

Pendant près de trois ans, un ancien politicien d’Arizona «a manipulé des mères biologiques pour qu’elles consentent à des adoptions qu’elles ne comprenaient pas entièrement», pour reprendre les termes de l’un des procureurs. Selon The Independent, l’homme est à l’origine d’au moins 70 cas d’adoptions illégales dans l’Arkansas, l’Utah et en Arizona.

Et c’est aux îles Marshall, en Océanie, qu’il avait établi sa sinistre agence. Dans cet archipel de Micronésie, durement frappé par la crise climatique, la montée des eaux pousse toute une partie de la population à prendre la fuite (voir encadré). L’ex-politicien, avocat de profession, profitait de ce contexte difficile pour inciter des femmes, trop pauvres pour quitter le pays, à confier leur bébé à des familles américaines en échange de quelques dollars.

«On m’a dit qu’ils reviendraient»

Il faut dire que l’homme connaissait bien la région. Membre de l’église mormone, il avait par le passé été missionnaire aux îles Marshall, dont il parle couramment la langue. Il avait ensuite affirmé avoir procédé à des centaines d’adoptions légales après avoir localisé des foyers d’enfants vulnérables, aidant les mères dans le besoin qui souhaitaient un meilleur avenir pour leur enfant.

Une femme qui a eu recours à l’agence de l’ancien élu, lorsqu’elle avait 20 ans, s’est confiée au «New Yorker». Elle explique avoir été transportée aux États-Unis à sept mois de grossesse en 2015 et avoir reçu 1500 dollars pour ses dépenses. Aussitôt après son accouchement, son bébé a été confié à un couple de l’Utah. Elle avait signé les documents d’adoption à l’aide d’un interprète fourni par l’agence.

La Marshallaise a ensuite eu deux autres enfants qui ont aussi été placés par l’agence. «On m’a dit qu’ils reviendraient vers moi lorsqu’ils auraient 18 ans a-t-elle confié au magazine new-yorkais. Que les parents adoptifs parleraient de moi aux enfants quand ils auraient fini l’école.»

Train de vie luxueux

Lors de son procès dans l’Arkansas, relayé par The Independent, l’ex-politicien a affirmé qu’il pensait agir dans les limites de la loi mais qu’il s’était rendu compte plus tard que ce qu’il faisait était illégal. Il a également assuré que ses actes n’étaient pas révélateurs de qui il était réellement et a présenté des excuses à toute mère biologique qui se sentirait lésée.

Après avoir finalement plaidé coupable d’avoir conspiré en vue de commettre un trafic d’êtres humains, il a confié être horrifié d’apprendre que certains de ses subordonnés avaient maltraité des mères biologiques, ce dont il n’aurait pas été au courant et n’aurait pas toléré. «Je prends la responsabilité de mon manque de surveillance», a-t-il ajouté.

Des déclarations qui n’ont pas eu grand effet sur le juge, qui a qualifié sa pratique d’adoption de «moyen de subsistance criminel». Il faut dire que cette activité servait notamment à financer son train de vie luxueux, comprenant voyages coûteux, belles voitures et plusieurs résidences.

Pour l’ensemble de ses actes, l’ex-politicien a été condamné dans l’Arkansas à six ans de prison. Mais il ne s’agit que de la première des trois peines auxquelles il devrait faire face puisqu’il risque également des condamnations dans l’Utah et l’Arizona.

Crise climatique et fossé culturel

Les îles Marshall, sont un pays en péril. Situé à plusieurs milliers de kilomètres de ses «voisins» du Japon, d’Hawaï et de la Papouasie-Nouvelle-Guinée, l’archipel se trouve à moins de deux mètres au-dessus du niveau de la mer. Une récente étude de l’Université d’Hawaï a démontré que la région et ses 58 000 habitants pourraient se retrouver sous les eaux d’ici 2080.

Ce contexte tendu combiné au manque d’eau douce et à la pauvreté pousse une partie des Marshallais à partir. Principalement, pour les États-Unis, dont ils étaient sous tutelle jusqu’en 1986.

Selon «The New-Yorker», le taux de natalité est également élevé aux îles Marshall, et la pratique de l’adoption y diffère largement vis-à-vis de celle en vigueur aux États-Unis. Sur les îles, l’adoption est en effet courante et les enfants vivent entre les ménages en gardant d’étroites relations avec leurs parents biologiques.

La crise climatique, les barrières linguistiques ainsi que les différences culturelles expliqueraient donc pourquoi certaines femmes marshallaises se seraient résolues à confier leurs bébés en adoption. Sans pleinement comprendre qu’elles risquent de ne plus jamais les revoir.

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48 commentaires
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Sigiriya

18.12.2020 à 01:59

Souvenirs de cette ancienne maîtresse d'école de Cologny , qui dans les années 70 proposait moyennant quelques deniers, des enfants à des jeunes couples genevois ,en provenance du sri Lanka . Avec la bénédiction de certaines personnalités influentes .

Pauvre animal

18.12.2020 à 01:33

Une mousse de Covid a la chien

Nathh

17.12.2020 à 10:11

Lamentable un mec pareil. 👱‍♀️