Migrants - L’enfer libyen dans le viseur d’Amnesty Suisse
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MigrantsL’enfer libyen dans le viseur d’Amnesty Suisse

L’ONG publie un nouveau rapport pour dénoncer la complicité des États européens dans le renvoi des migrants en Libye, où tout le monde sait qu’ils sont systématiquement maltraités.

par
Eric Felley
«Plutôt mourir que retourner en Libye». Les trois réfugiés sont accusés d’avoir voulu détourner sur Malte le pétrolier qui voulait les ramener en Libye.

«Plutôt mourir que retourner en Libye». Les trois réfugiés sont accusés d’avoir voulu détourner sur Malte le pétrolier qui voulait les ramener en Libye.

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Amnesty International Suisse vient de lancer une pétition pour demander la libération de trois jeunes migrants arrêtés à Malte en mars 2019. 114 personnes fuyaient alors sur un bateau de pêche «pour se mettre à l’abri de la torture, des viols et des détentions arbitraires en Libye» explique l’organisation. Malheureusement leur embarcation a chaviré en haute mer et ils ont été recueillis par un pétrolier du nom de «El Hiblu».

Lorsque les réfugiés ont compris que ce navire allait les ramener en Libye, ils se sont mis à paniquer. Trois adolescents âgés de 15, 16 et 19 ans ont alors entamé des négociations avec le capitaine pour le convaincre de les déposer à Malte. Mais, peu avant leur arrivée sur l’île, les trois jeunes hommes ont été dénoncés et arrêtés par les autorités maltaises. Ils sont accusés d’avoir détourné le navire et risquent la prison à perpétuité.

Les trois jeunes hommes, deux Guinéens et un Ivoirien, sont aujourd’hui connus sous le nom d’«El Hiblu 3» et considérés par certains comme des héros qui ont évité à plus d’une centaine de réfugiés d’être renvoyés en Libye. Selon Amnesty, ils sont maintenant accusés de plusieurs crimes, «notamment de terrorisme» et ils attendent leur procès depuis deux ans et demi: «Bien qu’ils aient été autorisés à quitter la prison de Malte sous caution, ils se sentent comme des prisonniers».

Personne ne te cherchera…

Pour Amnesty International Suisse, cette pétition, qui a recueilli quelque 1500 signatures ce vendredi, doit mettre en lumière la situation inhumaine qui prévaut en Libye pour les réfugiés et ce avec la caution des pays européens, dont la Suisse. Dans un nouveau rapport diffusé jeudi et intitulé «Personne ne te cherchera. La détention abusive des personnes réfugiées et migrantes débarquées en Libye», Amnesty International révèle que «les violations commises depuis une décennie contre les personnes réfugiées et migrantes se sont poursuivies sans relâche dans les centres de détention libyens durant les six premiers mois de 2021».

7000 personnes depuis le début de l’année

«Ce rapport terrifiant jette un nouveau coup de projecteur sur la souffrance des personnes interceptées en mer et renvoyées en Libye», précise Alexandra Karle, directrice d’Amnesty International Suisse. Et cela concerne beaucoup de monde… Au cours des six premiers mois de 2021, plus de 7000 personnes interceptées en mer ont été envoyées de force à Al Mabani, le «Centre de rassemblement et de retour de Tripoli». «Ces personnes sont immédiatement placées en détention arbitraire et systématiquement soumises à la torture, aux violences sexuelles, au travail forcé et à d’autres formes d’exploitation en toute impunité», constate la directrice.

Plus grave pour Amnesty, c’est la complicité persistante des États européens qui ferment les yeux sur ces horreurs et «continuent d’aider les garde-côtes libyens à intercepter des personnes en mer et à les renvoyer de force dans l’enfer de la détention en Libye.»

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