L’EPFL fait une importante découverte sur le cancer du sein
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MédecineL’EPFL fait une importante découverte sur le cancer du sein

Une équipe romande est parvenue à mieux comprendre le rôle de deux hormones dans le développement des tumeurs, avec des perspectives de traitements.

par
Michel Pralong
L’interaction entre les récepteurs d’œstrogènes et de progestérone et l’effet produit sur le cancer du sein étaient mal connus jusqu’à présent. Image prétexte.

L’interaction entre les récepteurs d’œstrogènes et de progestérone et l’effet produit sur le cancer du sein étaient mal connus jusqu’à présent. Image prétexte.

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L’œstrogène et la progestérone sont des hormones femelles. On trouve des récepteurs d’œstrogènes (ER) et de progestérone (PR) à la surface ou à l’intérieur des cellules normales du sein et de certains types de cellules du cancer du sein. C’est sur ces récepteurs que les hormones se fixent aux cellules. Une fois qu’elles s’y sont fixées, les hormones peuvent affecter le comportement ou la croissance des cellules, explique la Société canadienne du cancer.

Le cancer du sein touche une femme sur sept et est le cancer le plus fréquemment diagnostiqué dans le monde. Plus de 70% de tous les cancers du sein sont classés comme positifs à l’œstrogène sur la base de la détection du récepteur d’œstrogènes dans au moins 1% des cellules tumorales. Le blocage de ce récepteur est la cible classique des traitements hormonaux, qui ont sensiblement amélioré les taux de survie des patientes.

Manque de modèles

Le problème est que les tumeurs qui sont positives au récepteur d’œstrogènes ont été peu étudiées car le domaine manque de modèles adaptés. Quand on a essayé de faire développer des cancers du sein chez des souris génétiquement modifiées, «ils n’étaient pas sensibles aux hormones, et les taux de réussite des xénogreffes de cancer du sein positives au récepteur d’œstrogènes sont extrêmement faibles», explique la professeure Cathrin Brisken de la Faculté des sciences de la vie de l’EPFL.

De précédentes études ont révélé une interaction importante entre le récepteur d’œstrogènes et celui pour la progestérone. Toutefois, le manque de lignées cellulaires et de modèles animaux adaptés a empêché les scientifiques d’étudier correctement cette interaction. Étant donné que le gène du récepteur de progestérone est affecté par le récepteur d’œstrogènes, les traitements hormonaux qui ciblent ces derniers peuvent bloquer l’expression des premiers. Cette complexité rend difficile l’étude du rôle de chaque récepteur de manière indépendante et, donc, l’optimisation des stratégies de traitement.

Greffe sur des souris réussie

Aujourd’hui, en collaboration avec une équipe de recherche et médicale du CHUV, du Réseau Lausannois du Sein et de l’ICPI (International Cancer Prevention Institute), le laboratoire de Cathrin Brisken a réussi à greffer des cellules de cancer du sein humaines positives au récepteur d’œstrogènes sur les canaux lactifères de souris immunodéprimées. Cette avancée leur a permis d’étudier l’effet des œstrogènes et de la progestérone sur le développement du cancer du sein.

Les scientifiques ont découvert que ces deux hormones, les œstrogènes et la progestérone, peuvent augmenter la croissance des tumeurs, et que des traitements combinés peuvent favoriser les métastases, donc la propagation du cancer.

Le récepteur de progestérone peut être une cible

Mais il y a un moyen d’y faire face. «Nous avons découvert que les tumeurs réagissent différemment aux deux hormones selon les patientes, ce qui laisse entendre qu’il est possible d’améliorer le traitement en l’adaptant», explique Cathrin Brisken. «De plus, la suppression de l’expression du récepteur de progestérone peut être une option thérapeutique», ajoute-t-elle. «Alors que l’on affirmait que la progestérone pouvait aider les femmes ayant un cancer du sein, nous montrons que cette hormone favorise les tumeurs et que le récepteur de progestérone sert de médiateur de la signalisation du récepteur d’œstrogènes, rendant ce récepteur intéressant comme potentielle cible thérapeutique».

L’étude, qui a été publiée dans la revue «Nature Communications», a également été présentée par le directeur de la Société d’endocrinologie lors de l’événement ENDO 2022 rassemblant plus de 7000 médecins et scientifiques et qui a eu lieu du 11 au 14 juin à Atlanta, aux États-Unis.

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