Parlement - L’enfant terrible des féministes au perchoir du National
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ParlementL’enfant terrible des féministes au perchoir du National

L’écologiste argovienne Irène Kälin (V/AG) accède à la présidence de la Chambre du peuple. Elle a rappelé en ces lieux «la longue injustice faite aux femmes dans notre pays».

par
Eric Felley
Irène Kälin et son fils de trois mois avaient créé la sensation dans la salle des pas perdus en 2018.

Irène Kälin et son fils de trois mois avaient créé la sensation dans la salle des pas perdus en 2018.

Yvain Genevay/Matin Dimanche

C’est un peu l’enfant terrible des féministes du Palais fédéral, qui accède à la présidence du Conseil national à l’occasion de cette session d’hiver 2021. Irène Kälin, 34 ans, a été élue par ses collègues ce lundi avec 151 voix sur 166 bulletins valables. Longuement applaudie et dûment fleurie, la nouvelle présidente a rappelé en préambule qu’elle était la 15e femme et la 2e écologiste à revêtir cette fonction. Elle a rendu hommage aux onze premières députées qui ont siégé au Conseil national en 1971 et qui ont mis un terme à une «longue injustice infligée aux femmes de notre pays. Ces pionnières ont annoncé une nouvelle ère», a-t-elle affirmé.

Irène Kälin peu après son élection par ses collègues du Conseil national.

Irène Kälin peu après son élection par ses collègues du Conseil national.

DR

Irène Kälin a rappelé qu’elle avait défrayé la chronique à l’automne 2018, lorsqu’elle avait amené son fils de 3 mois et demi, Elija, au Palais fédéral pour pouvoir l’allaiter. Certains parlementaires avaient vu ce comportement d’un mauvais œil: «Je ne me suis pas posé la question de savoir si on pouvait le faire ici, avait-elle déclaré. Mon fils refuse de boire au biberon. J’ai fait ce que font des milliers d’autres femmes.»

À la suite de cet épisode, à la session d’hiver 2019, les Services du parlement avaient aménagé une salle d’allaitement facile d’accès dans le bâtiment. Cela répondait à la demande de plusieurs élues qui voulaient disposer d’une salle de repos pour permettre aux mères «d’allaiter leurs enfants, de les changer et de s’en occuper durant les sessions parlementaires». Irène Kälin a réussi aussi à faire passer une motion demandant que les coûts de la grossesse soient pris en charge dès le début et non pas après seulement 12 semaines.

Prolifique en propositions

L’écologiste argovienne est entrée par la petite porte au Conseil national en 2017 en succédant à son collègue Jonas Ficker. Celui-ci avait démissionné après avoir fait un dérapage douteux, en comparant le trajet des porcs à l’abattoir à celui des juifs vers les camps de concentration. Elle a été réélue sans problème en 2019. Très énergique dans sa façon d’être, Irène Kälin est également prolifique en propositions dans la ligne de son parti: le démantèlement des centrales nucléaires, l’égalité homme femme, la transparence des finances des partis, la baisse des tarifs dans les transports publics, contre l’élevage intensif dans l’agriculture ou pour l’interdiction des animaux sauvages dans les cirques.

Une spécialiste de l’Islam

Irène Kälin a aussi un parcours académique insolite sous la Coupole fédérale. Elle a étudié la science des religions et l’islam à l’Université de Zurich où elle a obtenu un bachelor en 2013. Elle a fait ensuite un master en cultures des religions à l’Université de Berne sur la reconnaissance étatique de l’islam. Elle a aussi un parcours syndical étoffé avec la présidence d’ArbeitAargau, la faîtière des syndicats du canton. Elle est en couple avec Werner De Schepper, connu en Suisse alémanique comme corédacteur en chef de la «Schweizer Illustrierte».

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