11 septembre: «Les 15 ans écoulés sont un effroyable gâchis»
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11 septembre«Les 15 ans écoulés sont un effroyable gâchis»

A l'occasion de l'anniversaire des attentats qui ont frappé New York, des experts analysent la situation et ses conséquences.

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Les appels à l'unité se sont multipliés au quinzième anniversaire des attentats du 11 septembre 2001, traumatisme encore présent dans tous les esprits. (Dimanche 11 septembre 2016)

Les appels à l'unité se sont multipliés au quinzième anniversaire des attentats du 11 septembre 2001, traumatisme encore présent dans tous les esprits. (Dimanche 11 septembre 2016)

L'ex-président George W. Bush a assisté dans la soirée à un match de football américain entre les Dallas Cowboys et les New York Giants, participant à l'ouverture du match avec deux policiers qui étaient à Ground Zero le 11 septembre 2001.  (Dimanche 11 septembre 2016)

L'ex-président George W. Bush a assisté dans la soirée à un match de football américain entre les Dallas Cowboys et les New York Giants, participant à l'ouverture du match avec deux policiers qui étaient à Ground Zero le 11 septembre 2001. (Dimanche 11 septembre 2016)

Les pompiers de Jersey City honorent les disparus du Waterfront. (Dimanche 11 septembre 2016)

Les pompiers de Jersey City honorent les disparus du Waterfront. (Dimanche 11 septembre 2016)

Les attaques du 11 septembre 2001 n'ont pas mis l'Amérique à genoux, comme l'espéraient leurs instigateurs. Mais elles ont ouvert une ère d'instabilité dont les répercussions, surtout au Proche et au Moyen-Orient, vont encore se faire sentir pendant des années, estiment experts et officiels.

En réagissant avec une «force écrasante» (la doctrine américaine de «l'overwhelming force») et surtout en envahissant l'Irak, les Etats-Unis ont semé les germes du chaos dans lequel une bonne partie de la région est actuellement plongée.

Le réseau Al Qaïda et le mouvement djihadiste international, un temps déstabilisé par la perte de son sanctuaire afghan, a depuis fait la preuve de sa résilience et de sa capacité d'adaptation. Il a essaimé dans de nombreux pays et mène des opérations et des attentats qui sèment la terreur.

Conséquences dramatiques

«Le 11 septembre était l'aboutissement d'un travail de plusieurs années d'Al Qaïda pour monter le 'big one', l'attentat majeur», rappelle Didier Le Bret, qui était jusqu'à la semaine dernière le Coordinateur national du renseignement français. «Mais c'est surtout le point de départ de la prise de conscience (par les Américains) de leur vulnérabilité sur leur sol. Et ça, ils ne peuvent l'accepter.»

«Ils réagissent à l'américaine, c'est-à-dire pas dans la demi-mesure», poursuit-il. «C'est leur force et leur faiblesse: ils ne cherchent jamais à maintenir, comme nous pouvons le faire en Europe, les équilibres et la complexité des choses. Eux, c'est: 'voilà l'ennemi, on va se donner les moyens de l'abattre. Les conséquences, on verra'».

«Et on les a vues, effectivement: c'est l'image atroce qu'ont projetée les Etats-Unis d'eux-mêmes, la prison d'Abou Ghraïb, Guantanamo. Cela se termine avec l'erreur tragique de l'Irak. Une guerre inachevée, bâtie sur un mensonge (...) Ils ont précipité le chaos dans la région, qui a été totalement déstabilisée.»

«Effroyable gâchis»

Pour Jean-Pierre Filiu, professeur des universités à Sciences-Po Paris, «les quinze ans écoulés depuis le 11 septembre 2001 laissent le sentiment d'un effroyable gâchis».

«Les Etats-Unis avaient bénéficié d'une solidarité internationale sans précédent dans la campagne menée contre les talibans et Al-Qaïda», dit-il. «Mais après cette campagne, couronnée de succès en quelques semaines, les néo-conservateurs ont imposé les priorités d'une 'guerre globale contre la terreur' qui a relancé le djihad global et lui a ouvert les portes de l'Irak, et donc du Moyen-Orient, voire de l'Europe».

«Daech, le bien mal-nommé 'Etat islamique', est né de cette alliance entre deux totalitarismes, celui d'Al-Qaïda et celui du régime déchu de Saddam Hussein. Au lieu de prendre la mesure de cette menace inédite, Barack Obama l'a trop longtemps niée, permettant l'émergence d'un 'califat de la terreur' qui a essaimé dans le monde entier», ajoute-t-il.

Attirer les Américains en Afghanistan

Avec le recul, il est apparu clairement que l'espoir secret d'Oussama ben Laden était d'attirer l'Amérique sur son terrain pour une confrontation qui ne pouvait, selon lui, que tourner à son avantage, comme il était persuadé (à tort, assurent tous les experts) d'avoir avec ses combattants arabes chassé l'armée rouge d'Afghanistan.

«Le rêve de mon père était de faire venir les Américains en Afghanistan», a déclaré en 2010 au magazine Rolling Stone, Omar ben Laden, l'un des onze fils du fondateur d'Al Qaïda. «Il voulait leur faire la même chose qu'aux Russes. J'ai été surpris qu'ils mordent à l'appât».

Mauvais usage de la force

En forçant Washington à sortir de son isolement et à envoyer des milliers de soldats au Moyen-Orient, où quinze ans plus tard ils sont encore, ben Laden a utilisé ce que l'historien Yuval Noah Harari appelle «la méthode du maître de taï-chi».

«Les terroristes espèrent que, même s'ils ne peuvent qu'à peine entamer la puissance de leur ennemi, la peur et la confusion va amener cet ennemi à faire un mauvais usage de sa force», écrit-il dans une récente tribune.

«Ils calculent que quand leur ennemi, fou de rage, va utiliser sa puissance massive contre eux, cela fera se lever une tempête militaire et politique beaucoup plus violente que tout ce qu'ils pourraient provoquer eux-mêmes. Et pendant une tempête, bien des choses inattendues arrivent».

(AFP)

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