Coronavirus - L’EPFL a une solution pour nous faire garder nos distances
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CoronavirusL’EPFL a une solution pour nous faire garder nos distances

Des chercheurs ont détourné leur logiciel anticollision pour voiture autonome afin de l’appliquer à la distanciation sanitaire. Il va être testé dans les cars postaux

par
Michel Pralong

Les personnes en bleu sont à bonne distance, celles en rouge trop proches ou trop orientées contre une autre.

EPFL

On pleut plancher sur une invention et lui trouver une autre application que celle prévue. C’est ce qui arrive à ce logiciel conçu à la base pour les voitures autonomes, imaginé par le Laboratoire d’lntelligence Visuelle pour les Transports (VITA) de l’EPFL. Il a été pensé pour détecter l’approche d’un autre véhicule ou d’un piéton dans la rue et à faire freiner, changer de direction ou accélérer la voiture afin qu’elle évite la collision. À pied, les humains n’ont pas besoin de logiciel pour cela, ils utilisent leur regard pour ne pas rentrer dans quelqu’un d’autre.

Mais la pandémie a apporté un élément nouveau: la nécessité de garder la distance entre humains afin d’éviter la propagation du virus. «L’année dernière, quand tout a fermé, nous étions en train de travailler sur l’application de notre algorithme aux voitures autonomes et nous avons alors réalisé qu’en y ajoutant quelques fonctionnalités, notre outil pourrait être utile à la crise que nous vivions», explique Lorenzo Bertoni, doctorant au VITA.

Détection de l’orientation du corps

Les chercheurs ont donc conçu un logiciel qui non seulement détecte lorsqu’une personne est à moins de 1,5 mètre d’une autre (distance de sécurité préconisée par l’OFSP), mais également si son visage est dirigé vers une autre. Si deux personnes sont dos à dos à moins de 1,5 m, elles ont en effet peu de risque de s’échanger des microgouttelettes. Adapté à une caméra, à un appareil photo, et donc par exemple à un smartphone, ce détecteur de mouvements en trois dimensions calcule tout cela en se basant sur la taille et les articulations des corps pour déterminer les distances, mouvements et orientations, comme on le voit dans la vidéo ci-dessous.

Position du corps et du visage sont pris en compte pour faire la différence entre le bleu (sûr) et le rouge (dangereux).

EPFL

«Pour localiser des personnes en 3D, les détecteurs habituels partent du principe que chaque personne se tient sur la même surface plane. La caméra ne peut donc pas être en mouvement et son utilisation est limitée. Par exemple, cela pose des problèmes de précision lorsque la personne prend des escaliers», explique Lorenzo Bertoni, principal auteur de l’étude.

Ce détecteur, nommé MonoLoco, garantit en outre l’anonymat des visages et des silhouettes des individus filmés. Il prend tout simplement une photo ou une vidéo d’un espace et convertit les personnes en silhouettes schématiques et anonymes dotées de «points clés».

Utile dans les restos ou les bureaux

Les chercheurs viennent de publier leurs résultats dans la revue «IEEE Transactions on Intelligent Transportation Systems» et présenteront leurs travaux lors d’une conférence internationale sur la robotique (ICRA) le 2 juin. Lorenzo Bertoni espère que ce logiciel, dont le code source de l’algorithme est en libre accès sur le site internet du laboratoire, trouvera de nombreuses utilisations dans le cadre de la pandémie. «Il pourrait être utilisé dans les transports publics, les commerces, les restaurants, les bureaux, les halls de gare et les usines». Il pourrait donc aussi bien être utilisé par les collectivités ou entreprises qu’individuellement, via une application pour smartphone par exemple. Via des alarmes sonores, un message vocal ou des avertissements visuels sur écran, les gens pourraient ainsi savoir quand ils sont dans une situation de proximité risquée.

Le laboratoire, dirigé par le professeur Alexandre Alahi, a conclu un premier partenariat avec La Poste, afin de tester prochainement son logiciel dans les cars postaux. Et si la distance préconisée devait changer ou si d’autres formes de distanciation devaient s’avérer utiles à l’avenir, le logiciel peut facilement s’adapter puisqu’il peut se paramétrer jusqu’à 40 mètres.

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