Football – Les 7 questions tactiques de la reprise
Publié

FootballLes 7 questions tactiques de la reprise

La Super League est de retour ce week-end. Et la trêve a été agitée: derrière Zurich, tout le monde ou presque doit repenser certains aspects de son jeu.

par
Valentin Schnorhk
En signant à Young Boys, Anthony Racioppi doit permettre au champion de Suisse en titre de retrouver une certaine stabilité défensive.

En signant à Young Boys, Anthony Racioppi doit permettre au champion de Suisse en titre de retrouver une certaine stabilité défensive.

freshfocus

À l’aube de la deuxième partie de saison de Super League, il n’y a plus beaucoup de certitudes. En un peu plus d’un mois, beaucoup d’équipes ont bougé. Dans le sens des départs et des arrivées. Cela doit faire remuer l’esprit des entraîneurs, qui vont devoir trouver des réponses. Parce qu’excepté pour André Breitenreiter, dont le FC Zurich, leader, n’a quasi rien changé et s’apprête à poursuivre sur sa lancée, tous les techniciens du pays se posent assurément des questions. Sélection des plus prégnantes..

Bâle sans Cabral, ça change quoi?

Cela tient de l’évidence, désormais. Après deux ans et demi, Arthur Cabral va quitter la Suisse cet hiver (en direction de la Fiorentina). La Super League sera orpheline de son meilleur joueur. Elle peut se relever. Mais quid du FC Bâle? Il y a d’abord les chiffres. Le Brésilien a inscrit 14 des 38 buts rhénans sur la première partie de saison. La proportion est encore plus importante dans les Expected Goals: plus de 40% des occasions créées par Bâle sont venues de Cabral.

Avec les Rotblau, Cabral régnait dans la surface. Comme l’illustre la cartographie de ses tirs, il s’essayait très rarement de loin. Signe qu’il était constamment recherché (69 tirs cette saison, loin devant tout le monde en Super League). L’impact sur le jeu bâlois n’est plus à démontrer. Son départ laissera un vide. Logiquement, il sera remplacé numériquement, par un profil plus ou moins similaire, selon les opportunités de marché.

Les 75 derniers tirs de Cabral en Super League. En rose, les buts. En bleu, les tirs cadrés. Marqués par une croix, les tirs hors-cadre.

Les 75 derniers tirs de Cabral en Super League. En rose, les buts. En bleu, les tirs cadrés. Marqués par une croix, les tirs hors-cadre.

Wyscout

Mais cela suggère une adaptation. L’importance de Cabral est difficilement reproductible, du moins dès la reprise. Tactiquement, Patrick Rahmen devra penser son animation un petit peu différemment. Mais comment? Et si, le jeu rhénan ne reposait plus sur une pointe, mais surtout sur des ailiers? Avec Liam Millar et Dan Ndoye, Bâle a des solutions sur les côtés, des joueurs à mettre en valeur. À la manière de Liverpool, Rahmen pourrait penser à aligner un Sebastiano Esposito devant, lequel décrocherait pour se mettre face au jeu. Et lancer des éléments rapides qui attaqueraient la profondeur. Ajustements à surveiller, dès dimanche (16h30) contre Sion à Tourbillon.

YB va-t-il retrouver l’équilibre?

C’est la clé. Young Boys est loin d’être largué, malgré ses huit points de retard sur Zurich. Un cinquième titre consécutif reste jouable. À condition de résoudre certains problèmes défensifs. À la perte de balle, notamment. En début de semaine, le Tages-Anzeiger faisait remarquer que le YB de David Wagner était beaucoup plus «gentil» que celui de son prédécesseur Gerardo Seoane. Le quotidien alémanique a par exemple calculé que cette saison, les Bernois effectuaient 35% de fautes en moins dans la moitié de terrain adverse qu’en 2019-20. Comme si les transitions offensives adverses étaient moins filtrées.

Exemple de ce Young Boys qui a un temps de retard lorsqu’il perd la balle dans le camp adverse. Le filtre ne fonctionne pas et les Bernois se sont beaucoup exposés lors de la première partie de saison.

Exemple de ce Young Boys qui a un temps de retard lorsqu’il perd la balle dans le camp adverse. Le filtre ne fonctionne pas et les Bernois se sont beaucoup exposés lors de la première partie de saison.

