05.06.2015 à 09:27

Baisse des commandesLes acteurs du monde horloger ne cachent pas leur inquiétude

Des acteurs de la branche horlogère expriment ouvertement leurs craintes, même si les spécialistes s'accordent pour dire que la situation n'est pas alarmante.

ARCHIVES / PHOTO D'ILLUSTRATION

Chômage partiel, licenciements, relocalisation: l'industrie horlogère neuchâteloise a fait parler d'elle récemment.

Des acteurs de la branche ne cachent pas leur inquiétude, notamment pour les plus petites marques, les sous-traitants ou les fournisseurs. Même si les spécialistes s'accordent pour dire que la situation n'est pas alarmante.

La marque horlogère neuchâteloise Ulysse Nardin a procédé fin mai à 26 licenciements sur quelque 320 collaborateurs sur ses sites de La Chaux-de-Fonds et du Locle. Bulgari Horlogerie va relocaliser un de ses deux sites de La Chaux-de-Fonds. Sur les quelque 20 employés concernés, certains pourraient être licenciés.

Chez le syndicat Unia, on rappelle que la situation dans l'horlogerie, au niveau des commandes et de la masse de travail, s'est dégradée dès le dernier trimestre 2014. «Il y a eu des mesures de chômage partiel, surtout à La Chaux-de-Fonds et au Locle, et des licenciements économiques», indique Francisco Pires, secrétaire syndical. «La tendance s'est malheureusement accélérée.»

De plus, les employés temporaires, qui sont les premiers touchés en cas de ralentissement économique, ne sont pas considérés en tant que personnel licencié. Ils échappent ainsi aux statistiques officielles sur les licenciements collectifs ou économiques, rappelle-t-il. Et les travailleurs frontaliers n'apparaissent pas non plus dans les statistiques du chômage en Suisse.

Croissance zéro

«On ne peut pas faire de généralisation, la situation est très différenciée selon les secteurs d'activité», affirme pour sa part Romain Galeuchet, responsable de la communication à la Convention patronale de l'industrie horlogère suisse.

«Il n'y a pas de tendance réellement négative, abonde René Weber, analyste à la banque Vontobel. Il est clair que les temps où l'industrie horlogère engageait à tour de bras sont révolus, reconnaît-il toutefois. On n'atteindra plus une croissance des exportations à deux chiffres.

«Pour 2015, on s'attend même à une croissance zéro à cause du recul des ventes sur le marché de Hong Kong.» Cette «faiblesse» devrait durer un moment, selon l'analyste.

Situation géopolitique

Pour René Weber, les récents licenciements, comme chez Ulysse Nardin, sont toutefois des cas particuliers et ne reflètent pas la situation dans son ensemble. Car en plus du franc fort, la situation géopolitique des différents marchés d'exportation joue un rôle important.

Ulysse Nardin, «très dépendante des marchés russe et ukrainien», a souffert des effets de la crise en Ukraine, rappelle-t-il. L'entreprise avait déjà pris des mesures de chômage partiel appliquées depuis le début de l'année jusqu'à fin mai.

Réelle inquiétude

«Globalement, l'industrie horlogère a un peu du mal à se projeter», poursuit Romain Galeuchet. Mais les grandes marques peuvent gérer la problématique du franc fort pour l'instant, estime-t-il.

C'est moins évident pour de plus petites marques, qui ne font pas partie d'un groupe, ainsi que pour certains sous-traitants indépendants, fournisseurs, ou sociétés de la micromécanique, reconnaît-il. Ils doivent faire face à la concurrence européenne et dépendent uniquement de leurs clients.

Et de ressentir dans ces secteurs «une réelle inquiétude, même si la situation n'est pas catastrophique.»

Pas d'embellie

Chez Montremo, fabricant de cadrans de montres, on constate effectivement une diminution des commandes. «Il y a une baisse importante sur le marché chinois. Les marques qui tirent leur épingle du jeu sont celles qui sont le moins exposées dans cette région», confirme Giuseppe Carrubba, directeur de l'entreprise.

Au contraire des crises précédentes, plutôt courtes selon M. Carrubba, «nous ne voyons toujours pas venir une embellie de la situation, après deux ans de baisse consécutive.»

Relancer la machine

Et d'estimer que la solution réside en partie dans le chômage partiel, «bien sûr le plus tard possible, afin de pouvoir garder de la marge sur le temps, car nous n«avons pas de signe de reprise.»

«C'est une bonne chose, en attendant que la situation s'améliore. Cela permet de sauver des emplois», acquiesce le syndicaliste Francisco Pires.

Lors de la dernière crise, les ventes étaient reparties grâce au marché chinois, qui stagne désormais. «Qui va pouvoir le remplacer et relancer la machine?», s'interroge encore Francisco Pires.

(ats)

Votre opinion

Trouvé des erreurs?Dites-nous où!