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IndeLes affaires de viols alimentent l'angoisse des touristes

Judith Jensen, une touriste danoise, passe des vacances en ayant à l'esprit une longue liste de précautions à prendre.

La Lucernoise victime d'un viol.

La Lucernoise victime d'un viol.

AFP

Elle s'est en effet imposé des nombreux interdits après les affaires de viols qui ont défrayé la chronique dans ce pays encore largement dominé par les hommes.

Judith sait qu'elle ne hèlera pas de taxi dans la rue, qu'elle ne séjournera pas dans n'importe quel hôtel, qu'elle ne sortira pas la nuit.

«J'ai lu et entendu tellement de choses sur le viol en Inde que maintenant j'ai l'impression constante d'un danger», résume cette femme de 42 ans, interrogée sur un marché fréquenté du centre de New Delhi.

Campagne touristique

Une campagne lancée par le ministère du Tourisme, intitulée «Incredible India» («Incroyable Inde»), a contribué à augmenter le nombre de visiteurs étrangers au cours de la dernière décennie à environ 6,6 millions par an. Mais cette initiative risque aujourd'hui de souffrir de la perception que l'Inde n'est pas une destination sûre, en particulier pour les femmes.

Le viol collectif d'une étudiante dans un autobus à New Delhi en décembre dernier, décédée des suites de l'agression, a jeté une lumière inquiétante sur les violences sexuelles dans ce pays émergent. Plusieurs récents faits de violence ont ajouté au malaise ambiant.

Vendredi, une touriste suisse qui sillonnait l'Inde à vélo avec son mari, a été violée par quatre hommes alors que le couple installait sa tente dans une zone boisée reculée de l'Etat du Madhya Pradesh.

La même nuit, des malfaiteurs ont brièvement kidnappé un responsable indien du groupe français Alstom. Ce dernier a été libéré par la police quelques heures plus tard à quelque 80 kilomètres du lieu du rapt près de New Delhi.

Droguée et violée

Le mois dernier, une Chinoise travaillant en banlieue de New Delhi a été violée par une connaissance. En janvier, une étudiante sud-coréenne en vacances dans le Madhya Pradesh a affirmé avoir été droguée et violée par le fils du propriétaire de son hôtel.

Et la police a annoncé mardi qu'une touriste britannique avait été hospitalisée après s'être blessée en sautant par la fenêtre d'un hôtel pour échapper à une agression sexuelle à Agra, où se trouve le célèbre Taj Mahal.

Les autorités assurent qu'il n'y a pas de quoi s'alarmer. Elles soulignent que les étrangers sont victimes de la criminalité partout dans le monde et que l'écrasante majorité des touristes n'ont aucun problème de sécurité.

Mais les conseils aux voyageurs émis par de nombreuses ambassades étrangères soulignent la nécessité de prendre des précautions bien précises. L'ambassade suisse, par exemple, exhorte les femmes seules à voyager en groupe ou avec un guide reconnu.

Sur son site Internet, le département d'Etat américain demande aux femmes seules d'«observer de strictes règles de sécurité» et d'«éviter de voyager seules dans des taxis, en particulier la nuit».

Harcèlement

Le ministère britannique des Affaires étrangères a réactualisé la semaine dernière son site Internet en indiquant que «les voyageuses font souvent l'objet d'une attention non sollicitée sous forme verbale ou en étant harcelée physiquement par des hommes ou des groupes d'hommes».

Judith Jensen, reconnaissable de loin dans la foule à ses cheveux blonds, se souvient avoir passé des vacances insouciantes dans le sud de l'Inde il y a dix ans. Mais aujourd'hui, ce n'est plus du tout pareil. Son mari lui envoie des textos plusieurs fois par jour pour vérifier qu'elle est en sécurité.

«Il est évident que toutes ces histoires vont avoir un impact», estime-t-elle. «Les femmes vont préférer aller dans des endroits comme Singapour, Bali, ou la Thaïlande, où la sécurité n'est pas un si gros problème».

(ats)

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