Il y a donc un équilibre à retrouver. Il passera déjà par une assise plus stable: Hefti et Aebischer sont partis, mais il faut suggérer que Maceiras et Sierro (ou Rieder) permettront à YB de garder une certaine fiabilité. Les blessés ont aussi profité de la trêve pour revenir: Fassnacht, Lustenberger, Zesiger ou Nsame. Entre autres. Avec une défense qui devrait moins bouger (surtout avec un match par semaine), Young Boys devrait pouvoir être plus serein.

Et puis, il a dégotté Anthony Racioppi, pour donner plus de stabilité que Faivre sur la longueur, sachant que Von Ballmoos est, lui, toujours à l’infirmerie. Le Genevois aura la responsabilité de ne pas prendre de buts évitables, ce qui a coûté des points à YB en première partie de saison. À Dijon l’an dernier, malgré la descente, il s’était fait remarquer dans sa capacité à prendre beaucoup moins de buts que ce que prédisaient les chiffres (même si la comparaison entre différents championnats peut être une pente glissante). Mais aussi à passer trop souvent au travers. Un sale défaut à gommer.

Quel sera le Servette de 2022?

Il y a eu deux Servette sur la première partie de saison: un basé sur la possession, qui a fini par le perdre et enchaîner les résultats défavorables, et un autre plus attentiste, qui a permis aux Grenat de finir l’année à la 5e place. Alain Geiger s’inscrira-t-il donc dans la continuité, en se reposant sur une verticalité qui lui a bien mieux réussi?

1 / 2
En fin d’année, Servette a opté pour un bloc plus bas, en cherchant à repartir très rapidement à la récupération. Comme ici, contre Lausanne, où Douline envoie rapidement Imeri.

En fin d’année, Servette a opté pour un bloc plus bas, en cherchant à repartir très rapidement à la récupération. Comme ici, contre Lausanne, où Douline envoie rapidement Imeri.

L’action donnera lieu à un but, avec beaucoup de Servettiens dans la surface lausannoise.

L’action donnera lieu à un but, avec beaucoup de Servettiens dans la surface lausannoise.

Le départ probable de Grejohn Kyei, le principal attaquant servettien, facilitera peut-être la réflexion. Légitime dans la surface, un peu moins sur les séquences de projection, le Français devra être remplacé. Servette a engagé Chris Bedia, réputé plus percutant. Ainsi que Moritz Bauer, latéral droit notamment reconnu pour sa vitesse. Comme si le mercato genevois avait été pensé autour de la capacité à aller vite vers l’avant. Cela validerait la mutation entamée à l’automne.

Sion peut-il étoffer son jeu?

Paolo Tramezzani a eu toute la préparation pour travailler dans la sérénité. Avec quels effets?

Paolo Tramezzani a eu toute la préparation pour travailler dans la sérénité. Avec quels effets?

freshfocus

Hiver serein en Valais. Agitation minimale. La victoire 2-0 contre Lausanne juste avant la trêve avait restauré le calme. Aucune recrue n’est arrivée. Paolo Tramezzani a donc pu travailler avec le même groupe. Mais quelles ont été ses priorités?

Les premiers mois de l’Italien ont fait jaillir une volonté de proposer un bloc solide, le plus médian possible tout en acceptant les séquences plus basses. Globalement, cela a fonctionné. Reste que, avec le ballon, les ambitions sont demeurées limitées. Sion est l’équipe qui tire le moins du championnat (moins de 10 tirs par match), avec simplement un peu plus de qualité que Lausanne en ce qui concerne les occasions créées (selon le modèle des Expected Goals).

Avant Noël, Sion n’avait pas tous les réflexes d’une équipe qui peut déployer des actions placées. Ici, contre Lausanne, Grgic joue vers l’arrière, malgré des partenaires entre les lignes qui pourraient lui permettre de faire avancer le jeu.

Avant Noël, Sion n’avait pas tous les réflexes d’une équipe qui peut déployer des actions placées. Ici, contre Lausanne, Grgic joue vers l’arrière, malgré des partenaires entre les lignes qui pourraient lui permettre de faire avancer le jeu.

Verra-t-on donc un Sion plus joueur en deuxième partie de saison? Cela dépend beaucoup de l’ambition de son entraîneur, dont le pragmatisme s’est toujours révélé très conservateur jusqu’ici.

Retrouvera-t-on le Saint-Gall d’avant?

Jordi Quintilla est de retour à Saint-Gall. Avec la capacité qui est la sienne d’être le patron du milieu de terrain.

Jordi Quintilla est de retour à Saint-Gall. Avec la capacité qui est la sienne d’être le patron du milieu de terrain.

freshfocus

Dans la lutte pour le maintien, les Brodeurs sont certainement ceux qui se sont montrés le plus actifs durant la pause. Toma est ainsi très proche de rejoindre Jankewitz (prêté par YB), Von Moos (ex-Bâle), Lungoyi (arrivé de Lugano) et le défenseur central croate Maglica (prêté par Stuttgart) ont atterri au Kybunpark. Mais ils ont surtout été rejoints par Jordi Quintilla, dont le passage à Bâle n’aura duré que six mois. L’ancien capitaine est de retour à Saint-Gall, et cela rappelle forcément des souvenirs.

L’Espagnol aura pour tâche de redonner une certaine réflexion au jeu de la formation de Peter Zeidler. Histoire de retrouver une approche qui a eu son succès: une verticalité plus axiale, un pressing à la perte plus intense et une meilleure structure globale. Jankewitz pourra apporter une intensité physique, alors que Von Moos sera attendu pour apporter plus de fraîcheur dans ses courses. Même si certains postes restent incertains (les latéraux notamment). Signe qu’il ne faut pas non plus ressasser le passé. À suivre.

Comment Lausanne fera-t-il oublier Puertas?

Un ailier (Marvin Spielmann), un attaquant (Rodrigo Pollero) et un élément capable de jouer défenseur central ou milieu (Nassim Zoukit, venu de Promotion League). Le recrutement lausannois à la trêve n’a pas forcément ciblé le poste de Cameron Puertas, ni celui de Gabriel Barès. Les deux milieux Vaudois ont quitté la Tuilière sans que leur remplacement ne se soit imposé. En particulier en ce qui concerne le premier. Étonnant?

Oui et non. Parce que dans le LS d’Ilija Borenovic, Puertas avait un rôle hybride, auquel il s’adaptait: proche de Zeki Amdouni, notamment lorsqu’il s’agissait de défendre dans un 4-4-2 très classique. Et un peu plus bas en phase offensive, mais jamais dans le cœur du jeu, occupé par la paire Kukuruzovic-Thomas. En fait, le remplaçant de Puertas risque probablement d’être Amdouni, dans un profil bien différent.

En match amical, contre Young Boys, c’est Zeki Amdouni (encerclé) qui descendait d’un cran pour apporter du soutien sur les sorties de balle lausannoises. Dans un rôle qu’occupait jusque-là Cameron Puertas.

En match amical, contre Young Boys, c’est Zeki Amdouni (encerclé) qui descendait d’un cran pour apporter du soutien sur les sorties de balle lausannoises. Dans un rôle qu’occupait jusque-là Cameron Puertas.

Youtube BSC YB

En match amical contre Young Boys, c’est lui qui évoluait en soutien de Mayron George. Le Genevois aime participer au jeu, et c’est ce que lui demande son entraîneur lorsqu’il lui associe un autre avant-centre. Cela lui correspondra peut-être mieux. Comme ce rôle ne mettait pas totalement en valeur les qualités de Puertas. Même si personne au LS n’est capable de reproduire l’impact physique donné par le nouveau joueur de l’Union Saint-Gilloise.

Lucerne peut-il inverser la tendance?

Mario Frick est le nouvel entraîneur de Lucerne. Pourra-t-il le maintenir?

Mario Frick est le nouvel entraîneur de Lucerne. Pourra-t-il le maintenir?

freshfocus

Seul club à avoir changé d’entraîneur à la trêve, Lucerne n’avait pas d’autre choix que de se montrer proactif. En engageant Mario Frick (qui succède à l’intérimaire Sandro Chieffo), la lanterne rouge du championnat engage un entraîneur qui avait terminé à cette même place il y a un an avec Vaduz. Mais au Liechtenstein, Frick avait montré ses idées, simplement confronté aux limites de son effectif.

Avec un Lucerne a priori mieux équipé, il est attendu que l’ancien attaquant lance sur une meilleure dynamique le dernier vainqueur de la Coupe de Suisse. À Vaduz, Frick n’avait utilisé que la défense à trois en Super League, tout en imaginant des adaptations intéressantes selon l’adversaire. En Challenge League, il s’est montré en revanche plus flexible. Lors des matches amicaux, avec Lucerne, il a le plus souvent opté pour un 4-4-2 en losange. Reste à voir l’animation. Mais l’entraîneur a souvent demandé à ses équipes d’être dynamiques sans ballon. Cela pourrait trancher avec l’ère Celestini.

Votre opinion